mercredi 25 novembre 2009 Dernière mise à jour 00h11


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Malaise autour du ministre «bleuet»

13 mars 2006 
Ottawa — Voilà à peine cinq semaines qu'il est en poste que le nouveau ministre responsable de Développement économique Canada (DEC), Jean-Pierre Blackburn, commence déjà à susciter le mécontentement. Chez ses collègues conservateurs comme dans les partis d'opposition, on s'interroge sur ses premières sorties publiques.

Deux jours après son assermentation, M. Blackburn a déclaré que, dorénavant, il reverra personnellement chacune des contributions que verse son ministère, DEC, faisant craindre à certains une ingérence politique. Puis, il y a une semaine, il a publiquement indiqué qu'il espérait que DEC donne suite à une demande de financement acheminée par le zoo de Saint-Félicien, plaçant pour ainsi dire ses fonctionnaires devant un fait accompli.

«À partir de maintenant, je veux être au su de toutes les dépenses, incluant les contributions de 100 000 $ et moins, avait expliqué le mois dernier M. Blackburn. Cela représente environ 1000 dossiers par année, soit une moyenne de quatre par jour. Je trouvais nécessaire d'agir de la sorte afin de mieux connaître le fonctionnement de mon ministère. Je pourrai ainsi identifier les lacunes, pour ensuite y remédier.»

M. Blackburn évalue le délai supplémentaire pour le traitement d'une demande à environ trois jours tout au plus, car, à son avis, «tous les dossiers peuvent très bien se résumer à l'intérieur d'une page 8,5 par 11. Si ce que je vois sur une page ne me convainc pas, je passerai tout simplement au projet suivant.»

Cela signifie-t-il qu'il s'arroge un droit de veto sur tous les projets acheminés par ses fonctionnaires? Impossible de le savoir. Le chef de cabinet du ministre, Michel Lalonde, a indiqué au Devoir que M. Blackburn ne serait pas disponible pour une entrevue avant la fin du mois. Il a cru bon de justifier la décision de son patron. «Ce n'est pas de l'ingérence. C'est la loi qui prévoit que le ministre a cette responsabilité-là.» À leur arrivée en poste, les ministres délèguent leurs pouvoirs de signature à divers échelons de la fonction publique. C'est cette délégation habituelle que les fonctionnaires lui ont proposée et qu'il a refusée.

Sous le règne libéral, le ministre se penchait seulement sur les dossiers de 200 000 $ ou plus. Les dossiers de 100 000 à 200 000 $ relevaient de son sous-ministre, tandis que tous les autres incombaient aux directeurs régionaux des 14 secteurs du Québec. Plus maintenant.

Cette nouvelle approche fait friser les cheveux de Michel Gauthier, député bloquiste de Roberval. «Il n'a pas d'expertise technique particulière. Alors, que va-t-il ajouter sinon une dimension politique?, demande-t-il. Y aura-t-il les bons comtés et les moins bons comtés? Ça fait d'une autre époque.» Selon lui, «cette décision va à l'encontre de tout ce qui se fait en développement régional depuis 20 ans, soit la déconcentration des pouvoirs de Montréal vers les régions.»

Le discours est le même du côté du libéral Jacques Saada, qui occupait le poste de M. Blackburn avant sa défaite le 23 janvier dernier. «Ce n'est pas forcément une preuve de très grande confiance en la fonction publique, qui est pourtant excellente», déplore-t-il.

Le conseiller spécial du caucus néo-démocrate pour le Québec, Pierre Ducasse, s'étonne lui aussi. «Il y a un danger à surpolitiser tous les dossiers, mais je comprends que, dans le contexte post-Gomery, les politiciens semblent trouver important de se réaffirmer sur la fonction publique pour personnellement surveiller et diriger», dit-il.

Dans les coulisses, les commentaires envers le nouveau ministre sont beaucoup plus cinglants, certains établissant un parallèle avec ce qui avait été reproché au gouvernement libéral dans le dossier des subventions liées à la création d'emplois de Ressources humaines. Les députés avaient influencé le processus décisionnel, politisant au passage tout le programme.

