Festivals de cinéma: une enquête à poursuivre
Collectif*
13 mai 2006
Lettre à Line Beauchamp, ministre de la Culture et des Communications
Par cette lettre, nous souhaitons donner suite aux déclarations que vous avez faites en conférence radiophonique, le mardi 2 mai, à la suite du dépôt du rapport Vaugeois.
Une de vos déclarations nous a paru particulièrement surprenante, celle relative au fait qu'il vous faut encore, ainsi qu'à la SODEC, «une année de réflexion pour décider si Montréal doit choisir entre un grand rendez-vous de films ou une pluralité de manifestations». Mais aucun enseignement n'a-t-il donc été tiré des 24 derniers mois? Personne n'est dupe. Cette décision ne peut être qu'un faux-fuyant pour tenter de nouveau de réussir ce qui n'a pas encore été réussi: rayer le Festival des films du monde (FFM) de la carte en le privant de l'aide financière à laquelle il avait droit l'an dernier et à laquelle il a plus que jamais droit cette année.
La décision du conseil d'administration de la SODEC du 3 mai de n'aider, en 2006, que les festivals subventionnés l'an dernier relève d'une logique indéfendable. Le chèque de 850 000 $ que vous avez remis en grande pompe devant les caméras en septembre dernier à la direction de Spectra était un chèque qui aurait dû être remis à la direction du FFM et, par voie de conséquence, c'est le montant minimum qui devrait lui être remis cette année.
Ne comprenez-vous pas que si le FFM ne devait pas avoir lieu cette année, le Québec serait privé à jamais d'un festival de cette envergure avec toutes les conséquences que cela aurait pour nos cinéphiles, nos artisans et la réputation du Québec à l'étranger? L'existence du Festival du nouveau cinéma (FNC) est tout à fait justifiable et mérite d'être soutenue, mais elle ne pourra jamais remplacer celle du FFM. La vocation des deux festivals est fondamentalement différente. Et est-il besoin d'ajouter que le FFM, à lui seul, rejoint presque autant de spectateurs que la totalité des dix autres festivals montréalais réunis?
Affaire non classée
Quelques-unes de vos autres déclarations méritent d'être relevées. Par exemple, celle où vous dites que «la responsabilité du gâchis doit être partagée entre les organisateurs, le milieu du cinéma, la SODEC et le gouvernement fédéral». N'aurait-il pas été beaucoup plus juste de dire «entre les organisateurs, certains intervenants du milieu du cinéma (nous connaissons leurs noms, tout comme vous, et ils se comptent sur les doigts de la main), le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral»? En effet, pourquoi, de votre côté, n'impliquer qu'une de vos institutions et, de l'autre, l'ensemble du gouvernement? Des interventions n'ont-elles pas été faites jusqu'aux plus hauts niveaux du gouvernement québécois, soit le Conseil du trésor et le premier ministre?
Il ne faudrait pas croire qu'avec le dépôt du rapport Vaugeois, l'affaire est maintenant classée. Le mandat limité que vous avez confié à Denis Vaugeois, quoique fort utile, l'empêchait cependant de faire toute la lumière. N'était-ce d'ailleurs pas une énième tentative de noyer le poisson?
Et ce n'est pas la nomination d'un vérificateur externe et de trois comités qui corrigera la situation actuelle ou l'empêchera de se répéter.
La catastrophe est en bonne partie due au fait que les buts avoués («création d'un grand événement cinématographique rassembleur» et «besoin de transparence») n'étaient que prétextes à un but non avoué (l'expropriation du FFM, puis celle du FNC) au profit de quelques distributeurs, d'un gros organisateur de spectacles et de quelques poids lourds de l'industrie du cinéma et de la télévision, avec la complicité de quelques fonctionnaires revanchards.
Ce qu'on a tu
Et le public dans tout ça? Et la transparence dans tout ça?
Quelle ironie de la part de ceux qui s'époumonaient à crier au manque de transparence du FFM de voir que le dépôt de la première demande de reconnaissance du Regroupement-Spectra, basée sur le consentement de Serge Losique, fut faite le 8 octobre 2004 sans mention de la lettre de Serge Losique du 7 septembre affirmant clairement qu'il n'accepterait jamais la proposition d'Alain Simard.
Et le 10 février 2005, le Festival international de films de Montréal (FIFM) tenait sa première conférence de presse, laissant entendre qu'il y avait entente avec le FNC alors qu'il savait très bien que, la veille, le conseil d'administration du FNC avait rejeté à l'unanimité la proposition d'alliance entre le FNC et le FIFM!
Les dés étaient pipés avant même l'annonce du dépôt de mise en candidature, en juillet 2004. Cela sera prouvé en temps et lieu. Cela se mijotait en privé depuis l'automne 2003 et a été confirmé par une première déclaration publique, faite le 26 août 2004, lors du dîner d'ouverture du 28e FFM, dîner auquel vous assistiez, de même que Liza Frulla, alors ministre du Patrimoine.
Mme la ministre, puisse ce qui précède vous amener à agir rapidement afin que justice soit faite au FFM et que cesse au plus tôt la saga actuelle.
***
* Les membres du Comité du 30e anniversaire du FFM: Daniel Bouchard, Rock Demers, Louis Dussault, Claude Fournier, Jacques Godbout, Diane Gagnon, Myriam Letourneau, Louise Marleau, Pierre Moreau, Michel Mosca, Paul Toutant, Virginie Valastro.
