Libre opinion: De l'art hors Montréal
Marie Gignac - Directrice artistique, carrefour international de théâtre de Québec
29 mars 2006
La lettre de Pierre MacDuff publiée dans Le Devoir du 10 mars et dans Le Soleil du 13 mars, intitulée «Festivals de théâtre - Pas de lecture alarmiste» dans l'un et «Le Carrefour mérite d'être mieux supporté [sic] par les pouvoirs publics» dans l'autre, nous incite à apporter quelques précisions sur la situation et sur la position du Carrefour international de théâtre de Québec.
Pierre MacDuff, ancien directeur artistique du Carrefour, laisse entendre que nous imputons au seul Festival TransAmériques la situation difficile dans laquelle notre organisme se retrouve. C'est faux. Nous nous réjouissons du nouveau mandat du FTA, nous nous réjouissons que cet événement devienne annuel. Nous pensons que c'est une bonne chose pour le milieu montréalais, celui de la danse comme celui du théâtre. Nous en avons fait part au FTA, nous l'avons dit aussi aux représentants des différents ordres de gouvernement.
Ce que nous reprochons aux instances gouvernementales, ce n'est pas d'avoir pris cette décision mais de l'avoir fait sans considération pour d'autres dynamiques, sans mesurer les conséquences d'un changement de mandat du FTA pour l'écologie artistique dont fait partie le milieu de Québec. Si la situation avait été examinée à l'échelle de la province, cette décision aurait sans doute été assortie d'autres décisions; elle aurait à tout le moins nécessité d'autres consultations, en particulier en ce qui concerne le Carrefour.
Un sous-financement chronique
La transformation du mandat du FTA fragilise le Carrefour dans la mesure où sa situation était déjà très précaire. Mais présenter la crise que connaît le Carrefour uniquement dans une perspective de rivalité Carrefour-FTA ou Québec-Montréal est rapide, commode et inexact. La crise que vit le Carrefour est due à son sous-financement chronique. Alors que les coûts des spectacles et l'ensemble des coûts de production ne cessent d'augmenter, le financement public est instable, voire en baisse, et le secteur privé garde ses distances.
Le Carrefour a de moins en moins les moyens d'assumer sa mission et, cette année, nous avons atteint un seuil critique qui a failli entraîner l'annulation de la présentation que nous préparions depuis des mois. Les différentes directions ont pourtant réalisé des miracles depuis 15 ans pour maintenir le haut niveau de qualité de l'événement avec une équipe et des moyens très modestes. Elles l'ont fait parce que la fidélité et l'enthousiasme du public et du milieu artistique de Québec et du Québec les ont soutenues.
Un festival de théâtre est autre chose qu'une vitrine où figurent des spectacles achetés par catalogue. Dans les milieux où il a lieu, un festival d'art crée une dynamique profonde entre le public, les artistes et la communauté. C'est un lieu stimulant et essentiel d'échange entre les pratiques et les démarches artistiques locales et étrangères.
Un festival est une occasion de réflexion sur l'art, sur sa fonction et sur son évolution. Cela ne se mesure pas uniquement en termes quantitatifs d'affluence ou de consommation de boissons alcoolisées. Un festival de théâtre international comme celui de Québec ne peut se développer sans un soutien continu et conséquent qui lui permette non seulement de survivre mais aussi d'évoluer.
Décentraliser
Il nous semble par ailleurs que Québec, comme d'autres villes peut-être, par son histoire et sa vitalité, peut légitimement prétendre à être aussi un centre artistique fort. Alors que, partout dans le monde, on facilite et promeut la décentralisation de la vie artistique, deviendrons-nous une société qui ne vise le développement que de sa seule métropole?
Certes, nous pouvons nous réjouir que, devant l'urgence, la ministre de la Culture et des Communications, le Conseil des arts et des lettres, le Bureau de la Capitale-Nationale et la Ville de Québec se soient mobilisés pour sauver la présentation 2006. Mais les solutions à la précarité dans laquelle se trouvent le Carrefour et nombre d'autres organismes artistiques ne surgiront pas d'elles-mêmes et ne reposent pas que sur notre engagement. Il faut une volonté forte de créer des centres artistiques rayonnants et importants en dehors de Montréal, autant de la part des gouvernements provincial et fédéral que de la part des municipalités.
