Accession à la souveraineté - Y penser avant!
Philippe Navarro - Ex-conseiller au ministère des Relations internationales et à l'opposition officielle de 1998 à 2004
16 mai 2006
La réaction épidermique du chef du Parti québécois, André Boisclair, au manifeste des nouveaux «lucides» est à pleurer (Le Devoir, 12 mai 2006). En somme: «arrêtez de réfléchir, ça fait peur aux enfants». Pourtant, le texte est d'une cruelle simplicité, d'une inhabituelle limpidité pour le genre: il n'y a parfois de «byzantin» que ce que l'on ne saisit pas.
Supposons que le PQ parvienne à obtenir une victoire référendaire à grands renforts de «souhaits de pays» de gestes «concrets», de slogans brillants, de belles pancartes, d'efforts surhumains, de dévouement sans bornes, de milliers d'heures non facturées. Ça pleure de joie, ça danse dans les rues! Enfin, le pays!
Voire!
Le lendemain (de veille), 7h30. Vers qui se tournera le chef lorsque l'ambassadeur des États-Unis, au bout du fil, après les «félicitations» d'usage, lui dira «oh, by the way» qu'il n'est pas question de rouvrir l'ALENA? Vers qui se tournera-t-il, lorsque, à Bruxelles, on lui rappellera, sur un ton clinique, Clarity Act en main, qu'il est «délicat» de briser un État du G7 avec 30 000 voix de majorité? Vers qui se tournera-t-il lorsque Ottawa soufflera sur les braises partionnistes du West-Island et du Nord-du-Québec?
Vers son association de comté? Non, bien sûr. Vers son cabinet? Passons. Vers son équipe de recherchistes? Misère! Vers son aile parlementaire? Aussi compétent soit-il, ça fait beaucoup de travail pour un seul homme. Vers les ressources de l'État? On lui rappellera l'évidence: il est déjà trop tard, Monsieur le premier ministre. Il fallait y penser avant. Avant, comme dans «maintenant».
Se préparer
Affranchir l'État du Québec (il existe déjà), c'est briser le Canada, un pays mondialement respecté, c'est rompre l'équilibre géopolitique d'un continent désormais paranoïaque. Il faut plus que des élans patriotiques, que l'énergie candide de la jeunesse, que les roueries des paqueteurs d'assemblées. Il faut du savoir-faire, de la préparation, de l'expérience.
Or le chef du Parti québécois s'aliène, méthodiquement — on jurerait à dessein — ceux qui détiennent les véritables clefs du pays, ceux qu'il nomme, avec un dédain plombé, les «exégètes». Camille Laurin se réincarnerait-il qu'il irait militer ailleurs.
Cette navrante situation est un énième signe de la mort cérébrale de ce parti. Pour faire l'indépendance à moyen terme, il faudra bien plus que revoir le délirant programme de 2005. Il faudra envoyer cette formation rejoindre le Parti canadien, le Parti patriote, le Parti national, l'Union nationale, le RIN, au cimetière des «Patentes» qui ont, l'espace d'une génération, incarné l'idée d'autonomie, sinon d'indépendance. Et ce, dès les prochaines élections.
C'est l'évidence, même si elle est douloureuse: une victoire du PQ n'est plus — depuis dix déjà ans — une condition gagnante.
Supposons que le PQ parvienne à obtenir une victoire référendaire à grands renforts de «souhaits de pays» de gestes «concrets», de slogans brillants, de belles pancartes, d'efforts surhumains, de dévouement sans bornes, de milliers d'heures non facturées. Ça pleure de joie, ça danse dans les rues! Enfin, le pays!
Voire!
Le lendemain (de veille), 7h30. Vers qui se tournera le chef lorsque l'ambassadeur des États-Unis, au bout du fil, après les «félicitations» d'usage, lui dira «oh, by the way» qu'il n'est pas question de rouvrir l'ALENA? Vers qui se tournera-t-il, lorsque, à Bruxelles, on lui rappellera, sur un ton clinique, Clarity Act en main, qu'il est «délicat» de briser un État du G7 avec 30 000 voix de majorité? Vers qui se tournera-t-il lorsque Ottawa soufflera sur les braises partionnistes du West-Island et du Nord-du-Québec?
Vers son association de comté? Non, bien sûr. Vers son cabinet? Passons. Vers son équipe de recherchistes? Misère! Vers son aile parlementaire? Aussi compétent soit-il, ça fait beaucoup de travail pour un seul homme. Vers les ressources de l'État? On lui rappellera l'évidence: il est déjà trop tard, Monsieur le premier ministre. Il fallait y penser avant. Avant, comme dans «maintenant».
Se préparer
Affranchir l'État du Québec (il existe déjà), c'est briser le Canada, un pays mondialement respecté, c'est rompre l'équilibre géopolitique d'un continent désormais paranoïaque. Il faut plus que des élans patriotiques, que l'énergie candide de la jeunesse, que les roueries des paqueteurs d'assemblées. Il faut du savoir-faire, de la préparation, de l'expérience.
Or le chef du Parti québécois s'aliène, méthodiquement — on jurerait à dessein — ceux qui détiennent les véritables clefs du pays, ceux qu'il nomme, avec un dédain plombé, les «exégètes». Camille Laurin se réincarnerait-il qu'il irait militer ailleurs.
Cette navrante situation est un énième signe de la mort cérébrale de ce parti. Pour faire l'indépendance à moyen terme, il faudra bien plus que revoir le délirant programme de 2005. Il faudra envoyer cette formation rejoindre le Parti canadien, le Parti patriote, le Parti national, l'Union nationale, le RIN, au cimetière des «Patentes» qui ont, l'espace d'une génération, incarné l'idée d'autonomie, sinon d'indépendance. Et ce, dès les prochaines élections.
C'est l'évidence, même si elle est douloureuse: une victoire du PQ n'est plus — depuis dix déjà ans — une condition gagnante.
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