Québec solidaire passe à l'attaque
Québec — Le Québec et le Canada connaissent une «dérive sécuritaire» de la part des «gouvernements conservateurs» de Jean Charest et de Stephen Harper, ont dénoncé les deux porte-parole de Québec solidaire, Françoise David et Amir Khadir, hier, au terme du premier conseil national du nouveau Parti Québec solidaire, fondé en février.
Selon Mme David, c'est le fait non seulement du gouvernement canadien, mais aussi du gouvernement Charest, car ce dernier, pour plaire aux Américains, a annoncé cette semaine dans sa nouvelle Politique des relations internationales qu'il créerait une sorte de «mini-CIA québécoise», un Centre de gestion intégrée de l'information de sécurité. Même si le centre en question s'annonce de petite taille et au budget limité (3,5 millions de dollars), Mme David considère qu'il y a là un symbole fort. Selon son parti, a-t-elle expliqué dans une envolée — acclamée par les quelque 150 personnes présentes au Cégep François-Xavier Garneau —, ce n'est pas de ce «type de sécurité» à l'américaine que le peuple québécois a besoin, mais plutôt «de sécurité alimentaire pour tout le monde; une sécurité du revenu dans son sens le plus noble. On a aussi besoin d'une sécurité écologique, environnementale. Et c'est pour ça que tant de gens au Québec, depuis quelques années, s'opposent à des projets qui sont socialement inacceptables, écologiquement néfastes. Et c'est une très bonne chose que le peuple s'exprime ainsi.»
Amir Khadir a pour sa part salué les gens «de plus en plus nombreux» qui, au Canada et au Québec, s'élèvent contre les «certificats de sécurité», «ces détentions sans possibilité de défense» qui représentent selon lui des «mini-Guantanamo» intérieurs. M. Khadir a dit que le parti Québec solidaire mettrait toujours «la sécurité des gens et de la nature devant et au-dessus de la sécurité des profits et des pouvoirs».
Un logo, mais pas de chef
En clôture du Conseil national, les deux porte-parole ont donc souhaité donner un sens plus large à l'action de leur parti, dont les délégués venaient de consacrer leur fin de semaine à traiter de thèmes liés à l'organisation.
Par exemple, après un débat d'un peu plus d'une heure samedi, le Parti s'est choisi un logo représentant un être humain penché vers la gauche, dont les bras, tenant un arc quadricolore, forment la lettre «Q». Les délégués ont aussi mis en place les structures qui permettront d'aboutir, lors d'un congrès qui se tiendra à la fin novembre, à 25 propositions pour les 1000 premiers jours d'un éventuel gouvernement QS.
Le parti a par ailleurs expliqué hier qu'il ne comptait pas se donner de chef à proprement parler dans un avenir prévisible. Selon Mme David, la formule des deux porte-parole «fonctionne bien», est «stimulante» et est utile car les deux têtes d'affiche peuvent se partager le travail. Lors d'une prochaine campagne électorale et de manière strictement ponctuelle (lors du débat des chefs, par exemple), on désignera un chef; et ce sera vraisemblablement Mme David, a déjà dit M. Khadir. Ce dernier note que c'est par ces pratiques originales que QS «renouvellera la culture politique au Québec».
Politique énergétique
Par ailleurs, le parti a fait savoir où il logeait sur la question de l'énergie (il avait commencé dans nos pages vendredi dernier). Ses porte-parole ont par exemple rejeté la nouvelle politique énergétique du gouvernement Charest, déposée le 4 mai. Elle est fondée à leurs yeux «uniquement sur le développement tous azimuts de l'énergie, et ce, dans un but très évident et très affiché de faire des profits le plus rapidement possible et sans beaucoup de souci environnemental». QS opterait plutôt pour une politique qui encouragerait l'économie et les citoyens à être moins énergivores par l'entremise d'un «programme national d'efficacité énergétique». L'énergie économisée pourrait servir, dit Mme David, à l'exportation. Quant à la production d'énergie éolienne, les objectifs actuels du gouvernement sont trop timides et son développement est échevelé, se fait sans planification et sans consultation des milieux locaux.
QS remet aussi en question le développement de la filière du gaz naturel. Rejetant les projets de ports méthaniers, Amir Khadir a repris les propos d'un militant anti-Rabaska (projet de port méthanier à Lévis) selon lequel il faut refuser que les Québécois, après avoir été des «porteurs d'eau, deviennent porteurs de gaz». Le parti réclame un grand débat sur l'énergie, car «il y a une limite au développement de l'énergie», a conclut Mme David.
