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Libre opinion: Frais pour les étudiants étrangers: une erreur

Christian Bélair - Président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ)  5 mai 2006 
Le samedi 22 avril 2006, dans un article intitulé «Les étrangers devraient payer», Le Devoir résumait les propos et la vision de la principale de l'université McGill, Heather Munroe-Blum, qui avançait l'idée de mettre fin à la politique d'exemption des frais différenciés accordée à certains étudiants internationaux. Or cette proposition de Mme Munroe-Blum risque a contrario de nuire aux universités du Québec.

Alors que la concurrence pour le recrutement des étudiants internationaux est de plus en plus forte, le consensus général tend à l'inverse à créer des incitatifs pouvant agir sur le nombre de leurs inscriptions. Plusieurs groupes, dont la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, ont déjà énoncé très clairement qu'il fallait améliorer nos capacités de recrutement et de rétention.

Il est difficile d'évaluer l'impact des propos de Mme Munroe-Blum sur le recrutement ou sur la réputation du Québec sur la scène internationale. En revanche, on peut imaginer plus facilement l'impact de faire passer de 1668 $ à 10 092 $ la facture annuelle des frais de scolarité de quelque 8000 étudiants internationaux bénéficiant de cette exemption.

Pas un luxe

D'ailleurs, le développement d'incitatifs pour les étudiants internationaux est loin d'être un luxe. À titre d'exemples, plusieurs universités américaines versent des bourses aux étudiants internationaux inscrits dans des programmes de recherche. En Europe, le programme Erasmus, qui offre bourses, cours de langue et pleine reconnaissance des équivalences, agit comme un aimant centrifuge.

Pendant ce temps, au Québec, les étudiants internationaux sont soumis à de longs et coûteux processus administratifs, sont de facto inadmissibles aux bourses des fonds subventionnaires québécois et fédéraux et, pour au moins 60 % d'entre eux, doivent payer près de cinq fois plus cher que les étudiants québécois.

Dans une autre perspective, Mme Munroe-Blum commet une grave erreur en omettant de souligner un élément essentiel de la contribution des étudiants internationaux: la recherche. Selon le ministère de l'Éducation, les étudiants internationaux constituent près de 20 % de l'effectif de recherche au doctorat et 12 % à la maîtrise. Ils représentent une main-d'oeuvre essentielle au développement de la recherche universitaire; les universités du Québec — comme les institutions québécoises de tous les types d'ailleurs — ont vraiment avantage à développer des incitatifs pour les étudiants internationaux.

De futurs citoyens

Il est aussi intéressant d'évaluer la contribution des étudiants internationaux à l'économie locale. L'organisme Montréal International évalue leur contribution directe à l'économie montréalaise à environ 250 millions par année. Voilà un fait qui compense largement une exemption de quelques milliers de dollars...

Par ailleurs, force est de reconnaître que les étudiants internationaux représentent un bassin privilégié de candidats à l'immigration. Familiers avec la société québécoise, ils connaissent ses institutions, parlent la langue française et possèdent surtout un diplôme reconnu par les employeurs et les ordres professionnels. À ce propos, mentionnons que le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles du Québec a constaté l'an dernier que plus de 30 % des étudiants internationaux inscrits à la maîtrise et au doctorat ont choisi d'immigrer au Québec.

On le sait, le gouvernement du Québec dépense des millions pour le recrutement d'immigrants à l'étranger et cherche toujours une solution au problème des équivalences de diplômes. Le premier ministre Jean Charest, qui a semblé trouver l'idée de Mme Munroe-Blum intéressante, devrait examiner davantage l'idée suivante: le développement d'incitatifs pour les étudiants étrangers, à commencer par l'exemption des frais de scolarité forfaitaires, ce qui représente une stratégie efficace et moins coûteuse pour stimuler l'immigration d'une main-d'oeuvre qualifiée.

Une solution viable existe

Il faut cependant reconnaître que Mme Munroe-Blum voit juste en ce qui a trait au manque de financement des universités québécoises. Avec la réduction des transferts fédéraux pour l'éducation postsecondaire, ce sont chaque année plus de 4,9 milliards, dont près de 1,2 milliard au Québec, qui manquent aux universités. Selon Mme Munroe-Blum, mettre fin aux exemptions rapporterait «au moins 47 millions de dollars». Affaiblir les efforts de rétention et de recrutement du Québec pour quelques millions en vaut-il la peine? Nous pensons évidemment que non.

Mme Munroe-Blum devrait plutôt viser une double stratégie pour apaiser la source de ses préoccupations, soit le manque de financement des universités québécoises. Dans un premier temps, elle devrait soutenir les efforts incontestablement positifs de recrutement des étudiants internationaux par le développement de plusieurs incitatifs administratifs et financiers, dont plus d'exemptions en matière de droits de scolarité.

Ensuite, elle devrait se joindre au consensus amorcé par la FEUQ et adopté par les recteurs du Québec, le gouvernement du Québec et le Conseil de la fédération, qui demande le rétablissement des transferts fédéraux aux provinces pour l'éducation postsecondaire, ce qui représente 4,9 milliards par année. Nul doute qu'une telle somme, pour laquelle la communauté universitaire du Québec et du Canada se bat depuis plusieurs mois, permettrait à tout le Québec de consolider le financement de ses universités et collèges mais aussi d'assurer le bien-être et la prospérité économique de ses citoyens au cours des années à venir.
 
 
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