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Revue de presse - Relents de populisme

Manon Cornellier   25 mars 2006 
Pendant que le gouvernement Charest a de la difficulté à joindre les deux bouts et que l'Ontario s'accommode d'un déficit pour accroître ses dépenses, l'Alberta baigne dans la richesse. Le gouvernement Klein a lui aussi présenté un budget cette semaine et, ce qui n'a surpris personne, il a pu tout se permettre en plus d'afficher un plantureux surplus, gracieuseté de sa manne pétrolière et gazière.

Que faire de cette richesse qui semble destinée à s'accroître? Le père du Heritage Fund, Peter Lougheed, convient que si cela continue, la convoitise pourrait mener d'autres Canadiens à exiger une intervention fédérale pour redistribuer ce trésor. Dans le Globe and Mail, il suggère aux Albertains de prévenir les coups en continuant à investir dans leur bas de laine mais aussi d'en faire profiter le reste du pays. Selon lui, le Heritage Fund doit relancer sa division d'investissements canadiens qui, par le passé, offrait des prêts à taux préférentiel aux autres provinces et finançait des projets pouvant profiter à l'Alberta et à d'autres parties du pays.

Un des aspirants à la succession de Ralph Klein, l'ancien ministre Mark Norris, semble moins magnanime, au grand plaisir de Link Byfield, du Calgary Sun. Norris a simplement prévenu que si Ottawa tentait de faire main basse sur l'Alberta, les Albertains se sépareraient. Ce n'est pas la première fois qu'on l'entend mais, contrairement au passé, note Byfield, de tels propos ne surprennent plus, ne choquent plus et ne sont plus l'apanage de quelques marginaux. On parle ici d'un candidat sérieux à la direction du PC albertain. Byfield reconnaît que la plupart des Albertains ne privilégient pas cette option mais qu'ils refusent maintenant de l'exclure complètement. Et, selon le chroniqueur, cela change la nature du débat. Cela oblige les Albertains à préciser ce qu'ils veulent en ce qui a trait au fonctionnement de la fédération. Il espère trouver un début de réponse en septembre lors d'une assemblée publique organisée par le Citizens Centre, qu'il préside, où se réuniront les gros noms de la province, de Preston Manning à Ralph Klein en passant par Ted Morton et Bert Brown. Ce sera à suivre.

***

Changement complet de sujet. Un débat fait rage en Ontario en ce moment sur le sort réservé à un livre pour enfants qui porte sur la réalité des enfants israéliens et palestiniens. Ceux-ci y décrivent leur réalité quotidienne et l'effet que le conflit a sur eux. Three Wishes: Palestinian and Israeli Children Speak, écrit par Deborah Ellis, a été mis en nomination par l'Association des bibliothèques de l'Ontario pour un prix prestigieux, le Silver Birch Award. Les livres en compétition sont lus et évalués par des enfants de la quatrième à la sixième année du primaire en Ontario. Or le Congrès juif canadien (CJC) a écrit à l'association et aux commissions scolaires de la province pour demander le retrait de ce livre de la compétition. Selon le CJC, le livre ne serait pas approprié pour ce groupe d'âge, manquerait de contextualisation et diaboliserait les deux groupes.

L'Association des bibliothèques a maintenu son choix mais la commission scolaire de Toronto a décidé de retirer l'ouvrage de ses rayons. Plusieurs conseils scolaires ont résisté aux pressions mais d'autres ont imité celui de Toronto ou instauré des contraintes pour limiter l'accès au livre. La réaction des milieux littéraires a été immédiate. PEN Canada, la Writer's Guild, des auteurs, éditeurs, bibliothécaires, parents et enfants ont tenu une conférence de presse pour protester.

Ellis a émis une déclaration dans laquelle elle s'insurge du sort inégal réservé aux enfants en raison du fait qu'on est prêt à mourir pour en défendre certains mais qu'on ne fait rien pour en sauver d'autres de l'esclavage, de la violence ou de la pauvreté la plus abjecte. «Nous avons créé ce gâchis, pourquoi être si frileux à l'idée de voir notre oeuvre reflétée dans la littérature jeunesse?» Ses propres rencontres avec les jeunes lui ont appris qu'ils sont capables d'affronter la réalité. Les adultes sont à la source du problème, dit-elle, car ils disent vouloir protéger les enfants alors qu'ils veulent surtout se protéger eux-mêmes de certaines questions difficiles sur l'inaction du monde.

Ellis, qui a déjà remporté le prix du Gouverneur général, n'a fait que laisser les enfants israéliens et palestiniens témoigner franchement, a renchéri dans le Toronto Star Alain Cumyn, un membre du conseil de PEN Canada. Il se demande si, en reculant, les conseils scolaires ne font pas qu'inviter les groupes d'intérêt à exercer des pressions chaque fois qu'un livre leur déplaît ou si on ne fait qu'accepter l'idée selon laquelle les écoles ne doivent pas enseigner aux enfants à faire face à des questions difficiles mais plutôt à détourner le regard et à se taire.

En vrac avec légèreté

Vous craignez de vous retrouver avec un Tanguy à la maison? Le phénomène serait en croissance partout au Canada mais en particulier dans les familles d'origine latino-américaine et asiatique et dans les grandes villes, révélait cette semaine Statistique Canada. En 1981, 41 % des jeunes âgés de 20 à 24 ans vivaient avec leurs parents. En 2001, ils étaient 57 %, rapportait le Toronto Star. Parmi les grandes villes, Vancouver affiche un taux de 41 %, comparativement à 39 % pour Toronto et seulement 28 % pour Montréal. Dans les régions rurales et les petites villes, la moyenne est de 17 %. L'agence fédérale attribue ces deux tendances aux loyers élevés dans les grandes villes et au fait que les jeunes des régions doivent quitter le domicile familial pour aller étudier ailleurs.

Dernière note ironique: il n'est pas rare de voir les libéraux fédéraux chercher à exposer des liens entre le Parti conservateur et des conseillers américains. C'était à leur tour de se faire prendre au jeu cette semaine. Le Globe and Mail nous apprenait que le PLC a décidé de se tourner vers le directeur de campagne du démocrate Howard Dean pour l'aider à s'ajuster à la nouvelle loi fédérale sur le financement des partis politiques. Une cinquantaine de libéraux devraient assister à une rencontre avec Joe Trippi à Toronto cette semaine. On ignore tout du coût de l'opération, mais on pourrait rappeler aux participants que si le financement populaire les intéresse, ils pourraient simplement demander conseil aux très expérimentés libéraux du Québec...

mcornellier@ledevoir.com
 
 
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