Un rôle à remplir sur la scène internationale - L'Europe est-elle prête à accepter ses responsabilités?
Max Kaase - Président de l'Association internationale de science politique, vice-président et doyen de l'École des sciences humaines et des sciences sociales de l'Université internationale de Brême, en Allemagne*
13 mars 2006
La fondation de l'Union européenne est la principale réalisation qui unifie l'Europe et que les États européens ont implantée après 1945, forts des leçons apprises sous les feux de deux grandes guerres en sol européen au XXe siècle.
Mais à quel point l'Europe est-elle unifiée? Tandis que l'impulsion initiale visant à créer une entité politique européenne a été, de toute évidence, un geste d'ordre politique (pensons aux leçons tirées de la Seconde Guerre mondiale pour contenir l'Allemagne), le mouvement qui s'ensuivit fut de nature économique et le demeure à ce jour.
Il est vrai que l'Europe, aujourd'hui, jouit d'une structure politique institutionnelle à part entière, même si la légitimation des décisions repose sur de frêles assises, dans les limites du pouvoir du Parlement européen.
Cependant, la notion de subsidiarité qui sous tend «l'européanisation» (le niveau du système politique le plus rapproché du problème qui requiert une solution doit s'en charger) a-t-elle entraîné une division nette du travail et de l'autonomisation à l'intérieur de ces niveaux? Non, et la politique étrangère de l'Europe est un exemple typique. Cette fragilité a contribué aux atrocités perpétrées en ex-Yougoslavie dans les années 90; c'est là que l'Europe, pour des motifs liés à l'histoire et à ses intérêts directs, s'est dérobée à sa responsabilité, obligeant ainsi les États-Unis à intervenir. Le problème a refait surface encore une fois, dernièrement, devant la grande variante d'opposition, en Europe, à la décision des Américains de déclarer la guerre à l'Irak.
[...] En date de l'année 2004, l'Union européenne est passée de 15 à 25 pays membres; la plupart d'entre eux provenaient de l'Europe centrale et de l'Europe orientale, chacun apportant son unique patrimoine économique et politique. D'autre part, quatre nouveaux pays ont soumis leur demande d'adhésion, soit la Bulgarie, la Croatie, la Roumanie et la Turquie.
S'ils y sont tous accueillis, l'Union européenne verra l'arrivée de 100 millions de personnes qui viendront s'ajouter aux 450 millions qui habitent présentement les 25 pays membres. Il n'est pas surprenant que ces chiffres créent des doutes quant à l'efficacité des institutions politiques de l'Union européenne et que le rejet de la Constitution européenne par la France et les Pays-Bas nous mette au parfum des problèmes éventuels qu'une telle expansion pourrait produire en Europe.
Vers une nouvelle identité?
[...] Mais y a-t-il, malgré tout, un singulier mouvement vers une identité européenne qui supplante d'autres identités ou qui opère sur un pied d'égalité avec elles? Cette nouvelle identité pourrait-elle s'avérer une condition sine qua non d'un nouvel État européen?
Les spécialistes des recherches et des sondages ont bien tenté de trouver une réponse ferme à cette question, mais sans succès. Les études de psychologie sociale nous ont permis de reconnaître que le concept d'une identité de première importance est beaucoup trop simpliste et que tout individu soutient en lui une multitude d'identités qui ont chacune une signification particulière, qu'il affiche selon le contexte et la situation. Ces identités varient, qu'il s'agisse d'une identité locale, au sein d'une ville ou d'un club de soccer, ou d'une identité régionale, nationale et culturelle; elles importent toutes dans la quête de soi de l'individu.
Parmi toutes les identités qui ont fait l'objet d'études, l'identité européenne semble la moins concrète, la moins significative.
Il n'y a rien de surprenant dans cette conclusion quand on constate la grande diversité culturelle qui s'affiche dans l'ethnicisme, la nationalité, la religion et, de toute importance, dans la langue, sans compter les écarts entre les nations telle que la délimitation des classes.
