Moumoune de Montréal
Le plein air, le jeunot et moi
Josée Blanchette
4 octobre 2002
Si j'avais su, j'aurais pas venu. Le plein air, j'haïs ça. Le kayak de mer aussi, même aux îles de la Madeleine, même pour faire le tour du Gros-Cap, ces falaises de grès rouge percées de tunnels dans lesquels on s'engouffre en faisant semblant d'être émerveillés comme des touristes. J'ai froid, j'ai les pieds mouillés, j'ai mal aux bras et je n'ai pas envie qu'un istorlet me chie sur la tête. Are we having fun yet ? Namour, mon jeunot, pagaie gaiement en avant d'un peloton d'une douzaine d'embarcations, rythmant chaque mouvement avec celui du vent, maintenant le cap vers l'aventure, le front bombé d'idéaux appris par coeur chez les scouts. Celui-là, on dirait que sa mère l'a commandé dans un catalogue de La Cordée.
Nous ne sommes pas loin de la vérité : le jeunot a travaillé au salaire minimum dans toutes les boutiques de plein air un peu bourge de Montréal. Il s'endort le soir en lisant les catalogues de Mountain Hard Wear et de Mountain Equipment Co-Op. Il connaît l'équipement comme le fond de sa poche (North Face). Lui-même pratique la raquette extrême, le ski de fond hors piste, le vélo de montagne, le cyclotourisme (il a même suivi le cours), le canotage (brevet à l'appui), l'escalade, l'alpinisme, le camping d'hiver et la randonnée. J'en oublie sûrement, mais c'est de mon âge. Ah oui, c'est vrai, il y a aussi deux sortes de planches à neige dans notre garage, une de race et une de freeride, des patins à roues alignées, un sac de golf qui se lamente d'ennui et plusieurs vélos, dont un sans pédales qui requiert des chaussures adaptées à 230 $.
La bonne attitude, oh gué !
C'est la deuxième question que le jeunot m'a posée l'an dernier lors de notre premier rendez-vous : « Aimes-tu le plein air ? » J'ai habilement évité de répondre que j'aime bien jouer à la pétanque au parc et que je fuis maladivement le soleil sous mon ombrelle chinoise, ce qui me donne l'air d'un cocktail hawaïen tout l'été.
J'ai frayé dans les eaux troubles de l'amour avec des freaks de bouddhisme, des freaks de bars, des freaks de sadomasochisme, des freaks tout court, même des porteurs de sens, c'est vous dire comme tout ça n'en a pas. Mais des freaks de plein air (PA), jamais. Le sportif m'a toujours attirée par sa capacité à contourner les obstacles et à surmonter l'adversité, mais le PA tape une coche au-dessus. C'est le mystique du sport. Il est capable d'encaisser de grandes doses de souffrances pour s'élever l'esprit là où même les nuages n'osent plus s'aventurer. Il est gelé, mouillé, fatigué, constipé, courbaturé, il a faim et soif, ses hémorroïdes répondent « présents » mais il est content comme le comédien dans une publicité de Préparation H. Du moins, il essaie d'en avoir pour son argent, parce que la nature ne rembourse pas.
Dans le plein air, tout est une question d'attitude. « Le but du plein air, c'est d'aller aux limites de ce que ton corps et ta tête sont capables de faire. Si t'as encore le moral, c'est une victoire », m'a expliqué le jeunot au retour de notre « expédition » en environnement contrôlé. Pour moi, le plein air reste un trip de bourgeois revêtus d'un onéreux mélange de lycra, polyester et gore-tex aspergé de DEET et qui se donnent beaucoup de mal pour en arracher, manger déshydraté et faire de l'insomnie. « T'as rien compris, insiste le jeunot, on a des vies tellement plates qu'on ne connaît plus notre force réelle. » Les Anglais appellent ça de l'empowerment. Se redonner du pouvoir. Le jeunot prétend que ça lui permet d'affronter les aléas du quotidien de façon plus sereine.
Le plein air trempe le caractère, c'est vrai, et on apprend vite qu'il est mal vu de se plaindre. Même très mal pris, il faut être aussi énergique, positif et optimiste que Jean Charest l'est en ce moment. Moi, j'appelle ça de la négation.
