Rien ne va plus entre Harper et les médias
Photo : Agence Reuters
Des journalistes se font ordonner de quitter le secteur du bureau du premier ministre Stephen Harper, qui a reçu hier le premier ministre de la Colombie-Britannique, Gordon Campbell, puis des enfants cancéreux. Les relations entre l’équipe conservat
Ottawa — Le gouvernement conservateur a ouvert les hostilités contre les journalistes parlementaires hier, faisant table rase de trois décennies de cohabitation sur la colline. L'équipe de communications de Stephen Harper a interdit aux reporters l'accès au bureau du premier ministre à l'occasion de deux rencontres officielles et entend désormais organiser des réunions de Cabinet secrètes loin du regard inopportun des caméras. Sans compter qu'elle s'arroge déjà le droit de choisir quels journalistes peuvent poser des questions au premier ministre.
Les relations étaient déjà tendues entre l'équipe conservatrice et la junte journalistique. Les reporters avaient été échaudés par les tentatives répétées de contrôle du message pendant la campagne électorale. Hier, les hostilités ont éclaté au grand jour.
Le premier ministre a mis un terme à une pratique en vigueur depuis au moins une douzaine d'années à Ottawa donnant aux journalistes l'accès à son bureau lors de rencontres officielles. Lors des deux visites d'hier, les caméras ont été admises pour filmer les poignées de main d'usage, mais pas les journalistes, qui en profitent toujours pour lancer une ou deux questions auxquelles le premier ministre est libre de répondre ou non. Tous les journalistes dépêchés pour couvrir cette séance de photos («photo op» dans le jargon) se sont fait barrer la route par 11 agents de sécurité.
«On est revenu à la vraie définition d'un photo op», plaide le secrétaire de presse du premier ministre, Dimitri Soudas.
La restriction de l'accès médiatique au nouveau gouvernement ne s'arrête pas là. Depuis le 23 janvier, c'est désormais M. Soudas qui choisit quels journalistes posent une question à M. Harper, alors qu'avant, c'était à celui qui criait le plus fort. Au moins une journaliste qui n'est pas en bons termes avec lui se voit systématiquement refuser le droit de parole. Un autre journaliste s'est fait interdire jeudi dernier de revenir à la charge en sous-question — un droit que tous ses collègues avaient obtenu — parce que sa question sur la chasse aux phoques semblait embêter M. Harper.
De plus, le bureau du premier ministre veut interdire l'accès à l'étage où se déroulent les réunions hebdomadaires du cabinet. Cet accès existait depuis au moins 30 ans et offrait souvent la seule occasion de la semaine d'interroger les ministres sur les développements de l'actualité dans leur domaine. Un seul micro sera installé un étage plus bas et les ministres seront libres de s'y rendre ou pas.
La gestion de l'image de Stephen Harper semble peser lourd dans cette décision. La sortie de la pièce où se réunit le cabinet est étroite et peu attrayante. En revanche, l'étage du bas présente de belles portes en bois ouvertes sur la Chambre des communes.
«Nous sommes un gouvernement d'une étoffe différente, et nous accordons beaucoup d'importance aux communications et aux images et nous aimons la possibilité de présenter le Parlement aux Canadiens», a expliqué Sandra Buckler, la directrice des communications du premier ministre vendredi dernier, lors d'une rencontre exploratoire avec les représentants de la Tribune de la presse. La Tribune regroupe les 395 journalistes parlementaires d'Ottawa. Mme Buckler semble considérer les journalistes comme un obstacle à la transmission du message de son chef. «Notre gouvernement désire communiquer directement à la population et nous cherchons les meilleures façons de faire cela.»
Mme Buckler a aussi avoué que les réunions de Cabinet ne seraient peut-être plus publicisées du tout. «On n'a pas encore décidé», a-t-elle déclaré à cette même rencontre. Cette réunion avait pour but de porter à son attention les griefs des journalistes. Elle s'est déroulée sur un ton de confrontation. Insatisfaite des réponses de Mme Buckler, la Tribune a envoyé hier une retranscription des discussions à tous ses membres et décidera dans deux semaines si des mesures doivent être prises pour exprimer son mécontentement.
«Nous trouvons que c'est s'engager sur une pente très, très glissante qui va de toute évidence mettre en péril la liberté de presse», a déclaré la journaliste et présidente de la Tribune, Emmanuelle Latraverse.
Même les députés de l'opposition en ont profité pour se plaindre du nouveau gouvernement, soulignant tous la contradiction entre ces décisions et le désir répété en campagne électorale de diriger un gouvernement plus transparent et redevable.
