Technologie - Développer un modèle viable de radio en ligne n'est pas simple
Bruno Guglielminetti
24 avril 2006
Les modèles ne manquent pas en ce qui a trait à la diffusion d’émissions de radio sur Internet.
Il y a deux semaines, mon collègue Paul Cauchon écrivait dans les pages du Devoir que le service de musique à la carte RadioLibre.ca, du groupe Astral Media, vivait des temps difficiles. La semaine dernière, sans trop de surprises, les abonnés du service ont reçu un courriel les prévenant que, dorénavant, le service allait être offert gratuitement à la planète.
Permettez-moi d'ajouter que, d'ici quelques mois, ces mêmes abonnés recevront probablement un courriel, ou verront peut-être un message lors de leur visite sur le site, leur apprenant que le service est dorénavant fermé. Exactement comme le service eRadio de Radio Énergie apparue en mai 2001, et qui a disparu sans faire trop de bruit. Comme à l'époque, beaucoup de brouhaha au lancement, mais malheureusement, la formule tient difficilement la route.
Sérieusement, qui allait payer 59,99 $ par année pour écouter de la musique alors que des centaines de sites Web offrent de la musique thématique et des milliers de stations de radio diffusent gratuitement leur programmation musicale sur Internet? À la limite, je comprends l'internaute qui voudra payer 54 $ pour six mois d'accès à la Radio Pirate pour entendre les propos de Jean-Francois Filion, mais payer seulement pour entendre de la musique sur Internet, c'est insensé. Mes excuses aux compositeurs et aux interprètes.
Les déboires de RadioLibre, c'est évidemment une histoire malheureuse pour les 45 personnes mises à pied avec ce passage à la formule gratuite, mais c'est également un bel exemple d'une opération ratée du début. D'abord, le projet n'était pas piloté par l'équipe d'Astral Media Radio interactif, dont l'expérience aurait été utile. Et puis, même certains consultants de l'entreprise avaient mis en garde la direction d'Astral Media sur le fait que le marché québécois n'était pas encore mature pour un tel service. D'autant plus que la musique circule librement sur Internet depuis belle lurette, même en français. Pensons au service de BandeàPart.fm.
Le seul espoir dans le projet de RadioLibre, c'est de voir une seconde mouture apparaître avec un plan d'affaires plus solide et, surtout, plus branché sur la réalité culturelle des internautes québécois. Tous les modèles américains ne sont pas exportables chez nous, même sur Internet. Est-ce que l'équipe de Sylvain Langlois, le vice-président et directeur général d'Astral Media Radio interactif arrivera à sauver le bateau et remettre en ligne un RadioLibre 2 viable? Nous le verrons dans les mois à venir.
Des inconditionnels
Mais entre ce type de service, comme celui qu'offre Jean-Francois Filion, et la retransmission des stations de radio traditionnelles en ligne, il existe néanmoins des inconditionnels de la radio libre, et je prends comme exemple la petite équipe de Gaulois de Kixxnet.com.
À l'heure où des chercheurs de l'Université Paul-Verlaine en France soulignent les différences fondamentales entre les internautes du Québec et de la France, et où vous appreniez comme moi vendredi dans Le Devoir que les Français sont moins sensibles que les Québécois, du moins en ligne, un groupe de francophone produit au quotidien une émission de Montréal pour un public à la fois québécois et français. À vrai dire, comme l'explique le porte-parole de la webradio Christophe Gache «kixxnet.com, c'est une radio à vocation internationale et francophone».
Tous les jours, de 15h à 17h, heure du Québec, l'animateur Lagamixx entre en ondes pensant à la fois à ses auditeurs québécois, mais également à son auditoire français qui, lui, le retrouve au même moment, décalage horaire oblige, de 21h à 23h.
Et comme la francophonie, c'est large, et que la technologie permet des prouesses qui auraient coûté une fortune autrefois, des collaborateurs d'un peu partout peuvent se joindre à l'animateur, notamment un chroniqueur belge qui s'occupe de la scène musicale. Avec l'utilisation du logiciel gratuit de téléphonie Internet Skype, le chroniqueur Bartosz Mach devient un membre à part entière de l'équipe à peu de frais.