Équipé pour veiller tard
J'ai appelé mon copain Jacques Olek, proprio des magasins d'équipement de plein air Blacks, pour entendre sa définition du plein air. Jacques parle en yak aux sherpas, il a 40 ans de montagnes dans les mollets, et pas des moindres : l'hiver dernier, il voulait m'emmener grimper jusqu'au camp de base du Xixapangma (8 046 mètres) en passant par le Népal pour célébrer l'Année internationale de la montagne. Bien que tentée, j'ai été sauvée in extremis par quatre côtes cassées.
« Le plein air ? C'est être au grand air », laisse tomber Jacques. Minimaliste, le gars. Devriez voir son équipement ! Une patate crue à croquer dans une poche (il est Polonais et a fui le rideau de fer à pied) et l'eau des ruisseaux de montagne à boire avec l'autre main. Je vous ai déjà parlé de ses guêtres de ski de fond confectionnées avec des sacs Provigo ? « Un peu d'improvisation, un peu d'organisation, mais pas trop », c'est sa devise. « Oui, on se met en état de survie parce que la vie est « sécurisée », avoue ce montagnard qui passe plusieurs mois par année en expé. « Mais sur un mois ou deux, c'est un autre espace. Ce n'est plus seulement en surface. » Je ne demande qu'à le croire.
Jacques constate avec amusement que beaucoup d'adeptes de PA se mettent en position d'être déstabilisés et jouent aux experts. « Mais c'est vrai pour tous les domaines ! Dans les années 70, on faisait du macramé et on se prenait pour des artisans après trois semaines ! » Deux clientèles sont attirées par l'équipement qui fait le moine, constate Jacques Olek. Les bobos, bourgeois bohémiens du PA, qui assistent aux réunions annuelles de l'Explorer Club et « vont dans un lieu pour présumément en baver et en rapporter des histoires », et les jeunes « qui en mangent » et forment une clientèle plus éparpillée, moins m'as-tu-vu.
En ce qui me concerne, la seule bonne nouvelle en matière d'équipement de plein air, c'est que j'entre dans du extra small norvégien. Elles ont de gros culs, les Norvégiennes, ou quoi ? On dit « musclées », je crois. Anyway, je suis contente, mon short en nylon XS qui « respire » m'a servi une fois pour faire du kayak de mer, et je sais que je ne le reporterai plus jamais.
Entre nous, je me remets vite fait au macramé et je vous fais grâce du slide-show !
***
Appris : que les ventes de bâtons de randonnée ont baissé et que les PA évitent Népal, Tibet et Pakistan pour faire du trecking à cause des turbulences politiques. Selon Jacques Olek, proprio de Blacks, les ventes ont décliné de façon générale depuis le 11 septembre 2001. Le cocooning ambiant serait contagieux, et le virus du Nil ne doit pas aider. Moumounes, va ! Cela dit, les PA attendent avec impatience l'ouverture de la Mountain Equipment Co-Op en avril prochain, au Marché central. Cette entreprise de Vancouver compte 1,6 million de membres, dont 75 000 au Québec.
Noté : que les magasins La Cordée organisent leur événement troc cette fin de semaine, les 5 et 6 octobre, à leur magasin de la rue Sainte-Catherine Est. Si vous avez envie de racheter du matériel d'occasion, comme un short en nylon XS qui n'a servi qu'une seule fois...
Écouté : le dernier disque d'Intakto, un tango inorthodoxe mais qui a du swing. Très cocooning comme son. Si vous avez envie de sortir de chez vous, ils seront ce soir à 20 h 30 au Lion d'Or, 1676, rue Ontario Est.
Admiré : l'installation photographique en plein air Hommage à l'anonymat, angle de Bleury et de Maisonneuve. Signée par le collectif Leda & St-Jacques, Isabelle Long et Éloi, cette exposition de 156 portraits représente la diversité sociale de Montréal et occupe les fenêtres de l'édifice Domtar, face au joli parc qui a remplacé un parking au printemps dernier. On peut observer ces visages qui brisent l'anonymat du coucher du soleil jusqu'à l'aube, et ce, jusqu'au 18 octobre. Le genre d'expo qui rend une ville vivante.
