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Caligula à Matignon

Serge Truffaut   3 avril 2006 
À la mi-janvier, le premier ministre Villepin présente son contrat première embauche (CPE). Peu après, les parlementaires l'entérinent. Choqués par cette légalisation de la précarité des moins de 26 ans, les étudiants se rebellent. C'est alors que le président Chirac s'immisce dans la mêlée. Il promulgue la loi, mais en exige une autre. En un mot, il louvoie. Retour sur le dernier psychodrame républicain.ominique de Villepin est un homme pressé. Tous ceux qui le côtoient ou l'observent l'affirment. L'action le grisant, il n'hésite pas à bousculer, parfois avec rudesse, les gens de son camp. C'est d'ailleurs un secret de Polichinelle qu'il méprise les élus. Il est ainsi, toujours droit dans ses bottes, parce qu'il est sûr de son fait. Il est surtout certain que son destin va se conjuguer avec l'Élysée. Mais, cette fois-ci, pas dans le rôle de directeur de Cabinet, mais bien de président.

Cet objectif chevillé au corps, Villepin s'est attelé au combat contre le chômage. Il a fait le pari, d'ailleurs très logique, que s'il détournait la courbe des sans-emploi dans le sens que l'on devine, il doublerait Nicolas Sarkozy, son frère ennemi de l'UMP, et maintiendrait les ténors du PS dans l'opposition lors de la présidentielle de 2007. D'où le contrat nouvel embauche (CNE), le rabaissement de 16 à 14 ans de l'âge à partir duquel on peut être apprenti, réforme qui, étrangement, est passée comme une lettre à la poste, et le fameux CPE.

De ce dernier, un premier aspect doit être mis en relief: sa date d'introduction, mi-janvier. Moins de deux mois après que des jeunes sans parcours scolaire solide, sans qualification professionnelle particulière, eurent enflammé les banlieues, Villepin s'est montré enclin à provoquer les autres, les instruits. Et ce, sans consultation. En effet, le chef du gouvernement a présenté le CPE sans avoir négocié quoi que ce soit avec les syndicats, sans avoir invité le premier concerné par ce type de projet, soit le ministre de la Cohésion sociale Jean-Louis Borloo, à participer à son élaboration. En cette affaire, Villepin a agi de la manière la plus unilatérale qui soit.

Qui plus est, le CPE a été présenté au moment où les pages économiques regorgeaient, si l'on peut dire, des bénéfices records et des revenus tout aussi records alloués aux cadres des entreprises cotées à la Bourse de Paris. On touche là à la toile de fond. Vouloir imposer un remède de cheval à une seule classe démographique peu après que les sociétés eurent annoncé des gains extraordinaires fut du plus mauvais effet. Chose certaine, cela a aiguisé, entre autres choses, le conflit entre générations. Enfin...

Pas tout à fait. D'après les échos que nous envoient les gazettes de la vieille France, les parents soutenaient et soutiennent toujours les manifestants. Car eux aussi sont déboussolés. Par quoi? L'extrême rapidité et parfois la violence des changements économiques qu'induit une mondialisation qui semble sans contrôle. On ne crée plus d'emplois et on en créera moins.

On sait que les départs à la retraite en France vont être nombreux, très très nombreux. Toutes les grandes entreprises, les EDF, France Telecom, Gaz de France, Suez, Renault, etc., vont voir la cohorte de salariés partant à la retraite s'amplifier de façon prononcée au cours des dix prochaines années. Et ce, dès cette année. Et alors? Technologie, robotisation aidant, si l'on ose dire, ces entreprises vont pourvoir seulement le tiers des postes délaissés. À telle enseigne que le Commissariat au plan vient de réduire sensiblement l'inventaire d'emplois qui sera proposé d'ici à 2010.

Cela étant, l'épisode du CPE ne fut pas absent de calculs politiques. Tout au long de cet acte amorcé à la mi-janvier, le patron de l'UMP et candidat à la présidence Nicolas Sarkozy s'est retenu d'intervenir trop souvent en priant tous les dieux de la République que Villepin ne l'emporte pas dans la tourmente si jamais celle-ci devait se poursuivre tout au long du printemps. Aujourd'hui, il semble satisfait. D'après lui, l'obstination affichée de Villepin de maintenir le CPE vaille que vaille lui a été en partie bénéfique. «Il m'a recentré», sur l'échiquier politique s'entend, chuchote avec gourmandise l'agité du bocal de la République.

Quant à Villepin, son étoile a évidemment pâli. À vouloir imposer son projet, parfois contre l'avis de députés de la majorité, il s'est brûlé les ailes. Chirac a beau avoir tenté de sauver les apparences, son poulain sort affaibli du feuilleton CPE. À preuve, le surnom que donnent les élus de l'UMP au locataire de Matignon a changé. Ce n'est plus Néron, mais Caligula. Brrrrr...!
 
