mardi 9 février 2010 Dernière mise à jour 14h30


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Rien ne va plus entre Harper et les médias

28 mars 2006 
Des journalistes se font ordonner de quitter le secteur du bureau du premier ministre Stephen Harper, qui a reçu hier le premier ministre de la Colombie-Britannique, Gordon Campbell, puis des enfants cancéreux. Les relations entre l’équipe conservat
Photo : Agence Reuters
Des journalistes se font ordonner de quitter le secteur du bureau du premier ministre Stephen Harper, qui a reçu hier le premier ministre de la Colombie-Britannique, Gordon Campbell, puis des enfants cancéreux. Les relations entre l’équipe conservat
Ottawa — Le gouvernement conservateur a ouvert les hostilités contre les journalistes parlementaires hier, faisant table rase de trois décennies de cohabitation sur la colline. L'équipe de communications de Stephen Harper a interdit aux reporters l'accès au bureau du premier ministre à l'occasion de deux rencontres officielles et entend désormais organiser des réunions de Cabinet secrètes loin du regard inopportun des caméras. Sans compter qu'elle s'arroge déjà le droit de choisir quels journalistes peuvent poser des questions au premier ministre.

Les relations étaient déjà tendues entre l'équipe conservatrice et la junte journalistique. Les reporters avaient été échaudés par les tentatives répétées de contrôle du message pendant la campagne électorale. Hier, les hostilités ont éclaté au grand jour.

Le premier ministre a mis un terme à une pratique en vigueur depuis au moins une douzaine d'années à Ottawa donnant aux journalistes l'accès à son bureau lors de rencontres officielles. Lors des deux visites d'hier, les caméras ont été admises pour filmer les poignées de main d'usage, mais pas les journalistes, qui en profitent toujours pour lancer une ou deux questions auxquelles le premier ministre est libre de répondre ou non. Tous les journalistes dépêchés pour couvrir cette séance de photos («photo op» dans le jargon) se sont fait barrer la route par 11 agents de sécurité.

«On est revenu à la vraie définition d'un photo op», plaide le secrétaire de presse du premier ministre, Dimitri Soudas.

La restriction de l'accès médiatique au nouveau gouvernement ne s'arrête pas là. Depuis le 23 janvier, c'est désormais M. Soudas qui choisit quels journalistes posent une question à M. Harper, alors qu'avant, c'était à celui qui criait le plus fort. Au moins une journaliste qui n'est pas en bons termes avec lui se voit systématiquement refuser le droit de parole. Un autre journaliste s'est fait interdire jeudi dernier de revenir à la charge en sous-question — un droit que tous ses collègues avaient obtenu — parce que sa question sur la chasse aux phoques semblait embêter M. Harper.

De plus, le bureau du premier ministre veut interdire l'accès à l'étage où se déroulent les réunions hebdomadaires du cabinet. Cet accès existait depuis au moins 30 ans et offrait souvent la seule occasion de la semaine d'interroger les ministres sur les développements de l'actualité dans leur domaine. Un seul micro sera installé un étage plus bas et les ministres seront libres de s'y rendre ou pas.

La gestion de l'image de Stephen Harper semble peser lourd dans cette décision. La sortie de la pièce où se réunit le cabinet est étroite et peu attrayante. En revanche, l'étage du bas présente de belles portes en bois ouvertes sur la Chambre des communes.

«Nous sommes un gouvernement d'une étoffe différente, et nous accordons beaucoup d'importance aux communications et aux images et nous aimons la possibilité de présenter le Parlement aux Canadiens», a expliqué Sandra Buckler, la directrice des communications du premier ministre vendredi dernier, lors d'une rencontre exploratoire avec les représentants de la Tribune de la presse. La Tribune regroupe les 395 journalistes parlementaires d'Ottawa. Mme Buckler semble considérer les journalistes comme un obstacle à la transmission du message de son chef. «Notre gouvernement désire communiquer directement à la population et nous cherchons les meilleures façons de faire cela.»

Mme Buckler a aussi avoué que les réunions de Cabinet ne seraient peut-être plus publicisées du tout. «On n'a pas encore décidé», a-t-elle déclaré à cette même rencontre. Cette réunion avait pour but de porter à son attention les griefs des journalistes. Elle s'est déroulée sur un ton de confrontation. Insatisfaite des réponses de Mme Buckler, la Tribune a envoyé hier une retranscription des discussions à tous ses membres et décidera dans deux semaines si des mesures doivent être prises pour exprimer son mécontentement.