Gauche concrète
Toute la fin de semaine, dans un décor aux touches agricoles (brouettes sur la scène, plantes, jardins écologiques miniatures et parsemés de mots clés comme «bien commun», «justice sociale»), les dirigeants ont tout fait pour discipliner les débats de leurs troupes tout en tentant de respecter les règles démocratiques. Avec QS, la gauche «s'éloigne de son passé groupusculaire», soutient François Cyr, responsable de la commission politique de la formation. Avocat en droit du travail, professeur de science politique au Cégep d'Ahuntsic, M. Cyr croit que QS pourrait «enfin» permettre à la gauche de répondre à la critique qu'on lui oppose toujours: «vous les pelleteux de nuages, vous avez de bonnes critiques, mais que proposez-vous?» M. Cyr espère que, grâce aux 25 propositions de la plateforme politique qui sera adoptée en novembre, il y aura «un maximum de gens qui sentiront que la mise en oeuvre de ces propositions-là va changer leur vie. Changer la vie maintenant et ouvrir la porte à des changements plus profonds». M. Cyr estime que la gauche arrive à maturité au Québec.
Du reste, les dirigeants du parti se disent fiers des résultats d'organisation atteints «en moins de quatre mois». QS revendique 4000 membres, soit plus que l'Action démocratique du Québec et compte en avoir 7000 d'ici à 2007. Le parti s'estime implanté dans près de la moitié des 125 circonscriptions électorales. Souvent accusé d'être un parti montréalais, QS aurait les trois quarts de ses associations en dehors de Montréal. Loin d'être riche, QS s'est voté un budget «plancher» (selon les dires du militant François Saillant) de 306 014 $ pour l'année 2006, dont 31 000 $ proviennent du Directeur général des élections du Québec.
Souverainiste, QS divisera-t-il le vote anti-Charest? «Lors des prochaines élections, si le PQ n'est pas capable de remporter la victoire, il n'aura que lui à blâmer», a répondu Amir Khadir en précisant que «la manière dont les votes se divisent n'est pas aussi prévisible que certains ne le laissent croire».
M. Khadir, Mme David et d'autres personnes estiment que QS pourrait emporter trois ou quatre circonscriptions aux prochaines élections générales. Mais rien n'est acquis, surtout en raison de ce qu'exige une vraie campagne électorale et compte tenu du peu de moyens du parti. «Même moi, je ne suis pas certaine d'être capable d'aller chercher un autre 22 % si je me représente», a confié samedi Manon Massé qui a été candidate à l'élection partielle du 10 avril dans Sainte-Marie-Saint-Jacques.
Selon Mme David, c'est le fait non seulement du gouvernement canadien, mais aussi du gouvernement Charest, car ce dernier, pour plaire aux Américains, a annoncé cette semaine dans sa nouvelle Politique des relations internationales qu'il créerait une sorte de «mini-CIA québécoise», un Centre de gestion intégrée de l'information de sécurité. Même si le centre en question s'annonce de petite taille et au budget limité (3,5 millions de dollars), Mme David considère qu'il y a là un symbole fort. Selon son parti, a-t-elle expliqué dans une envolée — acclamée par les quelque 150 personnes présentes au Cégep François-Xavier Garneau —, ce n'est pas de ce «type de sécurité» à l'américaine que le peuple québécois a besoin, mais plutôt «de sécurité alimentaire pour tout le monde; une sécurité du revenu dans son sens le plus noble. On a aussi besoin d'une sécurité écologique, environnementale. Et c'est pour ça que tant de gens au Québec, depuis quelques années, s'opposent à des projets qui sont socialement inacceptables, écologiquement néfastes. Et c'est une très bonne chose que le peuple s'exprime ainsi.»
Amir Khadir a pour sa part salué les gens «de plus en plus nombreux» qui, au Canada et au Québec, s'élèvent contre les «certificats de sécurité», «ces détentions sans possibilité de défense» qui représentent selon lui des «mini-Guantanamo» intérieurs. M. Khadir a dit que le parti Québec solidaire mettrait toujours «la sécurité des gens et de la nature devant et au-dessus de la sécurité des profits et des pouvoirs».
Un logo, mais pas de chef
En clôture du Conseil national, les deux porte-parole ont donc souhaité donner un sens plus large à l'action de leur parti, dont les délégués venaient de consacrer leur fin de semaine à traiter de thèmes liés à l'organisation.
Par exemple, après un débat d'un peu plus d'une heure samedi, le Parti s'est choisi un logo représentant un être humain penché vers la gauche, dont les bras, tenant un arc quadricolore, forment la lettre «Q». Les délégués ont aussi mis en place les structures qui permettront d'aboutir, lors d'un congrès qui se tiendra à la fin novembre, à 25 propositions pour les 1000 premiers jours d'un éventuel gouvernement QS.