La magie de la technologie, c'est également de voir tout le parcours que fait la programmation de cette station pour finalement aboutir dans les oreilles de ses auditeurs, peu importe où ils se trouvent sur la planète. Les émissions sont produites à Montréal, l'encodage également, pour ensuite être acheminé à Los Angeles sur un serveur média. Celui-ci traite le son et le réachemine aux auditeurs qui sélectionnent la source audio à partir du site de Kixxnet. Tout ça, avec une minute de décalage entre le moment où les mots sont dits en studio et le moment où les mots sont entendus sur l'ordinateur de l'auditeur.
De la concurrence
Mais, comme dans la vraie vie, la concurrence existe sur Internet. Dans le cas de kixxnet.com, qui fait dans le format «pop-rock», elle se trouve à des milliers de kilomètres de Montréal et, surtout, à un clic de souris de ses auditeurs. La webradio Fréquence3.fr fait également dans la promotion de la musique émergente et des jeunes artistes francophones.
Et puis, il y a ces webradios plus spécialisées comme celle de l'animateur de télévision Denis Talbot. Après avoir passé la semaine à faire le tour de l'actualité des jeux vidéo et de l'informatique dans le cadre de son émission M. Net à l'antenne de Musique Plus, il donne rendez-vous, tous les vendredis soir, à ses fidèles sur le Web pour prolonger la discussion.
Les internautes, plus de 5513 l'autre soir, passent pour l'écouter et pour poser des questions à ses invités. Exactement comme on le fait pendant une bonne vieille tribune téléphonique. Mais là s'arrête la comparaison avec la tribune de Pierre Maisonneuve ou des Amateurs de sport bonsoir, car le site Denis-talbot.com permet d'écouter l'émission en direct ou encore, d'écouter l'émission en baladodiffusion ou à la carte, à partir du site Web.
Dans un contexte où Internet haute vitesse devient de plus en plus accessible en déplacement, Rogers et Bell lançaient récemment leurs services de haute vitesse nomade; il est évident que ce type de programmation gagnera en importance et viendra prendre sa place dans notre paysage radiophonique. Il ne reste plus aux grands diffuseurs traditionnels qu'à prendre leur place dans ce contexte de microradio.
bguglielminetti@ledevoir.com
Bruno Guglielminetti est réalisateur et chroniqueur nouvelles technologies à la Première Chaîne de Radio-Canada. Il est également le rédacteur du Carnet techno (www.radio-canada.ca/techno)
Il y a deux semaines, mon collègue Paul Cauchon écrivait dans les pages du Devoir que le service de musique à la carte RadioLibre.ca, du groupe Astral Media, vivait des temps difficiles. La semaine dernière, sans trop de surprises, les abonnés du service ont reçu un courriel les prévenant que, dorénavant, le service allait être offert gratuitement à la planète.
Permettez-moi d'ajouter que, d'ici quelques mois, ces mêmes abonnés recevront probablement un courriel, ou verront peut-être un message lors de leur visite sur le site, leur apprenant que le service est dorénavant fermé. Exactement comme le service eRadio de Radio Énergie apparue en mai 2001, et qui a disparu sans faire trop de bruit. Comme à l'époque, beaucoup de brouhaha au lancement, mais malheureusement, la formule tient difficilement la route.
Sérieusement, qui allait payer 59,99 $ par année pour écouter de la musique alors que des centaines de sites Web offrent de la musique thématique et des milliers de stations de radio diffusent gratuitement leur programmation musicale sur Internet? À la limite, je comprends l'internaute qui voudra payer 54 $ pour six mois d'accès à la Radio Pirate pour entendre les propos de Jean-Francois Filion, mais payer seulement pour entendre de la musique sur Internet, c'est insensé. Mes excuses aux compositeurs et aux interprètes.
Les déboires de RadioLibre, c'est évidemment une histoire malheureuse pour les 45 personnes mises à pied avec ce passage à la formule gratuite, mais c'est également un bel exemple d'une opération ratée du début. D'abord, le projet n'était pas piloté par l'équipe d'Astral Media Radio interactif, dont l'expérience aurait été utile. Et puis, même certains consultants de l'entreprise avaient mis en garde la direction d'Astral Media sur le fait que le marché québécois n'était pas encore mature pour un tel service. D'autant plus que la musique circule librement sur Internet depuis belle lurette, même en français. Pensons au service de BandeàPart.fm.