«Nous trouvons que c'est s'engager sur une pente très, très glissante qui va de toute évidence mettre en péril la liberté de presse», a déclaré la journaliste et présidente de la Tribune, Emmanuelle Latraverse.

Même les députés de l'opposition en ont profité pour se plaindre du nouveau gouvernement, soulignant tous la contradiction entre ces décisions et le désir répété en campagne électorale de diriger un gouvernement plus transparent et redevable.

«Les citoyens canadiens ont besoin d'un gouvernement transparent, qui permet à la presse de voir ce qui se passe», a déclaré le chef libéral intérimaire, Bill Graham. «La presse peut être une chose incommodante pour un gouvernement, mais, dans une démocratie, c'est ça.» Le bloquiste Michel Gauthier craint la manipulation. «Quand on s'adresse directement aux caméras sans l'intermédiaire de quelques journalistes, on contrôle le message. On ne dit que ce qu'on veut dire.»






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Serge Manzhos
    Inscrit
    mardi 28 mars 2006 09h22
    Des journalistes ont peur de perdre leur pouvoir de censure et manipulation
    Je suis tout à fait d'accord avec ce que le gvnmt essaie de faire: il est temps que les ministres travaillent pendant les reunions au lieu de poser pour la presse. Je suis d'ailleur outré par cela: 'Le bloquiste Michel Gauthier craint la manipulation. «Quand on s'adresse directement aux caméras sans l'intermédiaire de quelques journalistes, on contrôle le message. On ne dit que ce qu'on veut dire.»'

    Non, messeurs-medames bloquistes journalistes etc., c'est quand le gvnmt s'addresse directemment à son peuple qu'il dit ce qu'il veut dire, non ce que vous les journalistes en retener et interpreter. On s'est assez fait bourrer de ses propres nouvelles.

    J'attends le jour ou nous aurons des allocutions reguliers des premiers-ministres à la télé et à la radio qui auront la possibilité d'expliquer eux-même leurs politiques, comme cela se fait aux EUA et ailleurs.

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    mardi 28 mars 2006 15h03
    Le contrôle des... médias
    Je viens de participer à une couverture des médias concernant le jardin zoologique de Québec. Le représentent de madame Verner expliquait que son gouvernement ne devait pas faire d'ingérence dans cette affaire. Une citoyenne présente lui fit remarquer que ce même gouvernement ne se gênait pas pour intervenir quand celà faisait son affaire. Au bulletin de nouvelle de Radio-Can, seul la première intervention est entendu mais pas la seconde. Comme quoi il n'y a pas que Stephen Harper qui contrôle l'information. Les journalistes frustrés de perdre leur hochet (les petits détails qui font de belles images-chocs) devront se résigner à travailler plus fort pour nous transmettre l'information...

  • Roland Berger
    Abonné
    mardi 28 mars 2006 16h19
    Une situaton annoncée
    Durant la campagne électorale, Stephen Harper a tenté de calmer les craintes des Canadiens à l'égard d'un gouvernement conservateur en avançant que lui et les siens ne pourraient pas faire ce qu'ils voudraient, car le Sénat à majorité libérale et les journalistes généralement pro-libéraux les en empêcheraient. Il vient de se débarrasser des derniers. Voyons comment maintenant il réussira à museler le Sénat. La Constitution canadienne risque d'en prendre pour son rhume. Le moins qu'on puisse dire est que notre nouveau premier ministre se « bushise » de plus en plus.

  • FARID KODSI
    Inscrit
    mardi 28 mars 2006 21h39
    Bravo Harper!
    Les politiciens n'ont pas besoin d'avoir les journalistes continuellement dans les jambes avec les caméras autour d'eux qui les filment à tout bout de champ en gros plan avec les moindres gestes et les pires détails pour sortir un article le plus souvent négatif à la suite d'une phrase prise hors contexte ou un mot auquel ils prêtent toutes sortes de sens. Les journalistes, rien qu'une gang de socialistes qui ne font que critiquer pour critiquer, des experts pour poser des questions...banales et insigifiantes...comment?...pourquoi?...quand?..., sans plus, le comble de l'incompétence.

  • Nicolas St-Gilles
    Inscrit
    mercredi 29 mars 2006 13h49
    Un illumineux
    Après un repos bien mérité, notre ami Kodsi revient de vacances.

    On aura constaté combien il a les esprits toujours aussi clairs, et qu'il est toujours capable de tenir des propos sensés et lumineux.

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
5 réactions
0 vote
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
© Le Devoir 2002-2010