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Accession à la souveraineté - Quelle voie rapide?

18 mai 2006 
Dans son éditorial du samedi 13 mai, Bernard Descôteaux écrit que le débat à propos du mode d'accession à la souveraineté du Québec représente «plus que des virgules». Le directeur du Devoir répondait ainsi au chef du Parti québécois, André Boisclair, qui se désolait de la récente parution d'un texte dans lequel un groupe d'indépendantistes conteste la démarche souverainiste de sa formation politique.

Ce document, que plusieurs ont baptisé le «manifeste des souverainistes réalistes», soutient entre autres que l'obtention de 50 % + 1 des votes exprimés ne suffit pas pour faire du Québec un pays.

Comme beaucoup d'autres, je m'insurge devant cette affirmation. Cette mesure serait antidémocratique si elle devait être appliquée. Elle va à l'encontre d'une règle internationalement reconnue, règle à laquelle les Québécois de toutes les allégeances politiques sont fortement attachés. Soyons sérieux! Un groupe ayant majoritairement exprimé un consensus pourrait-il se le voir refuser par des opposants minoritaires? C'est la paix sociale qui en serait menacée.

L'essence du projet indépendantiste

Les auteurs du manifeste prétendent qu'une victoire souverainiste obtenue par une faible majorité pourrait amener l'État canadien à ne pas vouloir négocier. Puis-je rappeler que 50 % + 1 voix au Québec constitue d'une certaine façon une «double majorité»? Derrière cette adhésion majoritaire au projet souverainiste s'en cache une autre, soit l'appui d'environ 65 % des francophones de toutes origines qui embrassent l'idée de former un État indépendant. Sachant que le Québec est composé à 82 % d'une population de culture française, la communauté internationale admettra que le soutien de 50 % ou de 51 % de Québécois à l'option souverainiste est solide.

N'est-ce pas surtout pour cette raison que certains luttent depuis des générations? Taire cette vérité équivaut à éliminer l'essence même du projet indépendantiste. Nier cette réalité est une invitation aux autres communautés ethnoculturelles d'aménager la maison du Québec à leur guise puisque la nature a horreur du vide.

Il est naturel que le groupe majoritaire d'un territoire affirme sereinement et pacifiquement sa présence: les nouveaux arrivants ont besoin de ce signal afin de savoir à qui se greffer. Ce «nous» est vrai pour quelque 135 États dans le monde. Voilà pourquoi je n'éprouverai aucun malaise à la suite d'une courte victoire souverainiste, bien qu'évidemment je souhaite, comme les autres, qu'elle rallie le plus de Québécois possible.

Je partage donc le commentaire qu'André Boisclair a formulé en réaction à cette malheureuse déclaration du groupe de Marc Brière. Elle démoralise les troupes souverainistes en compliquant inutilement leur démarche. Contester une règle qui représente l'expression suprême de la démocratie sur la scène internationale apporte de l'eau au moulin d'adversaires malveillants qui en ont déjà suffisamment fait lors du référendum de 1995. C'est un obstacle supplémentaire qui n'en est pas un, que des alliés essaient tristement de placer aux côtés de ceux que bon nombre de souverainistes sont encore à tenter de surmonter.

L'impasse référendaire

Il y a effectivement d'autres embûches. La principale est l'impasse référendaire qu'a créée Ottawa à la suite du vol du résultat de l'exercice de 1995. En ayant usurpé la victoire des souverainistes, l'État canadien force la tenue d'une ultime joute référendaire.

La prochaine consultation populaire sera sans appel. C'est pourquoi de nombreux Québécois s'opposent, au travers des sondages, à la tenue d'un référendum sans lendemain. Ils ne veulent pas voir le Québec s'affaiblir davantage s'il devait essuyer un autre revers, ce qu'il subit depuis la fraude de 1995. Seule une conjoncture économique relativement favorable lui a permis d'éviter le pire alors que le statut de pays qu'il s'est fait octroyer il y a environ dix ans aurait dû lui permettre d'emmagasiner des surplus et de redresser sa situation financière.

Les dégâts que causera un troisième NON interdisent donc la défaite. Or jurer que la prochaine consultation populaire sera gagnante relève de la pensée magique. D'où l'attentisme qui caractérise le PQ depuis 1995. L'immobilisme qui émane de cette «non-stratégie» use les Québécois. L'avenir étant bloqué, plusieurs se rabattent sur le passé.

Mario Dumont rêve d'un nouveau «beau risque». D'autres, comme certains qui oeuvrent au Devoir, espèrent le retour de Lucien Bouchard comme premier ministre. L'état-major péquiste, de son côté, reste accroché à son dogme référendaire sacralisé au congrès de 1974.

