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Super-hôpitaux: Couillard se résigne à dépasser le budget

Robert Dutrisac   28 mars 2006 
Québec — Le gouvernement Charest s'est résigné à augmenter considérablement l'enveloppe budgétaire de 800 millions qu'il avait consentie pour chacun des deux projets de nouveaux centres hospitaliers universitaires, le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) et le Centre universitaire de santé McGill (CUSM), qui font face à des dépassements de coût.

C'est ce qu'a indiqué, hier, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, au cours d'une conférence de presse portant sur les dépenses en santé pour l'exercice 2006-2007. «Lorsqu'on va prévoir et on va annoncer le coût des projets, autant le CHUM que l'hôpital de McGill puis Sainte-Justine, on va rehausser le budget d'immobilisations, si nécessaire, à la hauteur des besoins», a déclaré M. Couillard. Chacun des deux projets devait coûter 1,1 milliard dont 300 millions devaient provenir de donateurs privés.

Ces propos viennent en contradiction avec ceux du premier ministre Jean Charest qui, lors d'une entrevue au Devoir à la fin de décembre dernier, avait affirmé qu'il n'y aurait pas de dépassements de coûts dans ces deux projets et que les promoteurs devaient s'en tenir aux budgets prévus par le gouvernement. Quand il avait donné le coup d'envoi aux deux projets de CHU en juin 2004, M. Couillard avait soutenu sensiblement la même chose: l'État québécois ne fournirait pas plus de 800 millions pour chacun d'eux et tout dépassement de coût devrait être assumé par les centres universitaires.

Hier, M. Couillard a signalé que les cibles «doivent être réajustées selon les besoins». Elles doivent tenir compte de l'inflation dans le secteur de la construction et d'une réserve en cas d'imprévus.

Cette hausse des coûts ne compromet en rien les deux projets: le gouvernement les considère comme essentiels. Ne pas construire les nouveaux CHU, «c'est laisser les hôpitaux vétustes comme ils le sont et s'engager dans 25 ans de chantiers de rénovations ininterrompus», a dit le ministre. C'est aussi «faire perdre à Montréal la place de leadership international qu'elle a toujours occupée dans le domaine biomédical», a-t-il ajouté.

La population devrait être fixée bientôt, a promis M. Couillard. Le comité présidé par Clermont Gignac, un expert en grands projets, est sur le point d'achever l'évaluation précise des coûts des deux super-hôpitaux. Plusieurs rumeurs ont circulé sur l'ampleur des dépassements de coûts qui varieraient de un milliard à 600 millions. Selon le président du conseil d'administration du CHUM, Patrick Molinari, le dépassement prévu s'élève à 100 ou 120 millions pour le CHUM. M. Couillard n'a pas voulu confirmer un quelconque chiffre. Mais il a donné l'assurance que, contrairement au projet de prolongement du métro à Laval, les dépassements seraient connus avant les premières pelletées de terre.

Pour le porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, Jean-Pierre Charbonneau, il faut maintenant se demander si la société québécoise est «capable de se payer deux super-hôpitaux universitaires».

Vers une impasse

Par ailleurs, Philippe Couillard a prévenu que la croissance inexorable des coûts du système de santé — le dernier budget de Michel Audet lui réserve une augmentation de 6,3 % en 2006-2007, soit 1,3 milliard, et son enveloppe s'établit à 22,1 milliards — conduisait directement à une impasse. «La mécanique est infernale», a-t-il dit. Le financement actuel ne pourra être maintenu. «On a quelques années devant nous», a-t-il dit. «Le mur qu'on voyait très lointain, il y a quelques années, on le voit très près maintenant.»

Il en sera question lors de la consultation publique qui s'amorce en avril et qui porte sur la place du secteur privé en santé à la suite de l'arrêt Chaoulli de la Cour suprême. «On ne peut continuer à se garder la tête dans le sable au sujet du financement de la santé. Il faut trouver une solution structurante», a dit M. Couillard. Mais le ministre n'a pas lui-même de solution à proposer. Régler le déséquilibre fiscal, «c'est une goutte d'eau dans l'impasse» ou prétendre que faire l'indépendance du Québec, c'est la solution, comme le fait le Parti québécois, «c'est faire preuve de beaucoup de simplisme», estime-t-il.

La solution doit venir de la population; le gouvernement n'arrivera pas avec une solution miracle, a fait valoir M. Couillard. Il a rappelé qu'en définitive, partout dans le monde, c'est le citoyen qui paie la note par ses taxes et impôts, par des assurances ou encore par des frais de tout ordre.

Quant à la constitution d'une caisse santé comme le recommandaient les rapports Clair et Ménard, M. Couillard ne l'écarte pas, même si la création d'un Fonds des générations dans lequel dormiront 30 milliards dans 20 ans semble l'avoir remplacée.

Le rehaussement de 1,3 milliard du budget de la santé, qui apparaît substantiel à première vue, est rogné par les hausses de salaire et le versement de l'équité salariale aux employés du réseau. «Cette année, c'est l'année de la rémunération et de l'équité salariale», a convenu M. Couillard.

En fait, le réseau dispose, pour améliorer les services, d'à peu près la même somme que l'an dernier alors que le budget de la santé n'avait augmenté que de 826 millions. Le réseau peut compter sur 100 millions pour les services et 25 millions pour le fonctionnement des nouveaux appareils.

Malgré la volonté du ministre de diminuer le déficit annuel des hôpitaux, il demeurera au même niveau que l'an dernier, soit 185 millions. Le déficit accumulé des hôpitaux atteint maintenant 1,4 milliard. En outre, pour boucler son budget, M. Couillard a puisé une somme de 141 millions en provenance de l'entente fédérale-provinciale sur la santé pour réduire les délais d'attente, somme qui était réservée à l'année 2008-2009.

Parmi les principales dépenses destinées à accroître les services, on note 20 millions pour l'accès aux chirurgies, tel que cela a été annoncé dans l'initiative gouvernementale pour garantie de soins dans des délais acceptables, 10 millions pour lutter contre le cancer, 10 millions pour la santé mentale, 35 millions pour les personnes âgées en perte d'autonomie et 11 millions pour la nation crie dans le cadre de l'engagement de la Paix des Braves.






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