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Le développement des projets - En dialogue ou en conflit avec le milieu

Luc Ouimet - Président du Centre de consultation et de concertation, ancien président du Bureau de consultation de Montréal et commissaire pendant dix ans au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement*  17 mars 2006 
Au moment de la dérive du projet du CHUM, nous avions souligné qu'il existe depuis 25 ans un mécanisme d'étude d'impacts et d'audiences publiques qui peut être utilisé pour tout projet d'envergure («Le capharnaüm est-il inévitable? Non!», Le Devoir, le 13 janvier 2005). Mais avant de se rendre à une consultation publique avec un projet ficelé, il est avantageux d'élaborer celui-ci en interaction avec le milieu, comme vient de le recommander le comité Coulombe pour le projet de déménagement du Casino de Montréal. Ce projet, qui a suscité des interrogations et des oppositions, n'est pas un cas isolé.

En effet, la lecture quotidienne de l'actualité nous démontre éloquemment les difficultés rencontrées dans le développement de projets: le CHUM, le mausolée sur le mont Royal, les nouveaux usages pour le Mont-Carmel ou pour des églises, une centrale au fil de l'eau sur le Saint-Laurent à Montréal, un port méthanier à Lévis, les mégaporcheries dans différentes villes, la fermeture d'écoles primaires, etc.

Des promoteurs et des politiciens, nostalgiques des années 50, affirment qu'il est désormais impossible, ici, de faire des projets parce qu'ils sont arrêtés par le moindre groupuscule. D'autres, parmi les opposants, affirment au contraire être bousculés et disent qu'on leur impose des décisions sans tenir compte de leurs intérêts.

Il est possible et nécessaire d'avoir une approche qui évite ces extrêmes. L'évolution de la démocratie active entraîne de la part des gestionnaires modernes (du secteur public comme du secteur privé) la nécessité d'une gestion de projets qui prend en compte les milieux d'insertion.

Fondements et avantages du dialogue

Si les mécanismes formels comme le BAPE et l'Office de consultation publique de Montréal sont utiles comme méthode d'arbitrage entre divers points de vue, ils ont le désavantage d'arriver seulement à la fin du processus d'élaboration de projets, limitant la possibilité de prendre en compte les valeurs du milieu.

De là est apparu le besoin d'échanges avec le milieu (information, consultation, concertation) ainsi que le fait que les citoyens sont de plus en plus instruits et informés au sujet des technologies et de leurs droits et plus exigeants envers les projets susceptibles de modifier leur milieu de vie. Cet état de fait devient une nouvelle composante de la vie civique; les collectivités sont de plus en plus engagées dans la prise en charge de la mise en valeur de leur milieu.

Pour répondre à ce nouveau contexte, une démarche volontaire d'interaction avec le milieu est fortement suggérée par les divers paliers de l'administration publique. À titre d'exemple, la Ville de Montréal a produit un guide à l'intention des promoteurs sur l'interaction avec le public. Dans l'avant-propos, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, affirme ceci: «Ce guide fournit aux promoteurs [...] un outil permettant, dès l'élaboration d'un projet, une interaction fructueuse avec les citoyens. Il pourra s'avérer précieux [...] pour atténuer des difficultés auxquelles ils sont parfois confrontés.»

Les gouvernements du Québec et du Canada, dans leurs directives pour la réalisation des études d'impacts, incitent fortement les promoteurs à entreprendre un processus de consultation publique avec le milieu afin de tenir compte des opinions du public le plus tôt possible dans la planification de leurs projets.

Cette approche volontaire comporte plusieurs avantages pour les promoteurs. Elle permet en effet de connaître, dès le début de la planification d'un projet, les valeurs, les préoccupations, les intérêts et les perceptions du milieu et de déceler les contraintes et les difficultés ainsi que les possibilités. L'interaction permet aussi de connaître les acteurs, les leaders, d'établir des liens de confiance, d'obtenir éventuellement l'appui d'individus et de groupes, de prévenir des conflits, de favoriser l'émergence de consensus et de faciliter l'acceptation sociale. Elle permet enfin de diffuser de l'information sur les objectifs du projet, sur le choix de l'option retenue, sur les mesures d'insertion, sur les contraintes inhérentes au projet et sur les critères de décision.

Avec cette connaissance et ces échanges dynamiques, le promoteur peut ajuster son projet afin de prendre en compte les attentes du milieu.

Finalement, le projet est susceptible de franchir avec le minimum de conflits les étapes formelles de consultation publique et de rendre plus facile la liaison et le suivi nécessaires avec les parties en présence pendant les phases de réalisation et d'exploitation.

Toutefois, si on veut que les citoyens et les groupes participent volontairement et avec confiance, les promoteurs doivent utiliser des méthodes de travail, basées sur des règles de l'art et d'éthique reconnues, qui rendent crédible le processus de participation. Soulignons principalement l'importance du respect des personnes et l'engagement à prendre vraiment en compte les points de vue exprimés dans un climat de transparence et de dialogue réels.

Plus fiable et moins coûteux

Les promoteurs qui acceptent cette méthode démocratique élaborent leurs projets sur la place publique tout en conservant leur pouvoir décisionnel.

L'expérience démontre que cette approche permet, contrairement aux craintes de certains, d'épargner du temps et des ressources. Compte tenu des enjeux multiples et des valeurs financières et stratégiques pour le promoteur, les sommes consacrées à l'interaction avec le milieu constituent un excellent rapport de rentabilité économique et sociale.

Les exigences de la participation favorisent aussi l'émergence de meilleurs projets et de gestionnaires plus imaginatifs et plus imputables. D'ailleurs, ce n'est habituellement la faute ni des mécanismes de participation volontaire ni de ceux d'examen public si des projets ne réussissent pas à nous convaincre de leur bien-fondé.

Nous concluons donc que, oui, il est encore possible de réaliser des projets, mais en sollicitant le milieu au premier stade de leur élaboration pour en valider d'abord la justification et ensuite les conditions d'insertion.

* Texte tiré d'une conférence prononcée le 8 mars dernier devant les membres montréalais du Project Management Institute sur les avantages pour les promoteurs de réaliser des activités d'interaction avec le milieu dès les premières étapes de l'élaboration d'un projet.
 
 
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