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Orford: Charest dit merci au PLQ

Le premier ministre reconnaît le droit à la dissidence de Mulcair et de Paradis

Antoine Robitaille   8 mai 2006 
Trois-Rivières — «J'ai été profondément touché par votre appui», a lancé, presque ému, le premier ministre Jean Charest hier, à Trois-Rivières, dans son discours de clôture du conseil général du Parti libéral, avant d'être longuement ovationné. Mais il a par la suite refusé de jeter la pierre aux «dissidents» Thomas Mulcair, député de Chomedey, et Pierre Paradis, de Brome-Missisquoi, qu'il a même invités à participer à la commission parlementaire sur la loi 23. Celle-ci prévoit la privatisation partielle du parc national du Mont-Orford à des fins récréatives, la construction de condominiums et l'augmentation de la superficie totale du parc.

Les travaux du conseil ont été hantés par ce projet, de même que par les sondages dévastateurs, notamment celui de Léger Marketing-Le Devoir qui indiquait vendredi que 65 % des Québécois souhaitent que M. Charest quitte son poste. Parmi les électeurs libéraux, 41 % souhaitaient son départ. Paraissant soulagé, hier, M. Charest est sorti de son texte et a déclaré: «Je veux vous dire à quel point c'est pour moi un honneur et un privilège d'être chef du Parti libéral du Québec. J'ai toujours senti votre appui, depuis le premier jour», a dit le premier ministre, rappelant qu'il venait d'entamer sa neuvième année comme chef du Parti libéral.

Serrant les coudes samedi, les 500 libéraux présents ont entériné presque unanimement la «résolution 4», par laquelle le parti appuyait le gouvernement dans sa solution à Orford. Seule une dizaine de militants libéraux s'y sont opposés. Les deux anciens ministres libéraux de l'environnement, Thomas Mulcair et Pierre Paradis, se sont rendus au micro pour exprimer leur opposition à la solution du gouvernement. Au terme de la journée, le président du caucus et député d'Argenteuil, David Whissel, a dit que la vision de MM. Mulcair et Paradis n'était pas partagée par une quasi-totalité des membres du parti et que, par conséquent, ils devaient «décider de leur avenir politique». Hier matin, d'autres députés et ministres ont entonné le même refrain. M. Benoît Pelletier, notamment, qui a indiqué que les dissidents avaient eu la chance de parler: «Maintenant qu'une décision a été prise, j'espère que tout le monde va ramer dans la même direction», a-t-il ajouté.

Pas de «crois ou meurs»

Le premier ministre les a toutefois contredits hier, dans son point de presse, en se montrant ouvert à d'autres discussions. Déjà dans son discours de clôture, M. Charest s'était réjoui que le Parti libéral ait eu des «discussions franches et respectueuses». Contrairement à ce que l'on dit souvent, ce parti est «capable d'avoir des discussions», a-t-il souligné. «Nous rejetons cette logique du 'crois ou meurs' qui caractérise le Parti québécois», a ajouté M. Charest. En point de presse, il a soutenu que le PLQ était «à son meilleur [sic]» dans ces moments critiques où «tout le monde a l'occasion de s'exprimer». À l'en croire, MM. Mulcair et Paradis, veulent simplement «contribuer à la solution dans Orford». Prônant le dialogue, M. Charest a invité «tous ceux qui s'intéressent à cette question du mont Orford», «sans exception» à «s'asseoir et à travailler avec [lui] pour faire une analyse du projet de loi et voir comment on peut l'améliorer».

Samedi, M. Mulcair avait toutefois qualifié la controverse d'Orford de «crise de conscience». En offrant un parc national «au plus offrant», on se trouve, selon lui, à «rompre avec les générations passées» qui ont confié des terres à l'État pour les protéger. «Je demeure profondément opposé à la vente de ces terres à des promoteurs privés», avait dit M. Mulcair. Quant à Pierre Paradis, il a fait valoir que, en vendant des parties d'un parc national, on brisait le «lien de confiance» avec la population. Au moment du vote, M. Mulcair a ostensiblement voté contre, alors que M. Paradis s'est abstenu.

Plus de neige?

Questionné hier en point de presse sur la possibilité, évoquée samedi par le chercheur Claude Villeneuve (et exposée dans le Devoir il y a quelques semaines) qu'il n'y ait, dès 2020, plus assez de neige à Orford pour skier, M. Charest a dit qu'il doutait des études sur les conséquences des changements climatiques: «Je pense que personne ne peut en arriver à une conclusion définitive quant aux impacts des changements climatiques», a répondu le premier ministre en anglais. Selon lui, M. Villeneuve peut avoir «sa façon d'évaluer ces conséquences sur le sud du Québec, mais ceux qui travaillent dans les environs d'Orford ont [...] une autre façon de les évaluer. Croire M. Villeneuve serait tirer des conclusions qui ne sont pas celles des gens qui y travaillent», a-t-il déclaré. Un journaliste a aussi souligné au premier ministre qu'il y a, dans le reste du Canada, des parcs où l'on trouve des centres de ski et des terrains de golf, mais ces portions-là «n'y sont pas vendues au privé» pour autant. «Oui, mais chaque parc a son histoire», a répondu M. Charest. Ce n'est pas vrai qu'on peut de façon dogmatique juste appliquer des règles d'un endroit à l'autre. Il y a les grands principes, mais l'histoire du parc du Mont-Orford, ce sera quoi, quand on arrivera au résultat final, ce sera le doublement de sa superficie.»

L'environnementaliste et militant libéral de longue date Jean-Guy Dépôt a tenté en vain de faire adopter une résolution d'urgence contre la loi 23, samedi. M. Dépôt déplorait plus tard en soirée que le ministre Claude Béchard ait eu près de 40 minutes vendredi soir pour présenter sa loi 23 alors que lui avait eu à peine 10 minutes pour expliquer sa résolution d'urgence. Après s'être fait traiter de «péquiste» par un député libéral dans les couloirs du Centre des congrès de Trois-Rivières, M. Dépôt confiait samedi au Devoir qu'il songeait à quitter la commission politique du PLQ ainsi que le comité de suivi des engagements électoraux. Il n'abandonnera toutefois pas la lutte contre la privatisation partielle du mont Orford. «Ce n'est pas terminé cette affaire-là!», clamait-il samedi. Des avocats travaillant pour l'organisme SOS Orford ont, selon lui, réussi à déceler des failles dans la loi. Au reste, selon lui, le projet de loi est tellement restrictif qu'il risque de décourager les investisseurs.
 
 
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