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Qui est le plus cruel?

30 mars 2006 
Quand je fais les emplettes à mon épicerie locale, il m'arrive de passer devant le comptoir des viandes. On y trouve de tout: du filet mignon, des côtes levées, du poulet désossé, du jambon, de la viande fumée, du poisson, des mollusques, des crustacés et toutes sortes d'autres bêtes qui ont été capturées, pêchées, tuées et emballées pour être transformées en nourriture qui me procurera une partie des protéines dont j'ai besoin pour vivre en tant qu'être humain.

Bien entendu, je pourrais être végétarien et ne pas consommer de viande ou de produits d'origine animale. Ce n'est pas le choix que j'ai fait, même si, à une certaine période de ma vie, je n'ai presque pas mangé de viande.

Récemment, Paul McCartney est venu se promener sur les glaces de l'Atlantique pour qu'on croque sa photo devant un blanchon, un beau petit phoque qui suscite toute notre tendresse. Puis, Brigitte Bardot s'est pointée à Ottawa dans l'espoir de rencontrer Stephen Harper pour discuter du sort des phoques et de la cruauté de cette chasse.

La vie quotidienne abonde de cruautés. Par exemple, en France, on gave de force les oies afin d'obtenir le foie gras, qui fait les délices et le raffinement de la cuisine française. Quand on impose à des animaux de manger ce qu'ils ne sont plus capables d'ingurgiter, doit-on parler de cruauté envers les animaux?

J'ai vu à la télévision la façon dont on tue les poulets dans certains abattoirs. Un employé attrape les oiseaux un à un et les accroche tête en bas par les pattes, attachées à un crochet de fer fixé sur une chaîne en mouvement. Les poulets n'ont même pas le temps de constater ce qui leur arrive lorsque leur cou est capturé par un «V» métallique inversé qui leur arrache le cou pendant que la chaîne poursuit sa course. Tous les jours, des millions de poulets ont le cou arraché de cette façon par les industries chargées de nourrir les gens qui ont toujours faim de poitrines de poulet ou de chicken fingers en spécial le mercredi soir au restaurant du coin. Est-ce de la cruauté envers les animaux?

Un autre exemple: nos pauvres cochons confinés dans les espaces réduits des porcheries modernes, qui font en sorte que chaque porc se développe en fonction non pas de ses besoins d'animal mais d'un marché qui veut avoir de la viande de porc selon certaines normes de consommation.

Les animaux ne sont plus des bêtes avec des émotions et des besoins. Ce sont des bêtes à abattre pour la valeur de leur viande, le tout dans un espace-temps qui ne doit pas dépasser une certaine limite parce que, à ce moment, le cochon mange du profit. Est-ce de la cruauté envers les animaux?

Prendre la vie pour assurer la nôtre

Des hommes et des femmes pratiquent la chasse aux phoques dans nos régions de l'Atlantique. On dit d'eux qu'ils sont cruels et on tente de prouver qu'ils sont sans âme. Je n'avale plus cet argument. Dans nos régions, nous vivons des ressources, de la même manière que nous pêchons le saumon ou que nous tuons des animaux à la chasse. Tuer est un acte cruel. Tuer est un acte qui consiste à prendre la vie d'un autre être vivant pour se nourrir.

Tuer un animal ne m'a jamais procuré de plaisir. Au contraire. Je me souviens quand, avec mon père, nous avons tué le boeuf que nous avions nourri de notre main. J'avais été profondément attristé de prendre sa vie pour assurer la mienne. Quand nous avons dépecé le pauvre animal, mon père et moi avons partagé à la fois notre tristesse devant la mort et notre joie d'avoir à manger. Ai-je été cruel? Bien sûr! Et ma vie? Et celle de mon enfant?

Le chasseur qui tue des phoques qui vivent librement sur la banquise est-il si cruel qu'on le prétend? Et qu'en est-il du patron de New York, de Paris ou de Londres qui calcule les profits que lui procure la mort de poulets prisonniers de cages, d'oies gavées de force ou de cochons confinés à mourir? Qui, des deux, est le plus cruel? Pourquoi l'un est-il dénoncé et l'autre pas?






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