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Libre opinion: Des raccourcis sur la présence militaire canadienne en Afghanistan

18 mai 2006 
Réaction à la chronique de Gil Courtemanche intitulée «Kaboul-Québec» et parue dans Le Devoir le 13 mai 2006

D'entrée de jeu, je tiens à souligner la contribution de Gil Courtemanche, par ses écrits, à la réflexion qui anime nos débats sociopolitiques nationaux depuis bon nombre d'années. Mais on ne peut passer sous silence les nombreux raccourcis qui ont alimenté sa chronique du 13 mai dernier.

L'auteur tente de nous convaincre d'abord que les deux missions étrangères en Irak et en Afghanistan ne sont pas de la même nature. Si ces interventions étaient différentes au moment où elles ont débuté, le présent est tout autre. Le lexique est le même, limité, et en matière de mots, «moins le choix est étendu, moindre est la tentation de réfléchir», disait George Orwell dans Les Principes du novlangue.

«Transmission des valeurs occidentales» (par le colonialisme) et de la «démocratie» (concept élastique), «prospérité» (néolibérale) et «lutte contre le terrorisme» sont devenus les expressions à la mode dans la bouche de nos chefs d'État. Tout comme les mots employés au Moyen Âge pour faire la «chasse aux hérétiques» par les élites va-t-en-guerre de l'époque, qui utilisaient l'arbitraire institutionnalisé pour parvenir à leurs fins. Sans oublier le facteur pétrolier en Irak ainsi que l'exploitation d'uranium et l'exportation de gaz naturel en Afghanistan puisé en Asie centrale.

Et si, comme l'affirme justement l'auteur, la menace terroriste en 2001 provenait davantage de l'Afghanistan que de l'Irak, il serait plutôt temps aujourd'hui de cesser de faire l'économie de la définition du terrorisme en y ajoutant le terrorisme d'État, qui a toujours existé, même avant l'ère préchrétienne, qui s'est poursuivi lors des croisades politiques et religieuses et sous le règne des dictatures qui ont marqué l'ère contemporaine.

De nos jours, ce terrorisme d'État se traduit par plus de 20 000 civils tués en Irak, dont les États-Unis sont responsables, sur les 100 000 vies perdues depuis l'invasion (selon l'évaluation de l'organisme indépendant Irak Body Count). La principale menace terroriste m'apparaît plutôt venir de la politique de frappe préventive — même nucléaire — adoptée par Washington en 2004, qui menace la stabilité internationale et qui légitime l'Iran à vouloir se protéger en enrichissant de l'uranium en vue d'acquérir l'arme nucléaire.

Par solidarité, M. Courtemanche nous invite à accepter cette présence militaire en Afghanistan, au risque de pertes de vie, au prétexte de conserver les faibles acquis réalisés sur le terrain depuis 2002.

Qu'on ne puisse souhaiter vivre sous le régime obscurantiste des talibans devrait aller de soi. Qu'on souhaite contribuer à accroître le niveau de vie de cette population et améliorer leurs perspectives d'avenir devrait faire l'unanimité. Mais de quelles vies parle-t-on? S'agit-il de celle que nos «valeureux» soldats canadiens ont enlevée à ces cinq enfants en tuant gratuitement ce père de famille qui circulait tout simplement sur les routes de son pays occupé?

Quels acquis ?

Et quels acquis veut-on préserver? Cette Loya Jirga de 2002, où plusieurs analystes ont reconnu le caractère plus près de la mascarade que d'une véritable consultation, où les délégués présents n'ont finalement pas servi à grand-chose puisque personne n'a écouté leur avis? Ce conseil qui n'a au bout du compte servi qu'à légitimer la façade démocratique voulue par l'Occident? Cette constitution adoptée qui n'a donné lieu à aucun débat digne de ce nom? Ce parlement élu, où on a à maintes reprises démontré que certains criminels de guerre y siègent impunément à la suite de la guerre civile menée entre 1992 et 1996, qui a mené les talibans au pouvoir? La défense du président Karzaï, ironiquement surnommé le «maire de Kaboul» tellement il ne contrôle rien en dehors de cette région? Les éléments fondamentalistes qui ont infiltré son gouvernement? Ou encore les alliances plus que douteuses de l'armée états-unienne avec les chefs de guerre trafiquants d'opium? [...]

Les valeurs canadiennes

Il faut également faire remarquer à l'auteur que parmi les valeurs énumérées par le premier ministre Stephen Harper lors de son passage dans ce pays, on retrouvait la démocratie et l'ouverture des Canadiens. Ce message semble être en pleine contradiction avec les faits observés: le Canada vend la salade démocratique au peuple afghan alors qu'on tient chez nous deux simulacres de débat sur notre présence en Afghanistan: le 15 novembre, en pleine tourmente préélectorale, et le mois dernier, sans vote au Parlement, où M. Harper brillait d'ailleurs par son absence. Vivement l'exportation de la démocratie chez les autres, mais sachez qu'on ne la respecte pas chez nous!

Pour ce qui est de l'exportation des valeurs canadiennes, il serait pertinent de mentionner ces actes «courageux de nos valeureux soldats» semant la terreur dans le village de Gumbad le 24 avril dernier, entrant en pleine nuit dans les domiciles des villageois avec des chiens renifleurs alors que l'islam interdit toute présence de cet animal (jugé impur) dans les domiciles. Belle façon de gagner la confiance de la population! Combien d'attitudes méprisantes devrons-nous tolérer en tant que Canadiens envers les traditions et les coutumes d'un peuple que nous sommes censés aider? [...]

En conclusion, devrions-nous pour autant nous retirer de cette mission de guerre et laisser à lui-même ce pays qui a tant souffert en prenant le risque de le voir sombrer dans un scénario à la somalienne ou ressemblant à l'Afghanistan postsoviétique? La réponse se trouve probablement ailleurs, dans une proposition concrète de l'ONU à inviter des troupes de pays musulmans, tels la Jordanie ou le Maroc, à prendre la relève avec double mandat offensif et défensif.

Le départ de pays qui apparaissent être des agents d'asservissement de l'empire états-unien à un nouvel ordre imposé de l'extérieur, jumelé à une présence musulmane plus respectueuse des coutumes, des traditions et de la religion du peuple afghan, ne pourra que diminuer les risques d'attentats des nébuleuses islamistes. [...]

***

Réponse

M. Duchêne confond beaucoup de choses, notamment la guerre américaine en Irak et la mission internationale en Afghanistan. Il a raison de souligner les limites de la démocratie dans le pays et des espaces sécurisés. Mais 20 % de la population qui jouit de droits sociaux, c'est mieux que zéro. Certes, il y a eu des bavures et il faut les condamner, mais elles ne font pas du travail des Canadiens un délit de civilisation. Enfin, ce que M. Duchêne veut surtout nous faire comprendre, c'est que le Canada doit quitter ce pays pour satisfaire au chantage d'Oussama ben Laden. Cela s'appelle se plier à la logique terroriste.

Gil Courtemanche






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