Par cette lettre, nous souhaitons donner suite aux déclarations que vous avez faites en conférence radiophonique, le mardi 2 mai, à la suite du dépôt du rapport Vaugeois.
Une de vos déclarations nous a paru particulièrement surprenante, celle relative au fait qu'il vous faut encore, ainsi qu'à la SODEC, «une année de réflexion pour décider si Montréal doit choisir entre un grand rendez-vous de films ou une pluralité de manifestations». Mais aucun enseignement n'a-t-il donc été tiré des 24 derniers mois? Personne n'est dupe. Cette décision ne peut être qu'un faux-fuyant pour tenter de nouveau de réussir ce qui n'a pas encore été réussi: rayer le Festival des films du monde (FFM) de la carte en le privant de l'aide financière à laquelle il avait droit l'an dernier et à laquelle il a plus que jamais droit cette année.
La décision du conseil d'administration de la SODEC du 3 mai de n'aider, en 2006, que les festivals subventionnés l'an dernier relève d'une logique indéfendable. Le chèque de 850 000 $ que vous avez remis en grande pompe devant les caméras en septembre dernier à la direction de Spectra était un chèque qui aurait dû être remis à la direction du FFM et, par voie de conséquence, c'est le montant minimum qui devrait lui être remis cette année.
Ne comprenez-vous pas que si le FFM ne devait pas avoir lieu cette année, le Québec serait privé à jamais d'un festival de cette envergure avec toutes les conséquences que cela aurait pour nos cinéphiles, nos artisans et la réputation du Québec à l'étranger? L'existence du Festival du nouveau cinéma (FNC) est tout à fait justifiable et mérite d'être soutenue, mais elle ne pourra jamais remplacer celle du FFM. La vocation des deux festivals est fondamentalement différente. Et est-il besoin d'ajouter que le FFM, à lui seul, rejoint presque autant de spectateurs que la totalité des dix autres festivals montréalais réunis?
Affaire non classée
Quelques-unes de vos autres déclarations méritent d'être relevées. Par exemple, celle où vous dites que «la responsabilité du gâchis doit être partagée entre les organisateurs, le milieu du cinéma, la SODEC et le gouvernement fédéral». N'aurait-il pas été beaucoup plus juste de dire «entre les organisateurs, certains intervenants du milieu du cinéma (nous connaissons leurs noms, tout comme vous, et ils se comptent sur les doigts de la main), le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral»? En effet, pourquoi, de votre côté, n'impliquer qu'une de vos institutions et, de l'autre, l'ensemble du gouvernement? Des interventions n'ont-elles pas été faites jusqu'aux plus hauts niveaux du gouvernement québécois, soit le Conseil du trésor et le premier ministre?
Il ne faudrait pas croire qu'avec le dépôt du rapport Vaugeois, l'affaire est maintenant classée. Le mandat limité que vous avez confié à Denis Vaugeois, quoique fort utile, l'empêchait cependant de faire toute la lumière. N'était-ce d'ailleurs pas une énième tentative de noyer le poisson?
Et ce n'est pas la nomination d'un vérificateur externe et de trois comités qui corrigera la situation actuelle ou l'empêchera de se répéter.
La catastrophe est en bonne partie due au fait que les buts avoués («création d'un grand événement cinématographique rassembleur» et «besoin de transparence») n'étaient que prétextes à un but non avoué (l'expropriation du FFM, puis celle du FNC) au profit de quelques distributeurs, d'un gros organisateur de spectacles et de quelques poids lourds de l'industrie du cinéma et de la télévision, avec la complicité de quelques fonctionnaires revanchards.
Ce qu'on a tu
Et le public dans tout ça? Et la transparence dans tout ça?
Quelle ironie de la part de ceux qui s'époumonaient à crier au manque de transparence du FFM de voir que le dépôt de la première demande de reconnaissance du Regroupement-Spectra, basée sur le consentement de Serge Losique, fut faite le 8 octobre 2004 sans mention de la lettre de Serge Losique du 7 septembre affirmant clairement qu'il n'accepterait jamais la proposition d'Alain Simard.
Et le 10 février 2005, le Festival international de films de Montréal (FIFM) tenait sa première conférence de presse, laissant entendre qu'il y avait entente avec le FNC alors qu'il savait très bien que, la veille, le conseil d'administration du FNC avait rejeté à l'unanimité la proposition d'alliance entre le FNC et le FIFM!
Les dés étaient pipés avant même l'annonce du dépôt de mise en candidature, en juillet 2004. Cela sera prouvé en temps et lieu. Cela se mijotait en privé depuis l'automne 2003 et a été confirmé par une première déclaration publique, faite le 26 août 2004, lors du dîner d'ouverture du 28e FFM, dîner auquel vous assistiez, de même que Liza Frulla, alors ministre du Patrimoine.
Mme la ministre, puisse ce qui précède vous amener à agir rapidement afin que justice soit faite au FFM et que cesse au plus tôt la saga actuelle.
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* Les membres du Comité du 30e anniversaire du FFM: Daniel Bouchard, Rock Demers, Louis Dussault, Claude Fournier, Jacques Godbout, Diane Gagnon, Myriam Letourneau, Louise Marleau, Pierre Moreau, Michel Mosca, Paul Toutant, Virginie Valastro.
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