Découvert : la boutique Botanica et la librairie San Gabriel (774, rue Bélanger). Encens, lampions, eaux de plantes aux pouvoirs flous, pierres d'aventurine (pour dissiper craintes et anxiété), huiles essentielles, savons et huiles de bain, on a l'impression de pénétrer dans le cagibi d'un sorcier de montagne des Andes. En espagnol seulement.
Adoré : Je veux être un Cro-Magnon, de Patricia Berreby, illustré par Clément Oubrerie, un petit livre délicieux (chez Casterman) sur un garçon qui s'entraîne à devenir Cro-Magnon pour échapper à la société de consommation, aux Nike, aux gameboys, aux ordis. « Juste une culotte en peau pour pas qu'on voie tes fesses ! », dit-il. Ils pourront se marrer dès l'âge de six ans.
***
Vent du large
Mission Arctique
« Chère Joblo » fait relâche encore deux semaines pour laisser place à une correspondance avec le voilier Sedna durant son expédition scientifique dans le Grand Nord. Chaque semaine, le chef de mission Jean Lemire nous fait longer ses rives et ses dérives et répond à mes questions. Aujourd'hui, une victoire, mais aussi un point de non-retour.
Chère Josée,
À notre arrivée à Point Barrow, au sommet de l'Alaska, nous avons savouré le champagne de la victoire. Nous avons officiellement franchi le passage du Nord-Ouest, réalisant ainsi le rêve tant convoité. Une victoire d'équipe qui restera à tout jamais gravée dans notre mémoire.
Pourtant, un étrange sentiment de solitude m'envahit, triste cri intérieur qui ramène sans cesse les images de cette vie normale qui nous rattrapera bientôt. Une vie réglée, prévisible, facile et confortable. Tout ça pour ça ? me demandent sans cesse mes nuits, comme si l'avenir venait soudainement de rattraper le passé. Que restera-t-il au delà des souvenirs et de cette émotion indescriptible qui monte chaque fois que nous regardons les images de ce que nous venons de réaliser ? Qu'est-ce qui pourra bien dépasser tout cela une fois que la ligne d'arrivée sera définitivement franchie ? Il reste encore deux mois de navigation, et j'aimerais sincèrement faire marche arrière, non pas pour simplement retarder l'arrivée mais surtout pour conserver ce contact privilégié avec ces peuples du Nord que nous laisserons bientôt derrière nous.
Depuis que nous avons quitté la ville, nous partageons le quotidien de ces hommes et de ces femmes qui habitent au sommet du monde. Souvent démunis des artifices des villes, ils semblent savourer la vie, simplement, en répétant ce que leurs ancêtres leur ont légué en héritage.
Hier, sur une plage de Point Barrow, toute la communauté inupiat s'était réunie pour découper une baleine boréale, première capture automnale d'une tradition millénaire. Tu aurais dû voir le sourire de ces femmes et de ces hommes pendant qu'ils découpaient en morceaux l'animal de près de 30 tonnes. Après 70 minutes, il ne restait que la langue, le foie et le côlon. Tout le reste allait être consommé, minutieusement réparti entre les membres de la communauté.
J'ai consacré une grande partie de ma vie à l'étude des cétacés. J'aime les baleines et j'appréhendais ma réaction durant ce tournage. Pourtant, rien. Martin et Hubert circulaient entre les morceaux de chair fumante, immortalisant ce moment de pure réjouissance pour les membres de cette communauté. Comme si la culture autochtone s'était lentement frayé un chemin en nous, désormais conscients de l'importance de ces valeurs traditionnelles pour ces hommes et ces femmes. Il est vrai que l'attitude des Inupiats de Point Barrow est exemplaire en matière de gestion des ressources. Les chasseurs travaillent directement avec les biologistes et les faibles quotas de chasse sont respectés, laissant aux populations de baleines toute la latitude voulue pour assurer une croissance rapide et durable. Pourtant, le spectacle était sanglant, et il aurait été facile de dénoncer pareille boucherie. J'ai alors pensé aux poulets, boeufs, cochons et veaux de nos supermarchés et me suis posé des questions... Et si on faisait boucherie en plein air, boulevard Saint-Laurent, quel serait le regard de l'étranger sur notre culture ?
