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Indonésie - Situation critique à Java

Alexandre Shields   29 mai 2006 
Après le choc provoqué par le tremblement de terre qui a frappé l'île densément peuplée de Java, dans le centre de l'archipel indonésien samedi matin, les sauveteurs poursuivaient leurs efforts hier afin de retrouver des survivants de la catastrophe, tandis que le nombre de victimes grimpait à plus 4600 et qu'il devrait continuer d'augmenter dans les prochains jours. Le gouvernement indonésien a d'ailleurs décrété l'état d'urgence pour trois mois et s'est engagé à reconstruire et à réhabiliter entièrement la zone touchée avant un an.

Des milliers de rescapés épuisés fouillaient hier les décombres de leurs habitations, à la recherche de vêtements et de vivres. Ils sont plus de 200 000 à avoir été jetés à la rue à la suite de la secousse d'une magnitude de 6,3 sur l'échelle de Richter. La région où s'est produit le séisme s'étend sur plusieurs centaines de kilomètres carrés dans la province de Yogyakarta. La ville de Bantul, où plus de 2400 personnes ont été tuées et 80 % des maisons rayées de la carte, a été la plus touchée.

«D'après les témoignages de nos équipes sur le terrain, la situation est très très grave et on craint que, malheureusement, beaucoup de victimes ne soient découvertes sous les décombres dans les prochains jours», a expliqué au Devoir la porte-parole d'Oxfam Québec, Marie Devers. Elle a également souligné que la population continuait de craindre un autre séisme.

Quelque 450 répliques du séisme ont en effet été ressenties dans le centre de l'Indonésie, ce qui a fait craindre le pire aux survivants. La plus importante réplique était d'une magnitude de 5,2.

La situation est d'autant plus difficile qu'au moins 20 000 personnes ont été blessées dans le tremblement de terre et que les hôpitaux ne disposent pas des ressources nécessaires pour faire face à l'afflux incessant de blessés. Plusieurs seraient décédés en attente de soins. Des médecins débordés traitent aussi leurs patients à l'extérieur des hôpitaux, de crainte que des répliques ne provoquent de nouveaux effondrements. Des centaines sont ainsi allongés sur des bâches en plastique, de la paille et même des journaux devant les établissements bondés. «Il y a beaucoup de blessures graves. Nous sommes débordés, et c'est aussi le cas dans les autres hôpitaux. Il n'y a pas suffisamment d'infirmières et de médecins pour faire face à la charge de travail», a expliqué un médecin de l'hôpital Bethesda de Yogyakarta, Andrew Jeremijenko.

Difficile d'acheminer l'aide

Dans toute la zone sinistrée, les autorités peinent à acheminer l'aide et les équipes de secouristes. Et l'eau potable manque un peu partout. «Il nous manque toujours des tentes. De nombreuses personnes vivent dans les rues», a déclaré un secouriste de Yogyakarta. L'aéroport de la région a aussi subi de lourds dégâts, dont l'effondrement du terminal. L'acheminement de l'aide internationale sera donc plus compliqué, selon les organismes d'aide humanitaire présents sur le terrain. Du matériel médical et des sacs mortuaires sont toutefois parvenus à l'aéroport.

Des volontaires issus de partis politiques et d'organisations islamiques sont arrivés par camions pour aider aux secours, de même que de nombreux militaires. À Bantul, où l'on a dénombré jusqu'ici plus de 2000 morts et où la plupart des bâtiments se sont effondrés, des tentes faites de bâches de plastique ont été érigées.

L'aide internationale devait suivre, puisque des responsables des Nations unies ont annoncé samedi soir l'envoi dans la zone sinistrée de personnel et de milliers de tentes, de bâches et de lampes, ainsi que du matériel de distribution d'eau. Le Canada a promis deux millions de dollars pour les secours, dont 500 000 $ seront versés à la Croix-Rouge internationale. L'Australie et les États-Unis ont respectivement débloqué 2,5 millions de dollars et 2,2 millions de dollars d'aide à l'Indonésie. Le président de la Banque asiatique de développement (BDA), Haruhiko Kuroda, a assuré le gouvernement indonésien de «la coopération et du soutien entiers de la BDA pour rebâtir les vies affectées».

Plusieurs pays asiatiques se sont par ailleurs montrés solidaires de l'Indonésie. Le Japon se prépare à fournir des vivres et de l'aide financière, le président chinois Hu Jintao a offert deux millions de dollars en liquide et a annoncé que Pékin acheminerait secours et matériel selon les besoins. La Thaïlande, les Philippines et la Malaisie sont également du nombre.

Plusieurs organismes humanitaires sont aussi à pied d'oeuvre sur le terrain. «Oxfam a déjà dépêché des équipes supplémentaires provenant d'Aceh, de Jakarta et de Bangkok qui sont arrivées hier pour distribuer le plus rapidement possible», a expliqué hier Marie Devers. Selon elle, la priorité sera de répondre aux besoins en eau potable des milliers de sans-abri. Oxfam souhaite aussi évaluer les besoins à long terme de la population et oeuvrer à la reconstruction des infrastructures. Celles-ci ont été rétablies hier matin dans le centre de Yogyakarta, mais, à la périphérie, le courant électrique et les communications téléphoniques restaient coupés.

Pour l'UNICEF, il est surtout important de s'attarder au sort des enfants touchés par la catastrophe. «Ils sont particulièrement vulnérables. Le plus grand défi sur le terrain est de fournir de l'eau potable, des abris, du matériel médical et des équipements sanitaires pour leur venir en aide», a expliqué hier le président d'UNICEF Canada, Nigel Fisher. Selon ses estimations, plus de 40 % des personnes affectées par les conséquences du séisme sont des enfants, dont 15 000 ont moins de cinq ans.

Dégâts matériels et nouvelle menace

Les dégâts matériels sont évidemment considérables. Aux bâtiments effondrés, aux routes et aux ponts coupés s'ajoutent les graves dommages subis par l'ensemble des temples hindous de Prambanan, datant du IXe siècle et classés au patrimoine mondial de l'UNESCO.

L'Indonésie, qui compte plus de 228 millions d'habitants, devrait aussi subir d'importants contrecoups économiques, puisque le tourisme est un des éléments moteurs de l'économie du pays. Cette industrie a déjà été mise à mal par le tsunami de décembre 2004. La vague mortelle avait fait plus de 165 000 victimes indonésiennes.

Et la population pourrait bientôt devoir faire bientôt face à une autre catastrophe, pour l'instant hypothétique. Un volcanologue a fait savoir que l'activité du mont Merapi, situé non loin de l'épicentre, s'était intensifiée à la suite du séisme. Ce volcan, qui s'est réveillé ces dernières semaines avec des émissions sporadiques de lave et de gaz toxiques, pourrait être sur le point de produire une éruption de plus grande ampleur.

L'épicentre du séisme, qui n'a pas provoqué de tsunami, était localisé à quelque 80 km au sud du mont Merapi. Cependant, aucun blessé n'a été déploré, car les habitants vivant alentour avaient déjà été évacués. Bambang Dwiyanto, du ministère de l'Énergie, a néanmoins mis en garde contre une éruption plus importante du volcan, parmi les plus actifs du monde. L'Indonésie, le plus grand archipel de planète, est localisé sur le «Cercle de feu du Pacifique», un arc de volcans et de lignes de faille encerclant le bassin pacifique. Le pays ne dénombre pas moins de 130 volcans en activité.

Avec l'Associated Press, l'Agence France-Presse et Reuters






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