La langue (bien que l'anglais devienne peu à peu la lingua franca, surtout pour l'élite) demeure une entrave à l'édification d'une sphère publique européenne. C'est d'ailleurs l'une des condition sine qua non de l'essor d'une identité européenne et d'une Europe unie qui, en matière de politique mondiale, puisse s'exprimer d'une seule voix et ainsi jouer un rôle prépondérant, de concert avec les États-Unis hégémoniques, la Russie et la puissance mondiale embryonnaire qu'est la Chine.
Néanmoins, une cohésion... récente
La diversité européenne est bien présente, mais il y a aussi, dans tout cela, une cohésion. Les Européens se partagent les valeurs universelles de la liberté: liberté d'opinion, tolérance à l'égard des autres, rejet de la violence comme option politique, équité et démocratie, symboles de la volonté du peuple qui s'expriment dans le cadre d'élections libres.
Sur le plan historique, toutefois, ce scénario est plutôt récent dans plusieurs contrées d'Europe et il ne faut pas le tenir pour acquis. À titre d'exemple, l'élargissement de l'Union européenne en 2005 ne signifie pas pour autant que le public accueille d'emblée les nouveaux arrivants, surtout quand on pense aux citoyens des États membres «anciens», comme le démontrent les importants écarts de confiance à l'égard des «nouveaux» membres.
État de surveillance
Mais il y a aussi maintenant un nouveau défi pour l'Europe; c'est un défi de taille qui est apparu après les attentats terroristes du 11 septembre 2001, les interventions militaires dirigées par les Américains en Afghanistan et en Irak, les actes de terrorisme perpétrés par les islamistes à Madrid en 2004 et à Londres en 2005. À cause des mesures que les gouvernements d'Europe ont dû instaurer en vue de contrer des incidents de ce genre, qui représentent une menace aux libertés individuelles, ce défi porte le nom d'État de surveillance.
Citons, comme exemple, les mesures universelles que l'Allemagne et d'autres autorités internationales prennent actuellement afin de prévenir tout acte de terrorisme lors de la Coupe du monde de soccer qui doit se dérouler en Allemagne aux mois de juin et juillet 2006.
Ce qui nous inquiète le plus, c'est que les actes de terrorisme commis dans le monde à l'heure actuelle sont, pour la plupart, des actes liés à une religion bien particulière, et je parle ici de l'islam dans son interprétation la plus extrême, la plus axée vers la violence par des groupes motivés par la politique. Cet état de choses a éveillé une prise de conscience, devant les répercussions de cette croyance religieuse, qui n'avait pas été soulevée auparavant en Europe.
Une réalité longtemps cachée
À première vue, la population musulmane en Europe n'est pas très élevée; on compte environ 15 millions de musulmans au sein d'une population totale de 450 millions d'habitants. Il faut noter, toutefois, les concentrations de musulmans, soit environ cinq millions en France, provenant surtout des ex-colonies françaises de l'Afrique du Nord, et plus de trois millions en Allemagne, qui viennent surtout des campagnes de la Turquie. Dans les deux cas, ces populations convergent vers les grandes villes telles que Paris et Berlin.
Avec cette perspective politique à l'esprit, il n'est pas surprenant que l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, y ajoutant ainsi plus de 70 millions de personnes, soulève une controverse importante qui risque de demeurer à l'ordre du jour de l'Europe pendant de longues années encore.
Il n'est pas possible de discuter à fond de ce problème complexe, car le temps nous manque. Mentionnons que, en général, l'isolement volontaire des communautés musulmanes de la société majoritaire a longtemps caché dans l'ombre la réalité selon laquelle ces communautés ne partagent pas toutes les valeurs universelles de l'Ouest, comme en ce qui concerne le rôle des femmes. Devant le besoin d'accepter et d'encourager les identités multiculturelles, cette éventuelle confrontation des valeurs a échappé à l'attention du public jusqu'au jour où le comportement belligérant islamiste a menacé de faire en sorte que la théorie du choc des civilisations de Huntington devienne une réalité.
Je ne veux pas surestimer ce problème, car la majorité des communautés musulmanes semblent s'inscrire en faux contre toute violence et tout terrorisme. Mais si de jeunes Turcs, dans un cinéma de Berlin, se lèvent et applaudissent lorsqu'un agent secret turc tue un officier américain, comme cela s'est produit lors de la présentation du film Valley of the Wolves, on ne peut que se poser des questions (on pourrait aussi examiner l'affaire d'un tout autre point de vue quand, dans les films américains de Rambo, le héros américain n'hésite pas à abattre tout protagoniste qui se trouve sur son chemin).
