Il y a des romans qui voyagent
Billet lu le dimanche 26 mars 2006 à l'émission Vous m'en lirez tant, sur les ondes de la Première Chaîne de Radio-Canada.
Dur, dur de taper sur le clavier, alors que le soleil aveugle l'écran et que les enfants crient dans la rue, chevauchant des bicyclettes empoussiérées tout juste sorties d'un hangar.
J'imagine des centaines d'écrivains à leurs tables, les fenêtres enfin ouvertes, les yeux, les oreilles et le nez constamment sollicités par le printemps et qui, au prix d'un effort surhumain, restent concentrés sur une histoire, un roman amorcé au plus fort de l'hiver, lorsque la lumière est pratiquement inexistante et l'enfermement plutôt obligatoire.
Pas étonnant que David Homel, dans un papier au journal Le Monde, expliquant la difficulté d'exporter notre littérature en France, ait, entre autres, sorti cette formule-choc et peut-être choquante pour certains: «Pays tranquille, littérature tranquille.» «La majorité de nos auteurs explorent l'intime, la quête de soi, l'enfant qui peine à devenir adulte, la famille et ses secrets, et peu de tentatives pour embrasser le vaste espace américain et ses secrets», dit-il.
Notre révolution fut nommée tranquille. Notre obsessive question nationale nous aurait-elle confinés à l'enfermement? Ou est-ce cet hiver encabané qui commande ces récits miroir où l'on court après notre queue?
Les romans qui osent sortir de cette sphère intime, qui voyagent, qui embrassent de larges pans de l'humanité, j'en ai lu plusieurs depuis quelques années. Font-ils école ou sont-ils des météores perdues, des exceptions inclassables, sans signification?
Posture colonialiste
Pourtant, nos livres peuvent êtres lus par tous les francophones, y compris les Français, qu'ils soient intimes ou pas. Alors, c'est la presse parisienne qui résiste? L'édition et le marché qui nous boudent? Ou simplement encore, cette posture colonialiste, qui voudrait que nous abandonnions à tout prix notre ton, notre accent, notre liberté langagière, nos thèmes, pour rentrer sagement dans la métropole, et pratiquer comme le dit Homel «une langue douce à l'oreille de Paris».
Et quand on pense que les Français considèrent que les francophones, sont ceux qui parlent français en dehors de la France. On n'est pas sorti du bois, pardon de l'auberge!
La création véritable ne vient pas en kit, résultat de recettes. Les écrivains de ce pays tranquille font face aux mêmes angoisses fondamentales que tous les habitants de la planète et ils leur parlent à tous.
Ils n'y peuvent rien s'ils sont nés dans un pays aux six mois de noirceur et de glace, qu'il faut raconter même par cet après-midi où un soleil doux, des bicyclettes déchaînées et des rigoles folles nous crient de lâcher ce maudit clavier!
Dur, dur de taper sur le clavier, alors que le soleil aveugle l'écran et que les enfants crient dans la rue, chevauchant des bicyclettes empoussiérées tout juste sorties d'un hangar.
J'imagine des centaines d'écrivains à leurs tables, les fenêtres enfin ouvertes, les yeux, les oreilles et le nez constamment sollicités par le printemps et qui, au prix d'un effort surhumain, restent concentrés sur une histoire, un roman amorcé au plus fort de l'hiver, lorsque la lumière est pratiquement inexistante et l'enfermement plutôt obligatoire.
Pas étonnant que David Homel, dans un papier au journal Le Monde, expliquant la difficulté d'exporter notre littérature en France, ait, entre autres, sorti cette formule-choc et peut-être choquante pour certains: «Pays tranquille, littérature tranquille.» «La majorité de nos auteurs explorent l'intime, la quête de soi, l'enfant qui peine à devenir adulte, la famille et ses secrets, et peu de tentatives pour embrasser le vaste espace américain et ses secrets», dit-il.
Notre révolution fut nommée tranquille. Notre obsessive question nationale nous aurait-elle confinés à l'enfermement? Ou est-ce cet hiver encabané qui commande ces récits miroir où l'on court après notre queue?
Les romans qui osent sortir de cette sphère intime, qui voyagent, qui embrassent de larges pans de l'humanité, j'en ai lu plusieurs depuis quelques années. Font-ils école ou sont-ils des météores perdues, des exceptions inclassables, sans signification?
Posture colonialiste
Pourtant, nos livres peuvent êtres lus par tous les francophones, y compris les Français, qu'ils soient intimes ou pas. Alors, c'est la presse parisienne qui résiste? L'édition et le marché qui nous boudent? Ou simplement encore, cette posture colonialiste, qui voudrait que nous abandonnions à tout prix notre ton, notre accent, notre liberté langagière, nos thèmes, pour rentrer sagement dans la métropole, et pratiquer comme le dit Homel «une langue douce à l'oreille de Paris».
Et quand on pense que les Français considèrent que les francophones, sont ceux qui parlent français en dehors de la France. On n'est pas sorti du bois, pardon de l'auberge!
La création véritable ne vient pas en kit, résultat de recettes. Les écrivains de ce pays tranquille font face aux mêmes angoisses fondamentales que tous les habitants de la planète et ils leur parlent à tous.
Ils n'y peuvent rien s'ils sont nés dans un pays aux six mois de noirceur et de glace, qu'il faut raconter même par cet après-midi où un soleil doux, des bicyclettes déchaînées et des rigoles folles nous crient de lâcher ce maudit clavier!
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