De retour au voilier, Sylvie nous avait gardé au chaud les restes du repas du soir. « Il y a aussi du jambon cru, si vous préférez. » « Non merci, ça ira très bien comme ça... »
Jean
***
Pour la reprise du courrier de l'agonie, les maux de coeur, de cul et de cocus, écrivez à : cherejoblo@ledevoir.com.
De retour dans cette page le 18 octobre.
Nous ne sommes pas loin de la vérité : le jeunot a travaillé au salaire minimum dans toutes les boutiques de plein air un peu bourge de Montréal. Il s'endort le soir en lisant les catalogues de Mountain Hard Wear et de Mountain Equipment Co-Op. Il connaît l'équipement comme le fond de sa poche (North Face). Lui-même pratique la raquette extrême, le ski de fond hors piste, le vélo de montagne, le cyclotourisme (il a même suivi le cours), le canotage (brevet à l'appui), l'escalade, l'alpinisme, le camping d'hiver et la randonnée. J'en oublie sûrement, mais c'est de mon âge. Ah oui, c'est vrai, il y a aussi deux sortes de planches à neige dans notre garage, une de race et une de freeride, des patins à roues alignées, un sac de golf qui se lamente d'ennui et plusieurs vélos, dont un sans pédales qui requiert des chaussures adaptées à 230 $.
La bonne attitude, oh gué !
C'est la deuxième question que le jeunot m'a posée l'an dernier lors de notre premier rendez-vous : « Aimes-tu le plein air ? » J'ai habilement évité de répondre que j'aime bien jouer à la pétanque au parc et que je fuis maladivement le soleil sous mon ombrelle chinoise, ce qui me donne l'air d'un cocktail hawaïen tout l'été.
J'ai frayé dans les eaux troubles de l'amour avec des freaks de bouddhisme, des freaks de bars, des freaks de sadomasochisme, des freaks tout court, même des porteurs de sens, c'est vous dire comme tout ça n'en a pas. Mais des freaks de plein air (PA), jamais. Le sportif m'a toujours attirée par sa capacité à contourner les obstacles et à surmonter l'adversité, mais le PA tape une coche au-dessus. C'est le mystique du sport. Il est capable d'encaisser de grandes doses de souffrances pour s'élever l'esprit là où même les nuages n'osent plus s'aventurer. Il est gelé, mouillé, fatigué, constipé, courbaturé, il a faim et soif, ses hémorroïdes répondent « présents » mais il est content comme le comédien dans une publicité de Préparation H. Du moins, il essaie d'en avoir pour son argent, parce que la nature ne rembourse pas.
Dans le plein air, tout est une question d'attitude. « Le but du plein air, c'est d'aller aux limites de ce que ton corps et ta tête sont capables de faire. Si t'as encore le moral, c'est une victoire », m'a expliqué le jeunot au retour de notre « expédition » en environnement contrôlé. Pour moi, le plein air reste un trip de bourgeois revêtus d'un onéreux mélange de lycra, polyester et gore-tex aspergé de DEET et qui se donnent beaucoup de mal pour en arracher, manger déshydraté et faire de l'insomnie. « T'as rien compris, insiste le jeunot, on a des vies tellement plates qu'on ne connaît plus notre force réelle. » Les Anglais appellent ça de l'empowerment. Se redonner du pouvoir. Le jeunot prétend que ça lui permet d'affronter les aléas du quotidien de façon plus sereine.
Le plein air trempe le caractère, c'est vrai, et on apprend vite qu'il est mal vu de se plaindre. Même très mal pris, il faut être aussi énergique, positif et optimiste que Jean Charest l'est en ce moment. Moi, j'appelle ça de la négation.
Équipé pour veiller tard
J'ai appelé mon copain Jacques Olek, proprio des magasins d'équipement de plein air Blacks, pour entendre sa définition du plein air. Jacques parle en yak aux sherpas, il a 40 ans de montagnes dans les mollets, et pas des moindres : l'hiver dernier, il voulait m'emmener grimper jusqu'au camp de base du Xixapangma (8 046 mètres) en passant par le Népal pour célébrer l'Année internationale de la montagne. Bien que tentée, j'ai été sauvée in extremis par quatre côtes cassées.
