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L'opposition suivra Harper

Alec Castonguay   5 avril 2006 
Le premier ministre Stephen Harper s’entretient avec la gouverneure générale Michaëlle Jean peu avant la lecture du discours du Trône, hier à Ottawa.
Photo : Agence Reuters
Le premier ministre Stephen Harper s’entretient avec la gouverneure générale Michaëlle Jean peu avant la lecture du discours du Trône, hier à Ottawa.
Ottawa — Le gouvernement Harper a livré hier un discours du Trône clair, concis et sans surprise qui ouvre la voie à une réalisation rapide de ses cinq priorités. Et malgré les silences sur plusieurs enjeux, la recette concoctée hier contient juste assez d'éléments pour faire plaisir aux partis d'opposition, qui ont jugé les grandes orientations du gouvernement assez digestes pour «donner la chance au coureur» et assurer sa survie.

Comme le veut la tradition, les députés, les ministres et les sénateurs se sont rassemblés en fin d'après-midi hier pour entendre le discours du Trône préparé par le gouvernement et prononcé dans l'antre du Sénat par la gouverneure générale, Michaëlle Jean. Les politiciens n'ont toutefois pas eu à rester sur place bien longtemps puisque l'exercice a été beaucoup plus court que d'habitude.

Il aura suffi de 25 minutes à Michaëlle Jean pour expédier tout le contenu de ce discours qui définit l'orientation que le gouvernement prendra dans les prochains mois. En fait, le texte, intitulé sobrement «Une nouvelle feuille de route», tient dans une petite brochure d'à peine 12 demi-pages. Tout un contraste avec les 28 pages du précédent discours du Trône d'octobre 2004.

Le gouvernement n'a d'ailleurs pas manqué de souligner à plusieurs reprises dans le texte sa volonté d'être «clair» et «ciblé» dans ses actions. «Les Canadiens ont opté pour le changement. Ils veulent un gouvernement qui utilise l'argent des contribuables avec discernement. Un gouvernement qui place les intérêts des travailleurs ordinaires et de leur famille en tête de liste. Un gouvernement qui assume la responsabilité de ses actes», peut-on lire en introduction.

Puis le discours enchaîne avec le paragraphe qui a fait sourire tous les chefs de l'opposition et qui a contribué à les rallier autour du texte. «Pour changer les choses dans un Parlement minoritaire, il faut travailler ensemble. À cette fin, le gouvernement mettra l'accent sur les idées et les buts communs qui aideront les Canadiens à bâtir un Canada plus fort.»

Tout comme le chef du Bloc, le leader du NPD s'est dit «heureux d'entendre que M. Harper veut

écouter les autres partis». «C'est une excellente attitude dans un Parlement minoritaire», a dit Jack Layton. Même le chef intérimaire du Parti libéral, Bill Graham, a souligné cette ouverture. «C'est très bien», a-t-il dit.

Le gouvernement survivra à ce vote de confiance

Visiblement, les partis d'opposition ne sont pas d'attaque et ne veulent pas renvoyer les électeurs aux urnes dès ce printemps. Et à leur grand plaisir, le discours d'hier n'a rien fait pour enflammer les esprits. Pour justifier l'adoption de ce texte dans les prochains jours, les chefs du Parti libéral, du Bloc québécois et du NPD se sont rabattus sur toutes les phrases qui ressemblaient, de près ou de loin, à des concessions sur leurs priorités de la part du gouvernement.

Le Bloc a été le premier à faire savoir qu'il allait voter en faveur du discours, ce qui a immédiatement dissipé tous les risques de défaite du gouvernement. «C'est un discours prévisible, il n'y a pas de surprise là-dedans, a affirmé Gilles Duceppe. C'est un discours qui a clairement été fait pour éviter la controverse. M. Harper s'est rendu compte qu'il était minoritaire et que ce discours est une question de confiance [aux Communes]. Il ne voulait pas mettre cette confiance en jeu. [...] L'allure générale du discours fait qu'il nous apparaît acceptable. Nous sommes prêts à donner la chance au coureur et à voter en faveur.»

Le chef du Bloc a souligné que certains volets à l'intérieur du discours ne font pas l'affaire de son parti et qu'il allait s'y opposer éventuellement, notamment dans le domaine de la justice. Mais pour l'instant, le Bloc se raccroche aux passages sur le déséquilibre fiscal et sur la place du Québec sur la scène internationale pour justifier son appui.

Le discours consacre en effet plusieurs paragraphes sur la fédération et sur le Québec en particulier. Le gouvernement «est déterminé à bâtir une fédération meilleure, dans laquelle les gouvernements uniront leurs efforts pour aider les Canadiens à réaliser leur potentiel. Pour ce faire, le gouvernement donnera suite aux préoccupations relatives au déséquilibre fiscal et s'assurera d'avoir en place des arrangements fiscaux grâce auxquels tous les gouvernements ont accès aux ressources dont ils ont besoin pour s'acquitter de leurs responsabilités», peut-on lire.

Dans le cas spécifique du Québec, le gouvernement fédéral s'engage à lui faire «jouer un rôle» à l'UNESCO au sein de la délégation canadienne, qui elle doit «parler d'une seule voix» sur la scène internationale. «Le gouvernement s'est engagé à favoriser un fédéralisme d'ouverture, qui reconnaît à un Québec fort et dynamique une place unique au sein d'un Canada uni», indique le texte.

