Da Vaugeois Code
Josée Boileau
5 mai 2006
Avec un titre en latin, un chapitre sur les quatre jours où tout a basculé, la découverte d'un mystérieux avis juridique, des hypothèses et des questions, le rapport de Denis Vaugeois sur le rôle de la SODEC dans l'octroi d'un nouveau festival du film à Montréal tient du roman à succès. Et on attend la suite — le rapport de Téléfilm Canada — pour résoudre l'énigme.
Le rapport Vaugeois, commandé par la ministre de la Culture, Line Beauchamp, a beau, mandat oblige, se concentrer sur la mécanique de prise de décision à la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), il vient d'ajouter une pièce importante à la saga des festivals. Il y aurait donc eu un avis, verbal, impromptu, inexplicable, jusqu'ici ignoré, émanant des services juridiques de Téléfilm pour empêcher le Festival de nouveau cinéma (FNC) de remporter la mise alors qu'il avait passé haut la main le processus de sélection.
Suspense: qui avait intérêt à tout bloquer? Qui le souhaitait? M. Vaugeois ne va pas plus loin, ses recommandations se concentrant sur un renouveau des pratiques de gestion de la SODEC, ce qui est en soi fort bien. Mais ce qu'on retiendra surtout de cette nouvelle étape, c'est le fait qu'on ne soit pas encore venu à bout de la conspiration du silence.
N'eût été le député péquiste Daniel Turp, toute l'affaire était en effet en voie de se noyer dans des querelles d'ego qui relèvent presque du potinage et qui n'intéressent que les initiés. Grâce à la Loi d'accès à l'information, M. Turp nous aura au contraire appris qu'il y avait matière à enquête, notamment parce que même le conseil d'administration de la SODEC ignorait qu'un système de pointage précis avait d'abord privilégié le FNC. Dès lors, les langues se sont déliées, les révélations s'ajoutant les unes aux autres, jusqu'à ce rapport d'hier, qui ouvre de nouvelles pistes.
En amont d'abord, puisque Téléfilm, qui tirait les ficelles du processus, doit s'expliquer. Et il devient impératif de comprendre pourquoi tant de gens et d'institutions voulaient voir disparaître le Festival des films du monde de Serge Losique, le but de toute l'opération. En aval ensuite, puisqu'une fois le festival octroyé au Regroupement-Spectra, d'importantes sommes ont été dépensées et qu'on ne sait pas trop à quoi elles ont été employées, comme Nathalie Petrowski l'a fait voir avec éloquence dans La Presse.
Enfin, la ministre Beauchamp pourrait aller plus loin et faire appel au vérificateur général. Le député Turp le lui demande, le climat politique s'y prête; à Ottawa, le premier ministre Stephen Harper ne vient-il pas d'élargir les pouvoirs de la vérificatrice générale pour qu'elle puisse retracer l'argent public au sein de tous les organismes qui en reçoivent? Ici aussi, c'est de deniers publics qu'il est question. Et il reste trop de zones d'ombre pour simplement promettre de mieux gérer à l'avenir.
jboileau@ledevoir.ca
Le rapport Vaugeois, commandé par la ministre de la Culture, Line Beauchamp, a beau, mandat oblige, se concentrer sur la mécanique de prise de décision à la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), il vient d'ajouter une pièce importante à la saga des festivals. Il y aurait donc eu un avis, verbal, impromptu, inexplicable, jusqu'ici ignoré, émanant des services juridiques de Téléfilm pour empêcher le Festival de nouveau cinéma (FNC) de remporter la mise alors qu'il avait passé haut la main le processus de sélection.
Suspense: qui avait intérêt à tout bloquer? Qui le souhaitait? M. Vaugeois ne va pas plus loin, ses recommandations se concentrant sur un renouveau des pratiques de gestion de la SODEC, ce qui est en soi fort bien. Mais ce qu'on retiendra surtout de cette nouvelle étape, c'est le fait qu'on ne soit pas encore venu à bout de la conspiration du silence.
N'eût été le député péquiste Daniel Turp, toute l'affaire était en effet en voie de se noyer dans des querelles d'ego qui relèvent presque du potinage et qui n'intéressent que les initiés. Grâce à la Loi d'accès à l'information, M. Turp nous aura au contraire appris qu'il y avait matière à enquête, notamment parce que même le conseil d'administration de la SODEC ignorait qu'un système de pointage précis avait d'abord privilégié le FNC. Dès lors, les langues se sont déliées, les révélations s'ajoutant les unes aux autres, jusqu'à ce rapport d'hier, qui ouvre de nouvelles pistes.
En amont d'abord, puisque Téléfilm, qui tirait les ficelles du processus, doit s'expliquer. Et il devient impératif de comprendre pourquoi tant de gens et d'institutions voulaient voir disparaître le Festival des films du monde de Serge Losique, le but de toute l'opération. En aval ensuite, puisqu'une fois le festival octroyé au Regroupement-Spectra, d'importantes sommes ont été dépensées et qu'on ne sait pas trop à quoi elles ont été employées, comme Nathalie Petrowski l'a fait voir avec éloquence dans La Presse.
Enfin, la ministre Beauchamp pourrait aller plus loin et faire appel au vérificateur général. Le député Turp le lui demande, le climat politique s'y prête; à Ottawa, le premier ministre Stephen Harper ne vient-il pas d'élargir les pouvoirs de la vérificatrice générale pour qu'elle puisse retracer l'argent public au sein de tous les organismes qui en reçoivent? Ici aussi, c'est de deniers publics qu'il est question. Et il reste trop de zones d'ombre pour simplement promettre de mieux gérer à l'avenir.
jboileau@ledevoir.ca
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