En guerre malgré elle
Au-delà des raisons qui nous invitent à nous pencher sur la question du choc des civilisations, voilà que des caricatures de Mahomet ont fait surface dans un quotidien danois il y a quelques semaines. Ce geste a entraîné de sérieux débats sur la tolérance et la liberté de la presse en Europe; il a déclenché, en outre, des manifestations systématiques et parfois violentes dans plusieurs pays musulmans.
Le djihad islamique classique signifie «combattre» pour l'islam, selon des règles bien rigoureuses. Le djihad plus récent, au contraire, présente une image bien différente: la guerre sans règles, une guerre atypique déclarée par des acteurs non étatiques, utilisant des moyens radicaux tels que d'innombrables attentats suicide à la bombe et divers autres actes de terrorisme.
C'est maintenant devenu une guerre mondiale qui se déploie en partie en Europe, alimentée par la guerre en Irak, dont l'Amérique sous-estime les conséquences, le conflit israélo-palestinien et le dernier front de bataille qui est la menace nucléaire de l'Iran. Ces affrontements risquent de forcer l'Europe à agir comme une puissance mondiale, bien qu'elle n'ait ni les moyens militaires ni même la volonté politique pour ce faire.
On m'a demandé de parler brièvement du rôle de l'Europe en matière d'affaires internationales. J'ai choisi d'aborder le sujet en fonction de l'argument suivant: une Europe unifiée, bien qu'économiquement puissante, politiquement diversifiée et faible sur le plan militaire, peut-elle jouer un rôle d'intérêt véritable pour la paix mondiale et la dissémination de la culture démocratique? Le renouveau d'après-guerre de l'Europe est une réalisation sans précédent; malheureusement, les Européens sont devenus suffisants et, aujourd'hui, doivent payer le prix de cette attitude complaisante.
Il est temps que l'Europe se réveille et accepte cette responsabilité. Malheureusement, je crois que tout semble pointer dans une direction opposée.
*Traduction de quelques extraits d'une allocution prononcée ce midi à l'invitation du Conseil des relations internationales de Montréal, dans le cadre de l'établissement à Montréal de l'Association internationale de science politique et de l'inauguration officielle de son secrétariat à l'université Concordia.
Mais à quel point l'Europe est-elle unifiée? Tandis que l'impulsion initiale visant à créer une entité politique européenne a été, de toute évidence, un geste d'ordre politique (pensons aux leçons tirées de la Seconde Guerre mondiale pour contenir l'Allemagne), le mouvement qui s'ensuivit fut de nature économique et le demeure à ce jour.
Il est vrai que l'Europe, aujourd'hui, jouit d'une structure politique institutionnelle à part entière, même si la légitimation des décisions repose sur de frêles assises, dans les limites du pouvoir du Parlement européen.
Cependant, la notion de subsidiarité qui sous tend «l'européanisation» (le niveau du système politique le plus rapproché du problème qui requiert une solution doit s'en charger) a-t-elle entraîné une division nette du travail et de l'autonomisation à l'intérieur de ces niveaux? Non, et la politique étrangère de l'Europe est un exemple typique. Cette fragilité a contribué aux atrocités perpétrées en ex-Yougoslavie dans les années 90; c'est là que l'Europe, pour des motifs liés à l'histoire et à ses intérêts directs, s'est dérobée à sa responsabilité, obligeant ainsi les États-Unis à intervenir. Le problème a refait surface encore une fois, dernièrement, devant la grande variante d'opposition, en Europe, à la décision des Américains de déclarer la guerre à l'Irak.
[...] En date de l'année 2004, l'Union européenne est passée de 15 à 25 pays membres; la plupart d'entre eux provenaient de l'Europe centrale et de l'Europe orientale, chacun apportant son unique patrimoine économique et politique. D'autre part, quatre nouveaux pays ont soumis leur demande d'adhésion, soit la Bulgarie, la Croatie, la Roumanie et la Turquie.
