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    À la défense de la littérature québécoise

    7 avril 2010 09h40 |Madeleine Gagnon - Membre de l’Académie des lettres du Québec et de l’Union des écrivains québécois | Livres
    À Paris, ces jours-ci, une quarantaine d’écrivains québécois se retrouvent au Salon du livre, qui célèbre cette année les littératures francophones. Du Québec, on a rêvé l’événement comme une véritable fête. Il faut voir le stand Espace Québec, vaste et généreux de livres, pour saisir combien ont travaillé tous les organisateurs: l’Association nationale des éditeurs de livres, Québec Édition, libraires, dont la Librairie du Québec à Paris, et, bien sûr, critiques et écrivains, tous genres représentés.

    Ce qui s’annonçait festif est en train de virer au cauchemar. Pourquoi? Imaginez-vous que le journal Le Monde, dans son cahier des livres «Spécial Salon du livre 2006», a cru bon de confier à un écrivain, David Homel, le soin de se prononcer sur le statut actuel de la littérature québécoise, institution, écrivains et écriture amalgamés. On ne sait pas pourquoi le choix de cet écrivain mineur. Ni pourquoi l’excellent quotidien a accepté son texte minable.

    Son titre? «La littérature québécoise n’est pas un produit exportable.» Je n’entrerai pas dans le détail du texte. Il s’agit d’une charge méprisante contre toute notre littérature, et chaque phrase y est fausse, non documentée et mal pensée.

    J’accuse Le Monde de s’être fié, pour une analyse qui se voulait générale compte tenu du contexte du Salon du livre, à cet écrivain, à ce petit polémiste au parcours erratique. Jamais Le Monde n’aurait permis une condamnation globale d’une littérature nationale, qu’elle soit belge, antillaise, ivoirienne, maghrébine, libanaise ou n’importe laquelle des autres littératures francophones, toutes invitées d’honneur au Salon du livre de Paris. Jamais! Et pourquoi le Québec? On se le demande.

    Pétition et enquêtes
    Moi, en tout cas, je demande à toutes les organisations préoccupées par la défense et l’illustration de la littérature québécoise de se regrouper dans un texte commun et de faire circuler une pétition sur Internet à l’attention du journal Le Monde. Que l’Académie des lettres du Québec et l’Union des écrivains québécois (UNEQ), que tous les organismes littéraires publics, lieux d’enseignement universitaires ou collégiaux et centres d’études québécoises à l’étranger, que tous les artisans littéraires, critiques, éditeurs, distributeurs et écrivains, soient sollicités pour la signature de cette pétition.
    Je demande au journal Le Devoir de confier à un journaliste littéraire la mission d’enquêter sur la diffusion à l’étranger de la littérature québécoise. Pas un article sur les quelques vedettes qui se déplacent un peu partout dans le monde. Pas un texte à partir des dossiers de presse, avec photos des vedettes. On ne voit plus que ça. Non! Une véritable enquête. Avec de vrais chiffres. Entre autres.

    Je demande la même chose au journal Le Monde. Que ce prestigieux journal envoie au Québec un grand journaliste littéraire pour réaliser une enquête sur l’état actuel de la littérature québécoise qui couvrirait tous les champs, de l’essai universitaire au roman dit populaire, de l’infrastructure éditoriale aux réseaux de distribution. Pour voir. Pour entendre. Pour lire et analyser. Et, si possible, sans photos des vedettes du moment.

    Ah! oui, j’oubliais. L’enquêteur du Monde s’intéresserait à ce qui s’est écrit au Québec aux XVIIIe, XIXe et XXe siècles. Depuis même avant la conquête (1760), quand le Québec s’appelait Nouvelle-France. Puis, après la conquête jusqu’à la Révolution tranquille, quand le Québec s’appelait Canada français. Là encore, les seules photos permises (ou tableaux ou dessins) seraient celles d’écrivains aujourd’hui disparus.

    Il serait temps que cette histoire littéraire soit connue en France. Il ne faut donc pas confier ce travail à un inculte. Il est temps que la littérature québécoise soit accueillie partout sur la planète, à commencer par la France. Sinon, sans cette reconnaissance de l’extérieur, elle étouffera. Le temps de l’ignorance et du mépris est terminé. Il faut le dire et le répéter.












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