« Le plein air ? C'est être au grand air », laisse tomber Jacques. Minimaliste, le gars. Devriez voir son équipement ! Une patate crue à croquer dans une poche (il est Polonais et a fui le rideau de fer à pied) et l'eau des ruisseaux de montagne à boire avec l'autre main. Je vous ai déjà parlé de ses guêtres de ski de fond confectionnées avec des sacs Provigo ? « Un peu d'improvisation, un peu d'organisation, mais pas trop », c'est sa devise. « Oui, on se met en état de survie parce que la vie est « sécurisée », avoue ce montagnard qui passe plusieurs mois par année en expé. « Mais sur un mois ou deux, c'est un autre espace. Ce n'est plus seulement en surface. » Je ne demande qu'à le croire.
Jacques constate avec amusement que beaucoup d'adeptes de PA se mettent en position d'être déstabilisés et jouent aux experts. « Mais c'est vrai pour tous les domaines ! Dans les années 70, on faisait du macramé et on se prenait pour des artisans après trois semaines ! » Deux clientèles sont attirées par l'équipement qui fait le moine, constate Jacques Olek. Les bobos, bourgeois bohémiens du PA, qui assistent aux réunions annuelles de l'Explorer Club et « vont dans un lieu pour présumément en baver et en rapporter des histoires », et les jeunes « qui en mangent » et forment une clientèle plus éparpillée, moins m'as-tu-vu.
En ce qui me concerne, la seule bonne nouvelle en matière d'équipement de plein air, c'est que j'entre dans du extra small norvégien. Elles ont de gros culs, les Norvégiennes, ou quoi ? On dit « musclées », je crois. Anyway, je suis contente, mon short en nylon XS qui « respire » m'a servi une fois pour faire du kayak de mer, et je sais que je ne le reporterai plus jamais.
Entre nous, je me remets vite fait au macramé et je vous fais grâce du slide-show !
***
Appris : que les ventes de bâtons de randonnée ont baissé et que les PA évitent Népal, Tibet et Pakistan pour faire du trecking à cause des turbulences politiques. Selon Jacques Olek, proprio de Blacks, les ventes ont décliné de façon générale depuis le 11 septembre 2001. Le cocooning ambiant serait contagieux, et le virus du Nil ne doit pas aider. Moumounes, va ! Cela dit, les PA attendent avec impatience l'ouverture de la Mountain Equipment Co-Op en avril prochain, au Marché central. Cette entreprise de Vancouver compte 1,6 million de membres, dont 75 000 au Québec.
Noté : que les magasins La Cordée organisent leur événement troc cette fin de semaine, les 5 et 6 octobre, à leur magasin de la rue Sainte-Catherine Est. Si vous avez envie de racheter du matériel d'occasion, comme un short en nylon XS qui n'a servi qu'une seule fois...
Écouté : le dernier disque d'Intakto, un tango inorthodoxe mais qui a du swing. Très cocooning comme son. Si vous avez envie de sortir de chez vous, ils seront ce soir à 20 h 30 au Lion d'Or, 1676, rue Ontario Est.
Admiré : l'installation photographique en plein air Hommage à l'anonymat, angle de Bleury et de Maisonneuve. Signée par le collectif Leda & St-Jacques, Isabelle Long et Éloi, cette exposition de 156 portraits représente la diversité sociale de Montréal et occupe les fenêtres de l'édifice Domtar, face au joli parc qui a remplacé un parking au printemps dernier. On peut observer ces visages qui brisent l'anonymat du coucher du soleil jusqu'à l'aube, et ce, jusqu'au 18 octobre. Le genre d'expo qui rend une ville vivante.
Découvert : la boutique Botanica et la librairie San Gabriel (774, rue Bélanger). Encens, lampions, eaux de plantes aux pouvoirs flous, pierres d'aventurine (pour dissiper craintes et anxiété), huiles essentielles, savons et huiles de bain, on a l'impression de pénétrer dans le cagibi d'un sorcier de montagne des Andes. En espagnol seulement.