Pierre MacDuff, ancien directeur artistique du Carrefour, laisse entendre que nous imputons au seul Festival TransAmériques la situation difficile dans laquelle notre organisme se retrouve. C'est faux. Nous nous réjouissons du nouveau mandat du FTA, nous nous réjouissons que cet événement devienne annuel. Nous pensons que c'est une bonne chose pour le milieu montréalais, celui de la danse comme celui du théâtre. Nous en avons fait part au FTA, nous l'avons dit aussi aux représentants des différents ordres de gouvernement.
Ce que nous reprochons aux instances gouvernementales, ce n'est pas d'avoir pris cette décision mais de l'avoir fait sans considération pour d'autres dynamiques, sans mesurer les conséquences d'un changement de mandat du FTA pour l'écologie artistique dont fait partie le milieu de Québec. Si la situation avait été examinée à l'échelle de la province, cette décision aurait sans doute été assortie d'autres décisions; elle aurait à tout le moins nécessité d'autres consultations, en particulier en ce qui concerne le Carrefour.
Un sous-financement chronique
La transformation du mandat du FTA fragilise le Carrefour dans la mesure où sa situation était déjà très précaire. Mais présenter la crise que connaît le Carrefour uniquement dans une perspective de rivalité Carrefour-FTA ou Québec-Montréal est rapide, commode et inexact. La crise que vit le Carrefour est due à son sous-financement chronique. Alors que les coûts des spectacles et l'ensemble des coûts de production ne cessent d'augmenter, le financement public est instable, voire en baisse, et le secteur privé garde ses distances.
Le Carrefour a de moins en moins les moyens d'assumer sa mission et, cette année, nous avons atteint un seuil critique qui a failli entraîner l'annulation de la présentation que nous préparions depuis des mois. Les différentes directions ont pourtant réalisé des miracles depuis 15 ans pour maintenir le haut niveau de qualité de l'événement avec une équipe et des moyens très modestes. Elles l'ont fait parce que la fidélité et l'enthousiasme du public et du milieu artistique de Québec et du Québec les ont soutenues.
Un festival de théâtre est autre chose qu'une vitrine où figurent des spectacles achetés par catalogue. Dans les milieux où il a lieu, un festival d'art crée une dynamique profonde entre le public, les artistes et la communauté. C'est un lieu stimulant et essentiel d'échange entre les pratiques et les démarches artistiques locales et étrangères.
Un festival est une occasion de réflexion sur l'art, sur sa fonction et sur son évolution. Cela ne se mesure pas uniquement en termes quantitatifs d'affluence ou de consommation de boissons alcoolisées. Un festival de théâtre international comme celui de Québec ne peut se développer sans un soutien continu et conséquent qui lui permette non seulement de survivre mais aussi d'évoluer.
Décentraliser
Il nous semble par ailleurs que Québec, comme d'autres villes peut-être, par son histoire et sa vitalité, peut légitimement prétendre à être aussi un centre artistique fort. Alors que, partout dans le monde, on facilite et promeut la décentralisation de la vie artistique, deviendrons-nous une société qui ne vise le développement que de sa seule métropole?
Certes, nous pouvons nous réjouir que, devant l'urgence, la ministre de la Culture et des Communications, le Conseil des arts et des lettres, le Bureau de la Capitale-Nationale et la Ville de Québec se soient mobilisés pour sauver la présentation 2006. Mais les solutions à la précarité dans laquelle se trouvent le Carrefour et nombre d'autres organismes artistiques ne surgiront pas d'elles-mêmes et ne reposent pas que sur notre engagement. Il faut une volonté forte de créer des centres artistiques rayonnants et importants en dehors de Montréal, autant de la part des gouvernements provincial et fédéral que de la part des municipalités.
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