Ce n'est pas constructif de regarder en arrière de la sorte. Il faut au contraire tirer des enseignements du grand vol de 1995 et construire une riposte légitime à partir d'eux.

Une obsession qui rebute

Il est nécessaire d'utiliser un autre véhicule démocratique qui évitera le risque de cul-de-sac politique que comporte dorénavant l'outil référendaire, piège installé par le gouvernement canadien. On est loin de la conclusion qu'ont retenue les ténors péquistes à leur congrès de juin 2005, soit l'idée de tenir un référendum le plus tôt possible au cours du prochain mandat!

Le discours d'André Boisclair est surréaliste lorsqu'il répète imperturbablement qu'il organisera ce référendum. Son propos est à mille lieues de la réalité politique dans lequel le Québec est plongé en ce moment! Ne voit-il pas que de moins en moins de souverainistes le suivent? La création du nouveau parti souverainiste Québec solidaire démontre que l'obsession référendaire du Parti québécois rebute un nombre grandissant d'indépendantistes.

André Boisclair ne convainc personne lorsqu'il affirme que lui et sa formation politique ne sont pas des «référendistes». Si c'est vrai, qu'il le prouve en se rendant au voeu de la société civile qui ne veut pas vivre un autre psychodrame référendaire!

La voie élective

Je me suis récemment associé à un groupe d'indépendantistes qui croient comme moi que la voie élective représente une juste réponse à l'affront de 1995. L'abandon de la procédure référendaire n'est donc pas commandé par le simple désir du changement. L'objectif est de protéger le projet souverainiste en lui garantissant un véhicule démocratique qui laissera toujours la porte ouverte. Perdre une élection décisionnelle qui n'obtiendrait pas la majorité absolue des suffrages exprimés n'a en effet rien de dramatique: des scrutins, il y en a aux quatre ans.

L'idée de former un pacte entre des formations politiques qui reconnaissent que leur programme se réaliserait mieux avec tous les outils que possède un État national présente à mes yeux plusieurs avantages. Il montre aux Québécois que l'objectif indépendantiste n'est pas que péquiste: il est pluraliste. Il serait en effet possible d'appuyer le parti de son choix tout en embrassant l'idée de doter le Québec d'un statut de pays.

Le recours à la voie élective responsabiliserait également les Québécois. Ce sont eux qui détermineront quels outils ils remettront aux élus pour réaliser leurs objectifs. Devant les limites qu'impose le statut de province, les gens n'auront qu'eux-mêmes à blâmer s'ils décident de laisser l'Assemblée nationale à la merci d'Ottawa.

Surtout, l'abandon de la pratique référendaire mettrait un terme à l'attentisme qui ronge le peuple québécois depuis plus de dix ans.

Les partis membres du pacte présenteraient des candidats dans les 125 circonscriptions du Québec. Celles qui afficheraient des luttes serrées seraient alors l'objet d'ententes entre les partenaires: le parti politique ayant clairement le plus de chances de l'emporter verrait les autres candidats souverainistes se retirer afin d'éviter que l'adversaire fédéraliste se faufile vers la victoire. N'avons-nous pas observé, au dernier scrutin fédéral, le candidat du Parti libéral fédéral de la circonscription Chicoutimi-Le Fjord songer à se retirer et inviter les électeurs à appuyer son rival conservateur afin d'empêcher qu'un bloquiste l'emporte? Le pacte qui sera proposé aux partis souverainistes vise sensiblement le même objectif.

Les votes décernés à tous les candidats indépendantistes en lice seraient additionnés afin d'atteindre la majorité absolue et ainsi donner aux élus le mandat de faire le pays.

Il n'est donc pas question de chercher à accélérer la marche du Québec vers sa liberté, comme l'insinue Bernard Descôteaux.

L'interprétation du directeur du Devoir s'inspire de répliques classiques qui sont toujours employées dès que le dogme référendaire est remis en question. Il est faux de prétendre que les Québécois sont incapables de réfléchir à plusieurs sujets pendant une campagne électorale.

Foutaise est cette autre théorie qui veut qu'un scrutin ne serve qu'à juger le bilan du gouvernement sortant. Combien de Québécois voteront NON de nouveau à un troisième référendum parce qu'ils ont subi la compression salariale de 20 % en 1982 par le gouvernement Lévesque? Combien de Québécois voteront NON parce qu'ils n'aiment pas André Boisclair? Combien le feront parce que le programme politique du PQ est trop à gauche? Manifestement, l'exercice référendaire ne peut isoler un seul enjeu d'autres questions.

L'élection décisionnelle n'a donc rien à envier au processus utilisé en 1980 et 1995. De toute manière, là n'est pas son but. L'utilisation de la voie élective comme mode d'accession à l'indépendance est une réponse aux bassesses qu'a commises l'État canadien en 1995 et non un astucieux raccourci.






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