Adoré : Je veux être un Cro-Magnon, de Patricia Berreby, illustré par Clément Oubrerie, un petit livre délicieux (chez Casterman) sur un garçon qui s'entraîne à devenir Cro-Magnon pour échapper à la société de consommation, aux Nike, aux gameboys, aux ordis. « Juste une culotte en peau pour pas qu'on voie tes fesses ! », dit-il. Ils pourront se marrer dès l'âge de six ans.
***
Vent du large
Mission Arctique
« Chère Joblo » fait relâche encore deux semaines pour laisser place à une correspondance avec le voilier Sedna durant son expédition scientifique dans le Grand Nord. Chaque semaine, le chef de mission Jean Lemire nous fait longer ses rives et ses dérives et répond à mes questions. Aujourd'hui, une victoire, mais aussi un point de non-retour.
Chère Josée,
À notre arrivée à Point Barrow, au sommet de l'Alaska, nous avons savouré le champagne de la victoire. Nous avons officiellement franchi le passage du Nord-Ouest, réalisant ainsi le rêve tant convoité. Une victoire d'équipe qui restera à tout jamais gravée dans notre mémoire.
Pourtant, un étrange sentiment de solitude m'envahit, triste cri intérieur qui ramène sans cesse les images de cette vie normale qui nous rattrapera bientôt. Une vie réglée, prévisible, facile et confortable. Tout ça pour ça ? me demandent sans cesse mes nuits, comme si l'avenir venait soudainement de rattraper le passé. Que restera-t-il au delà des souvenirs et de cette émotion indescriptible qui monte chaque fois que nous regardons les images de ce que nous venons de réaliser ? Qu'est-ce qui pourra bien dépasser tout cela une fois que la ligne d'arrivée sera définitivement franchie ? Il reste encore deux mois de navigation, et j'aimerais sincèrement faire marche arrière, non pas pour simplement retarder l'arrivée mais surtout pour conserver ce contact privilégié avec ces peuples du Nord que nous laisserons bientôt derrière nous.
Depuis que nous avons quitté la ville, nous partageons le quotidien de ces hommes et de ces femmes qui habitent au sommet du monde. Souvent démunis des artifices des villes, ils semblent savourer la vie, simplement, en répétant ce que leurs ancêtres leur ont légué en héritage.
Hier, sur une plage de Point Barrow, toute la communauté inupiat s'était réunie pour découper une baleine boréale, première capture automnale d'une tradition millénaire. Tu aurais dû voir le sourire de ces femmes et de ces hommes pendant qu'ils découpaient en morceaux l'animal de près de 30 tonnes. Après 70 minutes, il ne restait que la langue, le foie et le côlon. Tout le reste allait être consommé, minutieusement réparti entre les membres de la communauté.
J'ai consacré une grande partie de ma vie à l'étude des cétacés. J'aime les baleines et j'appréhendais ma réaction durant ce tournage. Pourtant, rien. Martin et Hubert circulaient entre les morceaux de chair fumante, immortalisant ce moment de pure réjouissance pour les membres de cette communauté. Comme si la culture autochtone s'était lentement frayé un chemin en nous, désormais conscients de l'importance de ces valeurs traditionnelles pour ces hommes et ces femmes. Il est vrai que l'attitude des Inupiats de Point Barrow est exemplaire en matière de gestion des ressources. Les chasseurs travaillent directement avec les biologistes et les faibles quotas de chasse sont respectés, laissant aux populations de baleines toute la latitude voulue pour assurer une croissance rapide et durable. Pourtant, le spectacle était sanglant, et il aurait été facile de dénoncer pareille boucherie. J'ai alors pensé aux poulets, boeufs, cochons et veaux de nos supermarchés et me suis posé des questions... Et si on faisait boucherie en plein air, boulevard Saint-Laurent, quel serait le regard de l'étranger sur notre culture ?
De retour au voilier, Sylvie nous avait gardé au chaud les restes du repas du soir. « Il y a aussi du jambon cru, si vous préférez. » « Non merci, ça ira très bien comme ça... »
Jean
***
Pour la reprise du courrier de l'agonie, les maux de coeur, de cul et de cocus, écrivez à : cherejoblo@ledevoir.com.
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