Les cinq priorités

Le reste du discours tourne essentiellement autour des cinq priorités déjà bien connues des conservateurs. Le gouvernement veut d'abord s'attaquer à l'imputabilité en proposant une loi qui contient des dizaines de mesures pour rétablir la «confiance» des citoyens envers leurs institutions. «La foi des Canadiens dans les institutions et les pratiques du gouvernement a été ébranlée. Le nouveau gouvernement fait confiance aux Canadiens et il souhaite que ceux-ci fassent de nouveau confiance au gouvernement.»

La réduction de la TPS se trouve aussi à l'intérieur du discours, tout comme un système de justice plus sévère. Le gouvernement ne manque pas non plus de mentionner qu'il travaillera avec les provinces pour tenter de diminuer les listes d'attente dans le domaine de la santé.

Le gouvernement a également réitéré son désir d'envoyer 1200 $ par enfant de moins de six ans à chaque famille du pays. Par contre, il a ajouté une phrase qui a grandement fait plaisir aux partis d'opposition, eux qui espèrent toujours sauver le programme national de garderies des libéraux. «En collaboration avec les provinces, les employeurs et les organismes communautaires sans but lucratif, le gouvernement encouragera par ailleurs l'établissement de nouvelles places en garderie», peut-on lire.

«Il y a peut-être place à la négociation», a soutenu Jack Layton. Le chef libéral, qui doit présenter un amendement au discours du Trône aujourd'hui, comme c'est son droit, a également salué cette ouverture. «Le gouvernement a l'argent à la fois pour mettre en place son programme et pour conserver l'entente sur les garderies», a affirmé Bill Graham.

Le discours du Trône précise aussi que le Canada doit «jouer un rôle diplomatique plus prépondérant» tout en renforçant son «appareil militaire». L'aide internationale doit aussi être «répartie de façon plus judicieuse», soutient le gouvernement.

Des silences

La conclusion du texte, qui offre cinq paragraphes, cherchait à résumer les autres enjeux et défis du gouvernement. Résultat: plusieurs sont passés sous silence. Ainsi, le discours ne contient pas une seule ligne sur la culture ou encore sur l'importance de faire face à la montée des économies émergentes comme l'Inde ou la Chine.

L'éducation ne reçoit aucune attention, tout comme la recherche et le développement, le logement social et les villes. Les autochtones ne se voient attribuer qu'une courte ligne qui dit que le gouvernement «cherchera à améliorer les possibilités pour tous les Canadiens, notamment les autochtones et les nouveaux immigrants». Interrogé sur ce quasi-silence concernant la question autochtone, le ministre des Affaires indiennes, Jim Prentice, s'est rebiffé. «Le discours parle d'améliorer les conditions de vie des Canadiens, y compris les autochtones. Je ne pense pas qu'on pourrait être plus clairs.»

Conséquence d'un discours très court qu'on voulait plus ciblé, l'environnement est lui aussi laissé pour compte. Il est donc impossible de savoir ce que le gouvernement fédéral fera concernant le protocole de Kyoto et sa mise en oeuvre.

Ces silences ont d'ailleurs irrité les partis d'opposition. «Je suis déçu de constater qu'il y a des priorités importantes pour les Québécois qui n'apparaissent pas dans ce discours», a déclaré Gilles Duceppe. Le chef du NPD, Jack Layton, abondait en ce sens. «On est encouragés de voir que le discours contient certains enjeux que nous avons soulignés, mais on est désolés parce que d'autres ne sont pas mentionnés.» Il faudra vraisemblablement attendre de voir le budget fédéral, qui sera déposé fin avril ou début mai, pour en savoir davantage sur tous ces dossiers importants.

Avec la collaboration d'Hélène Buzzetti






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  • FARID KODSI
    Inscrit
    mercredi 5 avril 2006 11h32
    L'opposition n'a pas le choix
    « Avec le parti libéral qui se cherche un chef, le NPD qui ne veut être la cause du déclenchement d'une autre élection et le Bloc qui ne sait plus sur quel pied danser à Ottawa, il est plus que normal que l'opposition suive Harper, ce dernier ayant su comment contenir les revendications des partis d'opposition avec un discours du trône court et précis qui tient compte des promesses des conservateurs et des demandes des autres partis. »

  • Étienne LaHire
    Inscrit
    vendredi 14 avril 2006 11h16
    Le Canada - Cloaque
    « Et dire que nous, citoyens contribuables, nous payons le salaire de ce fonctionnaire fédéral ontarien.

    Pour quoi et pourquoi ?

    Pour écrire ou des insignifiances comme c'est le cas ici, ou pour dégorger sur toutes les places publiques possibles son fanatisme kanadien contre tout ce qui est québécois.

    Et ce, depuis des années, des années et des années: www.ledevoir.com/dossiers/304/commentaires/0401240829743.html?304

    M. Gomery, M. Harper, il y a visiblement encore beaucoup de «gras» dans la so very Federal Fonction publique. Il est vrai, en revanche, que cet anti-syndicaliste notoire est aussi «gras»-dur au sein d'un système qui protège ses membres.

    Même les plus incompétents, les plus bêtes et les plus irresponsables qui soient !

    (Le syndicalisme est à proscrire partout hormis dans ma propre boîte, quoi)

    Car enfin, il n'y a que les souverainistes (Mme Édith Gendron, encore tout récemment) que l'on peut jeter à la porte à volonté et impunément. Les fanatiques du Kanada, eux, en dépit d'une incompétence crasse, ont toujours leur place (on ne redemande, même) au sein de cette Fonction (dite) publique.

    Ah... il est beau ce Kanada extraordinaire, vertueux et profondément démocratique...

    Quand sortirons-nous enfin, Québécois(es), de ce cloaque répugnant ??? »

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