«Est-ce que le politique doit dicter à la fonction publique les décisions d'expert?, se demande une source bien au fait de la structure de DEC. Le ministre ne peut pas être expert en analyse de l'éolien, des ressources naturelles, de la haute technologie, etc. Il y a des experts en place justement pour cela. Si le ministre prendre trop de place, il corrompt le système.»

Un haut fonctionnaire régional interrogé cette semaine ne s'est pas inquiété outre mesure de cette décision, même si, par ses commentaires, on comprend qu'il juge le ministre bien naïf. «Il voit cela comme une façon d'apprivoiser son ministère. Bon, je veux bien. Là, il y parvient [à quatre ou cinq dossiers par jour]. Mais il ne pourra pas maintenir la cadence quand la Chambre va recommencer à siéger.»

Affaire de zoo

Cette apparence d'ingérence politique a fait son chemin dans un dossier, celui du zoo de Saint-Félicien. M. Blackburn s'est publiquement prononcé en faveur du versement d'une aide fédérale à l'établissement. «Je suis confiant que le projet puisse cadrer dans les programmes de DEC», a-t-il déclaré la semaine dernière. Or, une demande de subvention de plusieurs centaines de milliers de dollars est présentement dans le collimateur de DEC. Une telle déclaration ne force-t-elle pas les fonctionnaires à approuver ce projet parce que c'est le «bébé» du ministre?

«Ce que je comprends, c'est que la subvention va venir», croit Michel Gauthier. Le député bloquiste est mal à l'aise, puisque le zoo est situé dans sa circonscription et qu'il en est l'un des défenseurs. «Tant mieux si ça va vite, mais j'espère qu'il sera subventionné parce que le projet est jugé méritoire. Disons que je trouve la déclaration du ministre un peu étonnante.»

Le dossier du zoo est particulièrement intéressant puisqu'un autre zoo, celui de Québec cette fois, espère lui aussi obtenir de l'argent du gouvernement fédéral: 35 millions de dollars. Une autre ministre conservatrice, Josée Verner, s'est prononcée en faveur de la survie de cet établissement pendant la campagne électorale. Or, M. Blackburn n'a pas hésité, en vantant le dossier de sa région, à diminuer celui de la région de sa collègue. «Je crois qu'il sera possible de trouver une manière de financer ce projet. Le zoo [de Saint-Félicien] est le moteur touristique de la région [du Saguenay-Lac-Saint-Jean]. Ce qui n'est pas le cas pour le zoo de Québec!» Mme Verner n'a pas accepté la demande d'entrevue du Devoir à ce sujet. «Ce sont des décisions qui engagent des portefeuilles qui ne sont pas les nôtres», explique son attaché de presse, Frédéric Baril.

Aucune demande officielle n'a encore été acheminée à Ottawa et on ignore donc si elle serait logée à DEC, mais c'est bien par cet organisme que la demande initiale avait transité. Elle n'avait pas abouti car Bernard Landry avait refusé en 2001 de faire flotter le «chiffon rouge» canadien en échange de la contribution fédérale de 18 millions. À la mairie de Québec, qui pilote une tentative d'achat du zoo, on ne se préoccupe pas de cette apparente bisbille pour le moment. «Tant qu'on n'aura pas de consensus régional, on ne fera pas d'approche au fédéral», explique l'attaché de presse de la mairesse, Paul-Christian Nolin.
***
Rectificatif du 14/03/2006
L’article précédent ne précisait pas que les citations de M. Blackburn étaient tirées du journal Le Quotidien, qui en avait obtenu l’exclusivité. Le Devoir avait plutôt cru que le ministre s’était adressé à la presse de toute la région du Saguenay. Nos excuses aux collègues Marc St-Hilaire et Louis Potvin.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
0 réactions
0 votes
 
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009