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Les fuites inquiètent le PQ

Robert Dutrisac   23 mars 2006 
Québec — L'opposition officielle s'est indignée hier des nombreuses fuites dont a fait l'objet le budget que présentera aujourd'hui le ministre des Finances, Michel Audet, un document dont le contenu doit demeurer secret jusqu'à son dépôt à l'Assemblée nationale.

Lors de la période de questions, le porte-parole de l'opposition officielle, François Legault, a relevé les informations parues hier au sujet du présent budget dans les quotidiens Le Devoir, Le Journal de Montréal, Le Journal de Québec et La Presse. «Le secret budgétaire, c'est un principe fondamental», a-t-il dit.

«De deux choses l'une: ou bien il s'agit d'une stratégie de communication [utilisée] par le gouvernement pour camoufler des promesses qui ne seront pas tenues en santé, en éducation, en baisses d'impôt, ou bien le ministère des Finances est devenu un vrai panier percé», a avancé le député de Rousseau.

L'opposition officielle demande que le ministre des Finances prenne l'engagement de faire enquête si l'une ou l'autre des mesures décrites dans les quotidiens se retrouve dans le budget. «Est-ce que le premier ministre est conscient que le caractère secret du budget, ce n'est pas un caprice?», a lancé la leader parlementaire de l'opposition officielle, Diane Lemieux. «Et ce n'est pas parce qu'un gouvernement coule qu'il peut se remettre à flot en faisant couler son budget.»

Michel Audet s'est défendu en affirmant que ces fuites n'étaient que «des supputations, des lignes qui sont lancées à l'eau par les journalistes, comme c'est l'habitude avant chaque discours sur le budget».

Les détails qui ont filtré concernent principalement la provenance des sommes qui alimenteront le Fonds des générations dont le premier ministre Jean Charest a annoncé la création dans son discours inaugural, le délai que le gouvernement se donne pour réduire la dette ainsi qu'une mesure instaurant la gratuité des transports en commun pour les travailleurs.

Avec ce Fonds des générations, le gouvernement projette de rembourser d'ici 20 ans 87 milliards de dollars de la dette accumulée, qui s'élève maintenant à 117 milliards. Cette somme de 87 milliards correspond à la dette contractée pour payer les dépenses courantes de l'État depuis les années 70. Qualifiée de «bonne dette», l'autre tranche de 30 milliards se rapporte à des dépenses d'immobilisations.

Le quotidien La Presse se vantait hier d'avoir «obtenu les grandes lignes» du budget du Québec, ce qui serait une première. Le gouvernement Charest imposerait des redevances sur l'eau, non seulement aux embouteilleurs mais aussi à toutes les entreprises, au premier chef les grands consommateurs industriels. Ces redevances, qui pourraient s'élever à quelques centaines de millions, seraient versées intégralement au Fonds des générations.

À l'Assemblée nationale, le porte-parole de l'opposition officielle en matière d'environnement, le député de Lac-Saint-Jean, Stéphan Tremblay, s'est d'ailleurs inquiété du fait que les redevances sur l'eau, qui devraient alimenter un fonds vert visant la protection de l'environnement, pourraient être détournées afin de rembourser la dette.

La Fédération québécoise des municipalités (FQM) s'oppose «rigoureusement» à l'imposition d'une redevance sur l'eau qui servirait à rembourser la dette, a-t-elle fait savoir hier par voie de communiqué. Selon la FQM, il s'agit d'une taxe déguisée qui ne permettrait pas de répondre à des besoins urgents. Les infrastructures pour l'eau (aqueducs, égouts, usines de traitement des eaux usées) nécessitent un investissement de 15 milliards en 15 ans, a rappelé le président de la FQM, Bernard Généreux.

Par ailleurs, le gouvernement Charest écarte la possibilité qu'un relèvement des tarifs d'électricité puisse doter directement ce fonds de remboursement de la dette, comme le recommande le président du Mouvement Desjardins, Alban D'Amours, tout comme le groupe des «lucides». Il semble toutefois disposé à extraire davantage d'argent d'Hydro-Québec pour l'affecter à la dette. Des surplus provenant des exportations d'électricité pourraient être dirigés vers le Fonds des générations. Hydro-Québec pourrait même devoir verser des redevances à cette cagnotte.

La vente d'actifs immobiliers jugés improductifs est toujours dans la mire du gouvernement, mais il renonce à la privatisation complète ou partielle de sociétés d'État comme la Société des alcools du Québec.

Quant à la taxe spéciale sur le tabac instaurée pour payer le Stade olympique il y a près de 20 ans, elle est là pour rester même si l'éléphant blanc est maintenant payé, a révélé Le Journal de Montréal. Cette taxe spéciale rapporte environ 80 millions par an à l'État.

La carte mensuelle pour les transports en commun deviendrait gratuite, a quant à lui avancé Le Journal de Québec. Il reviendrait aux entreprises de payer la note, mais cette largesse — de l'ordre de 65 $ par mois, ou 780 $ par année, par employé qui emprunte le métro ou l'autobus — serait considérée comme une dépense déductible de leurs revenus. Le dernier budget, présenté juste avant les élections d'avril 2003 par Pauline Marois et resté lettre morte, prévoyait que les employés pourraient toucher un crédit d'impôt équivalent à 25 $ du prix de la carte mensuelle.

En matière économique, le gouvernement Charest a promis de présenter dans ce budget un programme d'aide pour l'industrie forestière et les régions-ressources. L'industrie forestière en difficulté demande un soutien financier de l'ordre de 300 millions. Selon nos informations, ce programme demeurerait vague et le nouveau ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Raymond Bachand, serait appelé à lui donner forme au cours des prochains mois.






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