S'ils y sont tous accueillis, l'Union européenne verra l'arrivée de 100 millions de personnes qui viendront s'ajouter aux 450 millions qui habitent présentement les 25 pays membres. Il n'est pas surprenant que ces chiffres créent des doutes quant à l'efficacité des institutions politiques de l'Union européenne et que le rejet de la Constitution européenne par la France et les Pays-Bas nous mette au parfum des problèmes éventuels qu'une telle expansion pourrait produire en Europe.
Vers une nouvelle identité?
[...] Mais y a-t-il, malgré tout, un singulier mouvement vers une identité européenne qui supplante d'autres identités ou qui opère sur un pied d'égalité avec elles? Cette nouvelle identité pourrait-elle s'avérer une condition sine qua non d'un nouvel État européen?
Les spécialistes des recherches et des sondages ont bien tenté de trouver une réponse ferme à cette question, mais sans succès. Les études de psychologie sociale nous ont permis de reconnaître que le concept d'une identité de première importance est beaucoup trop simpliste et que tout individu soutient en lui une multitude d'identités qui ont chacune une signification particulière, qu'il affiche selon le contexte et la situation. Ces identités varient, qu'il s'agisse d'une identité locale, au sein d'une ville ou d'un club de soccer, ou d'une identité régionale, nationale et culturelle; elles importent toutes dans la quête de soi de l'individu.
Parmi toutes les identités qui ont fait l'objet d'études, l'identité européenne semble la moins concrète, la moins significative.
Il n'y a rien de surprenant dans cette conclusion quand on constate la grande diversité culturelle qui s'affiche dans l'ethnicisme, la nationalité, la religion et, de toute importance, dans la langue, sans compter les écarts entre les nations telle que la délimitation des classes.
La langue (bien que l'anglais devienne peu à peu la lingua franca, surtout pour l'élite) demeure une entrave à l'édification d'une sphère publique européenne. C'est d'ailleurs l'une des condition sine qua non de l'essor d'une identité européenne et d'une Europe unie qui, en matière de politique mondiale, puisse s'exprimer d'une seule voix et ainsi jouer un rôle prépondérant, de concert avec les États-Unis hégémoniques, la Russie et la puissance mondiale embryonnaire qu'est la Chine.
Néanmoins, une cohésion... récente
La diversité européenne est bien présente, mais il y a aussi, dans tout cela, une cohésion. Les Européens se partagent les valeurs universelles de la liberté: liberté d'opinion, tolérance à l'égard des autres, rejet de la violence comme option politique, équité et démocratie, symboles de la volonté du peuple qui s'expriment dans le cadre d'élections libres.
Sur le plan historique, toutefois, ce scénario est plutôt récent dans plusieurs contrées d'Europe et il ne faut pas le tenir pour acquis. À titre d'exemple, l'élargissement de l'Union européenne en 2005 ne signifie pas pour autant que le public accueille d'emblée les nouveaux arrivants, surtout quand on pense aux citoyens des États membres «anciens», comme le démontrent les importants écarts de confiance à l'égard des «nouveaux» membres.
État de surveillance
Mais il y a aussi maintenant un nouveau défi pour l'Europe; c'est un défi de taille qui est apparu après les attentats terroristes du 11 septembre 2001, les interventions militaires dirigées par les Américains en Afghanistan et en Irak, les actes de terrorisme perpétrés par les islamistes à Madrid en 2004 et à Londres en 2005. À cause des mesures que les gouvernements d'Europe ont dû instaurer en vue de contrer des incidents de ce genre, qui représentent une menace aux libertés individuelles, ce défi porte le nom d'État de surveillance.
Citons, comme exemple, les mesures universelles que l'Allemagne et d'autres autorités internationales prennent actuellement afin de prévenir tout acte de terrorisme lors de la Coupe du monde de soccer qui doit se dérouler en Allemagne aux mois de juin et juillet 2006.
Ce qui nous inquiète le plus, c'est que les actes de terrorisme commis dans le monde à l'heure actuelle sont, pour la plupart, des actes liés à une religion bien particulière, et je parle ici de l'islam dans son interprétation la plus extrême, la plus axée vers la violence par des groupes motivés par la politique. Cet état de choses a éveillé une prise de conscience, devant les répercussions de cette croyance religieuse, qui n'avait pas été soulevée auparavant en Europe.