 
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  • Gabriel RACLE - Inscrit
    3 avril 2006 06 h 52
    Poivre et sel
    Pour avoir un tableau plus complet de la situation en France, au sujet du CPE (contrat première embauche), il faut ajouter une contrepartie au comportement de D. de Villepin, Premier ministre altier et sûr de lui. La réaction révolutionnaire contre le CPE n'est pas due qu'au fait du chef, mais à une politisation de la situation dont la gauche est largement responsable. La «manifestationniste» est une maladie bien française et il faut peu de chose pour en déclencher la fièvre. En agitant l'étendard de la précarité, plutôt que celui de la possibilité d'être employé, il s'est avéré facile de mettre le feu à des imaginations qui n'en demandaient pas tant.

    Dans une grande ville comme Lyon, d'après mes correspondants, seules les deux universités gauchisantes sont en révolte. Et dans les autres, la manipulation ou la contrainte est largement présente. Voici un témoignage digne de foi, d'un autre correspondant.

    «Je vous écris pour vous demander votre soutien aux étudiants qui se trouvent pris en otage par les manifestations actuelles mais aussi pour vous exposer la réalité de notre situation bien loin de celle que les médias comme à leur habitude déforment.
    Je suis étudiante en maîtrise de droit des affaires à Paris X Nanterre et je suis révoltée face au blocus des universités.

    Premièrement il faut rétablir la vérité, la majorité des étudiants sont contre ce blocus sauf que nous subissons des menaces et des intimidations alors peu d'entre nous osent prendre la parole. De plus, les médias font preuve d'une véritable manipulation dans leurs reportages et oublient bien souvent de mentionner les moyens totalement anti-démocratiques utilisés par ces manifestants.

    Tout d'abord, les assemblées générales qui ont été diffusées à la télévision ne sont qu'une mascarade : ainsi lorsque le résultat d'une première assemblée générale (AG) avait donné le non au blocus majoritaire, dès le lendemain une seconde AG était organisée par une minorité de manifestants pour revoter illégitimement le blocus, ne respectant pas la décision des étudiants. Enfin l'AG réunissant le plus grand nombre d'étudiants jeudi dernier était un véritable scandale: nous étions majoritaires contre le blocus alors ils nous ont d'abord imposé 3 heures de faux débats (temps de parole inégal et les intervenants autorisés étaient à 90 % leurs partisans). Ils ont mené une véritable propagande anti-gouvernementale bien loin du problème du CPE et énoncé des aberrations telles que le CPE facilite le licenciement des femmes enceintes et permet de licencier pour une tenue vestimentaire non conforme en dehors des horaires de travail... Le problème c'est que la plupart des jeunes (non juristes) le prenne pour parole d'évangile!!! D'autre part pendant cette assemblée la sécurité laisse des individus circuler avec des foulards cachant leurs visages et manifestement menaçants. Enfin le vote s'effectue à main levée avec des gens qui pour la plupart ne sont absolument pas étudiants mais des syndicalistes ou autres appelés en renfort: nous étions 2000, seulement 750 ont voté pour le blocus et ils ont quand même déclaré que nous avions perdu!!!

    Mais le plus grave, ce sont les intimidations et la violence de ces gens que les médias ne dénoncent pas: jeudi et vendredi lorsque des étudiants ont voulu entrer dans leur faculté des bagarres ont éclaté à coups de barres de fer, une jeune fille a été poussée dans les escaliers par des représentants de l'Unef et a été sérieusement blessée mais là encore personne ne dit rien ou ne se scandalise: non toute cette violence est légitimée par le droit de grève?!!

    Enfin lorsque les manifestants étaient minoritaires face aux vrais étudiants qui voulaient accéder aux cours, ils ont fait appel à des lycéens de Nanterre arrivant en masse et criant. Ces jeunes n'étaient là que pour nous intimider et n'ont trouvé rien de mieux que de se prendre en photo avec leurs portables devant l'université en nous narguant et chahutant démontrant leurs réelles motivations!!!

    C'est donc un appel à l'aide que je vous adresse pour les vrais étudiants qui veulent que leur droit à l'éducation et celui de ne pas faire grève soient respectés. Les dirigeants de notre université étant démissionnaires et les médias refusant de prendre en compte notre témoignage, je vous sollicite donc pour nous aider à rétablir la vérité et pour que l'Université française redevienne un lieu où les libertés individuelles peuvent s'exercer loin des propagandes et de la violence,

    Je vous remercie de votre attention et d'essayer de diffuser au maximum ce message.»
    En fait, les socialistes divisés par la course de trop nombreux candidats à l'élection de 2007 au poste de président de la République ont trouvé là l'occasion de faire oublier leurs divisions et de déstabiliser le gouvernement. En contrepoint au portait de D. de Villepin, il faut placer une autre photographie de la situation. Dans toute cette affaire, le noir. le blanc, le gris se marient. Une histoire poivre et sel, à la fois piquante et salée.
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