Le parti a par ailleurs expliqué hier qu'il ne comptait pas se donner de chef à proprement parler dans un avenir prévisible. Selon Mme David, la formule des deux porte-parole «fonctionne bien», est «stimulante» et est utile car les deux têtes d'affiche peuvent se partager le travail. Lors d'une prochaine campagne électorale et de manière strictement ponctuelle (lors du débat des chefs, par exemple), on désignera un chef; et ce sera vraisemblablement Mme David, a déjà dit M. Khadir. Ce dernier note que c'est par ces pratiques originales que QS «renouvellera la culture politique au Québec».
Politique énergétique
Par ailleurs, le parti a fait savoir où il logeait sur la question de l'énergie (il avait commencé dans nos pages vendredi dernier). Ses porte-parole ont par exemple rejeté la nouvelle politique énergétique du gouvernement Charest, déposée le 4 mai. Elle est fondée à leurs yeux «uniquement sur le développement tous azimuts de l'énergie, et ce, dans un but très évident et très affiché de faire des profits le plus rapidement possible et sans beaucoup de souci environnemental». QS opterait plutôt pour une politique qui encouragerait l'économie et les citoyens à être moins énergivores par l'entremise d'un «programme national d'efficacité énergétique». L'énergie économisée pourrait servir, dit Mme David, à l'exportation. Quant à la production d'énergie éolienne, les objectifs actuels du gouvernement sont trop timides et son développement est échevelé, se fait sans planification et sans consultation des milieux locaux.
QS remet aussi en question le développement de la filière du gaz naturel. Rejetant les projets de ports méthaniers, Amir Khadir a repris les propos d'un militant anti-Rabaska (projet de port méthanier à Lévis) selon lequel il faut refuser que les Québécois, après avoir été des «porteurs d'eau, deviennent porteurs de gaz». Le parti réclame un grand débat sur l'énergie, car «il y a une limite au développement de l'énergie», a conclut Mme David.
Gauche concrète
Toute la fin de semaine, dans un décor aux touches agricoles (brouettes sur la scène, plantes, jardins écologiques miniatures et parsemés de mots clés comme «bien commun», «justice sociale»), les dirigeants ont tout fait pour discipliner les débats de leurs troupes tout en tentant de respecter les règles démocratiques. Avec QS, la gauche «s'éloigne de son passé groupusculaire», soutient François Cyr, responsable de la commission politique de la formation. Avocat en droit du travail, professeur de science politique au Cégep d'Ahuntsic, M. Cyr croit que QS pourrait «enfin» permettre à la gauche de répondre à la critique qu'on lui oppose toujours: «vous les pelleteux de nuages, vous avez de bonnes critiques, mais que proposez-vous?» M. Cyr espère que, grâce aux 25 propositions de la plateforme politique qui sera adoptée en novembre, il y aura «un maximum de gens qui sentiront que la mise en oeuvre de ces propositions-là va changer leur vie. Changer la vie maintenant et ouvrir la porte à des changements plus profonds». M. Cyr estime que la gauche arrive à maturité au Québec.
Du reste, les dirigeants du parti se disent fiers des résultats d'organisation atteints «en moins de quatre mois». QS revendique 4000 membres, soit plus que l'Action démocratique du Québec et compte en avoir 7000 d'ici à 2007. Le parti s'estime implanté dans près de la moitié des 125 circonscriptions électorales. Souvent accusé d'être un parti montréalais, QS aurait les trois quarts de ses associations en dehors de Montréal. Loin d'être riche, QS s'est voté un budget «plancher» (selon les dires du militant François Saillant) de 306 014 $ pour l'année 2006, dont 31 000 $ proviennent du Directeur général des élections du Québec.
Souverainiste, QS divisera-t-il le vote anti-Charest? «Lors des prochaines élections, si le PQ n'est pas capable de remporter la victoire, il n'aura que lui à blâmer», a répondu Amir Khadir en précisant que «la manière dont les votes se divisent n'est pas aussi prévisible que certains ne le laissent croire».
M. Khadir, Mme David et d'autres personnes estiment que QS pourrait emporter trois ou quatre circonscriptions aux prochaines élections générales. Mais rien n'est acquis, surtout en raison de ce qu'exige une vraie campagne électorale et compte tenu du peu de moyens du parti. «Même moi, je ne suis pas certaine d'être capable d'aller chercher un autre 22 % si je me représente», a confié samedi Manon Massé qui a été candidate à l'élection partielle du 10 avril dans Sainte-Marie-Saint-Jacques.
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