Le seul espoir dans le projet de RadioLibre, c'est de voir une seconde mouture apparaître avec un plan d'affaires plus solide et, surtout, plus branché sur la réalité culturelle des internautes québécois. Tous les modèles américains ne sont pas exportables chez nous, même sur Internet. Est-ce que l'équipe de Sylvain Langlois, le vice-président et directeur général d'Astral Media Radio interactif arrivera à sauver le bateau et remettre en ligne un RadioLibre 2 viable? Nous le verrons dans les mois à venir.
Des inconditionnels
Mais entre ce type de service, comme celui qu'offre Jean-Francois Filion, et la retransmission des stations de radio traditionnelles en ligne, il existe néanmoins des inconditionnels de la radio libre, et je prends comme exemple la petite équipe de Gaulois de Kixxnet.com.
À l'heure où des chercheurs de l'Université Paul-Verlaine en France soulignent les différences fondamentales entre les internautes du Québec et de la France, et où vous appreniez comme moi vendredi dans Le Devoir que les Français sont moins sensibles que les Québécois, du moins en ligne, un groupe de francophone produit au quotidien une émission de Montréal pour un public à la fois québécois et français. À vrai dire, comme l'explique le porte-parole de la webradio Christophe Gache «kixxnet.com, c'est une radio à vocation internationale et francophone».
Tous les jours, de 15h à 17h, heure du Québec, l'animateur Lagamixx entre en ondes pensant à la fois à ses auditeurs québécois, mais également à son auditoire français qui, lui, le retrouve au même moment, décalage horaire oblige, de 21h à 23h.
Et comme la francophonie, c'est large, et que la technologie permet des prouesses qui auraient coûté une fortune autrefois, des collaborateurs d'un peu partout peuvent se joindre à l'animateur, notamment un chroniqueur belge qui s'occupe de la scène musicale. Avec l'utilisation du logiciel gratuit de téléphonie Internet Skype, le chroniqueur Bartosz Mach devient un membre à part entière de l'équipe à peu de frais.
La magie de la technologie, c'est également de voir tout le parcours que fait la programmation de cette station pour finalement aboutir dans les oreilles de ses auditeurs, peu importe où ils se trouvent sur la planète. Les émissions sont produites à Montréal, l'encodage également, pour ensuite être acheminé à Los Angeles sur un serveur média. Celui-ci traite le son et le réachemine aux auditeurs qui sélectionnent la source audio à partir du site de Kixxnet. Tout ça, avec une minute de décalage entre le moment où les mots sont dits en studio et le moment où les mots sont entendus sur l'ordinateur de l'auditeur.
De la concurrence
Mais, comme dans la vraie vie, la concurrence existe sur Internet. Dans le cas de kixxnet.com, qui fait dans le format «pop-rock», elle se trouve à des milliers de kilomètres de Montréal et, surtout, à un clic de souris de ses auditeurs. La webradio Fréquence3.fr fait également dans la promotion de la musique émergente et des jeunes artistes francophones.
Et puis, il y a ces webradios plus spécialisées comme celle de l'animateur de télévision Denis Talbot. Après avoir passé la semaine à faire le tour de l'actualité des jeux vidéo et de l'informatique dans le cadre de son émission M. Net à l'antenne de Musique Plus, il donne rendez-vous, tous les vendredis soir, à ses fidèles sur le Web pour prolonger la discussion.
Les internautes, plus de 5513 l'autre soir, passent pour l'écouter et pour poser des questions à ses invités. Exactement comme on le fait pendant une bonne vieille tribune téléphonique. Mais là s'arrête la comparaison avec la tribune de Pierre Maisonneuve ou des Amateurs de sport bonsoir, car le site Denis-talbot.com permet d'écouter l'émission en direct ou encore, d'écouter l'émission en baladodiffusion ou à la carte, à partir du site Web.
Dans un contexte où Internet haute vitesse devient de plus en plus accessible en déplacement, Rogers et Bell lançaient récemment leurs services de haute vitesse nomade; il est évident que ce type de programmation gagnera en importance et viendra prendre sa place dans notre paysage radiophonique. Il ne reste plus aux grands diffuseurs traditionnels qu'à prendre leur place dans ce contexte de microradio.
bguglielminetti@ledevoir.com
Bruno Guglielminetti est réalisateur et chroniqueur nouvelles technologies à la Première Chaîne de Radio-Canada. Il est également le rédacteur du Carnet techno (www.radio-canada.ca/techno)
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