Une réalité longtemps cachée
À première vue, la population musulmane en Europe n'est pas très élevée; on compte environ 15 millions de musulmans au sein d'une population totale de 450 millions d'habitants. Il faut noter, toutefois, les concentrations de musulmans, soit environ cinq millions en France, provenant surtout des ex-colonies françaises de l'Afrique du Nord, et plus de trois millions en Allemagne, qui viennent surtout des campagnes de la Turquie. Dans les deux cas, ces populations convergent vers les grandes villes telles que Paris et Berlin.
Avec cette perspective politique à l'esprit, il n'est pas surprenant que l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, y ajoutant ainsi plus de 70 millions de personnes, soulève une controverse importante qui risque de demeurer à l'ordre du jour de l'Europe pendant de longues années encore.
Il n'est pas possible de discuter à fond de ce problème complexe, car le temps nous manque. Mentionnons que, en général, l'isolement volontaire des communautés musulmanes de la société majoritaire a longtemps caché dans l'ombre la réalité selon laquelle ces communautés ne partagent pas toutes les valeurs universelles de l'Ouest, comme en ce qui concerne le rôle des femmes. Devant le besoin d'accepter et d'encourager les identités multiculturelles, cette éventuelle confrontation des valeurs a échappé à l'attention du public jusqu'au jour où le comportement belligérant islamiste a menacé de faire en sorte que la théorie du choc des civilisations de Huntington devienne une réalité.
Je ne veux pas surestimer ce problème, car la majorité des communautés musulmanes semblent s'inscrire en faux contre toute violence et tout terrorisme. Mais si de jeunes Turcs, dans un cinéma de Berlin, se lèvent et applaudissent lorsqu'un agent secret turc tue un officier américain, comme cela s'est produit lors de la présentation du film Valley of the Wolves, on ne peut que se poser des questions (on pourrait aussi examiner l'affaire d'un tout autre point de vue quand, dans les films américains de Rambo, le héros américain n'hésite pas à abattre tout protagoniste qui se trouve sur son chemin).
En guerre malgré elle
Au-delà des raisons qui nous invitent à nous pencher sur la question du choc des civilisations, voilà que des caricatures de Mahomet ont fait surface dans un quotidien danois il y a quelques semaines. Ce geste a entraîné de sérieux débats sur la tolérance et la liberté de la presse en Europe; il a déclenché, en outre, des manifestations systématiques et parfois violentes dans plusieurs pays musulmans.
Le djihad islamique classique signifie «combattre» pour l'islam, selon des règles bien rigoureuses. Le djihad plus récent, au contraire, présente une image bien différente: la guerre sans règles, une guerre atypique déclarée par des acteurs non étatiques, utilisant des moyens radicaux tels que d'innombrables attentats suicide à la bombe et divers autres actes de terrorisme.
C'est maintenant devenu une guerre mondiale qui se déploie en partie en Europe, alimentée par la guerre en Irak, dont l'Amérique sous-estime les conséquences, le conflit israélo-palestinien et le dernier front de bataille qui est la menace nucléaire de l'Iran. Ces affrontements risquent de forcer l'Europe à agir comme une puissance mondiale, bien qu'elle n'ait ni les moyens militaires ni même la volonté politique pour ce faire.
On m'a demandé de parler brièvement du rôle de l'Europe en matière d'affaires internationales. J'ai choisi d'aborder le sujet en fonction de l'argument suivant: une Europe unifiée, bien qu'économiquement puissante, politiquement diversifiée et faible sur le plan militaire, peut-elle jouer un rôle d'intérêt véritable pour la paix mondiale et la dissémination de la culture démocratique? Le renouveau d'après-guerre de l'Europe est une réalisation sans précédent; malheureusement, les Européens sont devenus suffisants et, aujourd'hui, doivent payer le prix de cette attitude complaisante.
Il est temps que l'Europe se réveille et accepte cette responsabilité. Malheureusement, je crois que tout semble pointer dans une direction opposée.
*Traduction de quelques extraits d'une allocution prononcée ce midi à l'invitation du Conseil des relations internationales de Montréal, dans le cadre de l'établissement à Montréal de l'Association internationale de science politique et de l'inauguration officielle de son secrétariat à l'université Concordia.
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