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Libre-Opinion: FSE-CSQ, une famille à fuir

Claude Belcourt - Enseignant de français à la Commission scolaire de Montréal  3 mai 2006 
On pourrait se demander, en cette veille d'un référendum sur la désaffiliation, pourquoi la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et sa mamelle, la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE), ont fini par apparaître aux yeux de l'enseignant montréalais que je suis comme un agglomérat occulte et douteux. Pourquoi perçois-je la FSE-CEQ comme une concrétion solide, confortablement briquetée dans l'architecture gouvernementale, pratiquant le rejet des corps faisant tache sur son uniformité?

Je pourrais vous répondre par ce qui est le plus facile à comprendre: ils nous ont mis au pied du mur et, devant cette attitude paternaliste du «si tu n'es pas content, pars!», nous avons fugué. Ce «nous», ce sont les syndicats dissidents qui représentent 25 000 enseignants et qui, au cours des prochaines semaines, chercheront à convaincre leurs membres de se désaffilier de cette entité vouée à l'univocité.

Mais cette réponse, pour facile qu'elle soit, n'en est pas moins incomplète car la marmite chauffe depuis si longtemps au fil des reculs et des choix équivoques...

Rassurez-vous, je n'ai pas l'intention de faire un savant exposé et d'épuiser le sujet. Je voudrais simplement évoquer ici les raisons qui font que moi, humble enseignant de français, sans titre, sans responsabilité syndicale, je démissionne devant la FSE-CSQ, ce collectif de toutes les compromissions, et aspire à un syndicat qui me représente vraiment.

Vendre son âme

La première vue qui me vient à l'esprit quand je cherche à comprendre ce qui a bien pu se passer, c'est que la FSE-CSQ a vendu son âme pour des breloques. Elle a bradé 20 ans de travail sur l'équité salariale pour se faire fourguer une pitoyable dévalorisation de notre échelle salariale; elle a encanté cinq heures de travail de plus par cycle horaire de la part des profs au prix de deux ans de salaire gelé; elle a liquidé le critère de la scolarisation des enseignants dans l'échelle salariale contre l'enluminure d'une réforme socio-constructiviste de l'enseignement qui veut que le savoir objectif n'existe plus: tout devient affaire de négociation entre les élèves pour définir ce qu'est le réel.

Et pour soutenir ce non-savoir, elle participe par sa flagornerie à la mise en valeur d'un bac général de quatre ans formant des pédagogues de l'exhumation négociée plutôt que des universitaires passionnés par une matière. Dans quelques années, vous pourrez compter sur les doigts de la main les enseignants du primaire et du secondaire qui auront ne serait-ce qu'une maîtrise (et les salaires continueront de baisser en proportion!... ).

J'ai honte devant cette abdication. Voilà ma première raison de tourner le dos à une FSE-CSQ qui a tout mélangé en une bouillie imbuvable, équité salariale et complicité avec la célébration de l'ignorance.

Et se soumettre

Une fois franchi le pas du copinage avec le pouvoir, l'étape suivante est celle de l'exclusion. Saviez-vous que sans lire le moindrement quelque document d'archives que ce soit, il est facile de relater le passé ou de prédire l'avenir des votes aux conseils fédéraux et centraux? Deux tiers des voix, toujours les mêmes, votent contre l'autre tiers (toujours le même).

L'union fait la force, paraît-il; quand il y a union, bien sûr. Mais si le meilleur de l'énergie va à s'épuiser contre les siens, c'est qu'on n'en est plus. Dans ce cas, il faut partir et recommencer.

Il faut bâtir un nouveau syndicat qui ne baissera pas les bras devant quelque indigne décret gouvernemental que ce soit et dont le seul coup de force serait de signer une entente préjudiciable sans consulter ses membres. Il faut concevoir un syndicat où le minimum sera toujours de refuser d'applaudir à une surcharge de travail de cinq heures en prétendant qu'il s'agit d'un gain. Il faut imaginer un syndicat où on ne fermera pas les yeux devant le honteux magouillage qu'on se prépare à faire avec la décote des EHDAA (élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage). D'ailleurs, à la Commission scolaire de Montréal, c'est commencé: comme on n'a plus d'élèves en difficulté, on coupe les adjoints supplémentaires que le code accolé aux élèves en difficulté d'apprentissage générait. Morale: on a encore moins de monde pour encadrer les élèves en difficulté.

Il faut édifier un syndicat qui cherchera à changer le cours de ce phénomène social grandissant de la transformation des écoles publiques en centres de jour pour occuper les jeunes. Il faut fonder un syndicat qui crèvera la bulle de cette «réforme-renouveau pédagogique» si chère à la FSE-CSQ-MELS, utopie qui a représenté le signal de la désertion de nos écoles publiques au profit des écoles privées (40 % des élèves du bassin de mon école, qui devraient entrer chez nous, s'acheminent vers le privé, et ce chiffre est en progression constante).

Ce copinage avec cette pseudo-réforme de l'éducation, qui n'est en fait qu'une réforme du désinvestissement, me sort par les trous du nez; cette constante soumission au «on n'a pas d'argent» gouvernemental est ma seconde raison de vouloir quitter la galère FSE-CSQ.

Sur le terrain

En tout état de cause, cette coterie aura beau m'assommer de chiffres pour montrer qu'on a obtenu plus que les autres corps d'emploi, qu'on a moins reculé qu'il était possible de le faire, moi, petit prof sur le terrain, ce que je vois, c'est une charge de travail toujours plus grande, des élèves complètement perdus, rendus en cinquième secondaire et incapables de lire et d'écrire, des directions toujours plus arrogantes parce que conscientes de la faiblesse syndicale, des enseignants du premier cycle du secondaire se découvrant pris à faire un quatrième cycle du primaire jointé de force dans une école secondaire, des enseignants toujours plus jeunes et en plus grand nombre arrêtés pour cause de burn-out et une tour de Babel FSE-CSQ incapable de protéger ses membres.

Le pire, c'est que nous avons demandé à rester dans la famille malgré tout! Nous avions proposé, me semble-t-il, un aménagement raisonnable. Or tout ce que ces gens ont trouvé à nous répondre, c'est de nous montrer la porte.

Une bêtise aussi immense me laisse béat; je me dis qu'avec un syndicat au jugement aussi racorni, il est normal que nous nous retrouvions avec une entente pourrie plutôt qu'un décret irréaliste (car il ne durera pas!) et qu'il est temps de conquérir la liberté de bâtir autre chose: un syndicalisme qui nous ressemble.
 
 
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