«Les citoyens canadiens ont besoin d'un gouvernement transparent, qui permet à la presse de voir ce qui se passe», a déclaré le chef libéral intérimaire, Bill Graham. «La presse peut être une chose incommodante pour un gouvernement, mais, dans une démocratie, c'est ça.» Le bloquiste Michel Gauthier craint la manipulation. «Quand on s'adresse directement aux caméras sans l'intermédiaire de quelques journalistes, on contrôle le message. On ne dit que ce qu'on veut dire.»
Les relations étaient déjà tendues entre l'équipe conservatrice et la junte journalistique. Les reporters avaient été échaudés par les tentatives répétées de contrôle du message pendant la campagne électorale. Hier, les hostilités ont éclaté au grand jour.
Le premier ministre a mis un terme à une pratique en vigueur depuis au moins une douzaine d'années à Ottawa donnant aux journalistes l'accès à son bureau lors de rencontres officielles. Lors des deux visites d'hier, les caméras ont été admises pour filmer les poignées de main d'usage, mais pas les journalistes, qui en profitent toujours pour lancer une ou deux questions auxquelles le premier ministre est libre de répondre ou non. Tous les journalistes dépêchés pour couvrir cette séance de photos («photo op» dans le jargon) se sont fait barrer la route par 11 agents de sécurité.
«On est revenu à la vraie définition d'un photo op», plaide le secrétaire de presse du premier ministre, Dimitri Soudas.
La restriction de l'accès médiatique au nouveau gouvernement ne s'arrête pas là. Depuis le 23 janvier, c'est désormais M. Soudas qui choisit quels journalistes posent une question à M. Harper, alors qu'avant, c'était à celui qui criait le plus fort. Au moins une journaliste qui n'est pas en bons termes avec lui se voit systématiquement refuser le droit de parole. Un autre journaliste s'est fait interdire jeudi dernier de revenir à la charge en sous-question — un droit que tous ses collègues avaient obtenu — parce que sa question sur la chasse aux phoques semblait embêter M. Harper.
De plus, le bureau du premier ministre veut interdire l'accès à l'étage où se déroulent les réunions hebdomadaires du cabinet. Cet accès existait depuis au moins 30 ans et offrait souvent la seule occasion de la semaine d'interroger les ministres sur les développements de l'actualité dans leur domaine. Un seul micro sera installé un étage plus bas et les ministres seront libres de s'y rendre ou pas.
La gestion de l'image de Stephen Harper semble peser lourd dans cette décision. La sortie de la pièce où se réunit le cabinet est étroite et peu attrayante. En revanche, l'étage du bas présente de belles portes en bois ouvertes sur la Chambre des communes.
«Nous sommes un gouvernement d'une étoffe différente, et nous accordons beaucoup d'importance aux communications et aux images et nous aimons la possibilité de présenter le Parlement aux Canadiens», a expliqué Sandra Buckler, la directrice des communications du premier ministre vendredi dernier, lors d'une rencontre exploratoire avec les représentants de la Tribune de la presse. La Tribune regroupe les 395 journalistes parlementaires d'Ottawa. Mme Buckler semble considérer les journalistes comme un obstacle à la transmission du message de son chef. «Notre gouvernement désire communiquer directement à la population et nous cherchons les meilleures façons de faire cela.»
Mme Buckler a aussi avoué que les réunions de Cabinet ne seraient peut-être plus publicisées du tout. «On n'a pas encore décidé», a-t-elle déclaré à cette même rencontre. Cette réunion avait pour but de porter à son attention les griefs des journalistes. Elle s'est déroulée sur un ton de confrontation. Insatisfaite des réponses de Mme Buckler, la Tribune a envoyé hier une retranscription des discussions à tous ses membres et décidera dans deux semaines si des mesures doivent être prises pour exprimer son mécontentement.
«Nous trouvons que c'est s'engager sur une pente très, très glissante qui va de toute évidence mettre en péril la liberté de presse», a déclaré la journaliste et présidente de la Tribune, Emmanuelle Latraverse.
Même les députés de l'opposition en ont profité pour se plaindre du nouveau gouvernement, soulignant tous la contradiction entre ces décisions et le désir répété en campagne électorale de diriger un gouvernement plus transparent et redevable.
«Les citoyens canadiens ont besoin d'un gouvernement transparent, qui permet à la presse de voir ce qui se passe», a déclaré le chef libéral intérimaire, Bill Graham. «La presse peut être une chose incommodante pour un gouvernement, mais, dans une démocratie, c'est ça.» Le bloquiste Michel Gauthier craint la manipulation. «Quand on s'adresse directement aux caméras sans l'intermédiaire de quelques journalistes, on contrôle le message. On ne dit que ce qu'on veut dire.»
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