Impro politique
À peine installé au ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Claude Béchard cède au secteur privé une partie du parc du Mont-Orford à des fins de développement immobilier. La décision qu'il annonçait lundi se veut un compromis qui ressemble pourtant beaucoup au projet original soumis au Bureau d'audiences publiques en environnement.
Les milieux d'affaires de l'Estrie se réjouissent du feu vert donné à ce projet en gestation depuis quatre ans qui, s'il se réalise, permettra d'ériger un complexe domiciliaire au pied des pentes de ski du mont Orford. On en espère des emplois pour remplacer ceux que l'on perd dans le secteur manufacturier. Pour leur part, les résidants de ce secteur et les environnementalistes sont consternés, estimant l'intégrité écologique du parc mise en danger.
Les difficultés financières du centre de ski Orford sont le point de départ de ce projet. Situé à l'intérieur du parc, le centre est exploité par un concessionnaire qui souhaite construire au pied des pistes des hôtels et des appartements en copropriété comme dans les grandes stations d'hiver. Pour ce faire, il lui fallait obtenir un échange de terrains avec le parc.
Le BAPE, qui a passé au crible ce projet, concluait que l'échange de terrains et les constructions envisagées porteraient atteinte à l'intégrité écologique du parc. Les commissaires soumettaient une série de réserves et de conditions et recommandaient de chercher d'autres options.
Ce rapport du BAPE avait été remis au ministre Thomas Mulcair en mars 2005. Tout indiquait que celui-ci, un tenant de l'application stricte des lois environnementales, allait promouvoir le respect de l'intégrité du parc. Cela, c'était avant que ne survienne son congédiement la semaine dernière par le premier ministre. La précipitation avec laquelle son successeur a réactivé le dossier est d'autant plus suspecte que la solution Béchard soulève plus de questions que de réponses.
À première vue, on pourrait croire tout à fait nouvelle l'approche du nouveau ministre, mais à l'examen, on constate que, pour l'essentiel, le promoteur du projet obtient à peu de choses près ce qu'il souhaitait. En lui vendant le territoire qui est l'objet d'un bail pour l'exploitation du centre de ski et du golf d'Orford, on lui donne les terrains dont il avait besoin.
Plus besoin, donc, des strictes mesures d'atténuation exigées par le BAPE pour maintenir l'intégrité écologique du parc puisque l'essentiel du projet ne sera plus dans le parc. Il fallait y penser. Bien sûr, le ministre, pour faire bonne figure, assure que le tout se fera «dans le respect des plus hauts standards environnementaux, qui permettront de préserver les paysages et la biodiversité». Quels standards? Il s'est gardé de le dire, ne les connaissant sûrement pas lui-même encore.
L'improvisation devient encore plus évidente lorsqu'on se penche sur l'engagement du gouvernement à consacrer à l'achat d'au moins 5000 hectares le fruit de la vente du territoire sous bail, qui sera d'au mieux 16 millions de dollars. L'objectif du ministre est de se donner une image de conservationniste. Cela, on le comprend facilement. On comprend aussi que les millions lui manqueront rapidement. De la poudre aux yeux, que cela.
La précipitation du gouvernement Charest s'explique. Trop de projets de développement économique sont bloqués dans la machine environnementale et il lui faut bouger maintenant pour s'assurer qu'à la veille des prochaines élections, des premières pelletées de terre se donneront. Mais, en voulant aller vite, trop vite, il s'est déjà mis à dos le mouvement environnementaliste, qui perd le peu de confiance qu'il gardait à l'égard de la volonté des libéraux de faire de l'environnement une priorité. Quant au projet du mont Orford, il risque de devenir l'objet de batailles sans fin et d'être paralysé pendant quelques années. Il aurait pourtant mérité que l'on prenne le temps d'élaborer un compromis recevant «une large approbation sociale», comme le souhaitait le BAPE.
bdescoteaux@ledevoir.ca
Les milieux d'affaires de l'Estrie se réjouissent du feu vert donné à ce projet en gestation depuis quatre ans qui, s'il se réalise, permettra d'ériger un complexe domiciliaire au pied des pentes de ski du mont Orford. On en espère des emplois pour remplacer ceux que l'on perd dans le secteur manufacturier. Pour leur part, les résidants de ce secteur et les environnementalistes sont consternés, estimant l'intégrité écologique du parc mise en danger.
Les difficultés financières du centre de ski Orford sont le point de départ de ce projet. Situé à l'intérieur du parc, le centre est exploité par un concessionnaire qui souhaite construire au pied des pistes des hôtels et des appartements en copropriété comme dans les grandes stations d'hiver. Pour ce faire, il lui fallait obtenir un échange de terrains avec le parc.
Le BAPE, qui a passé au crible ce projet, concluait que l'échange de terrains et les constructions envisagées porteraient atteinte à l'intégrité écologique du parc. Les commissaires soumettaient une série de réserves et de conditions et recommandaient de chercher d'autres options.
Ce rapport du BAPE avait été remis au ministre Thomas Mulcair en mars 2005. Tout indiquait que celui-ci, un tenant de l'application stricte des lois environnementales, allait promouvoir le respect de l'intégrité du parc. Cela, c'était avant que ne survienne son congédiement la semaine dernière par le premier ministre. La précipitation avec laquelle son successeur a réactivé le dossier est d'autant plus suspecte que la solution Béchard soulève plus de questions que de réponses.
À première vue, on pourrait croire tout à fait nouvelle l'approche du nouveau ministre, mais à l'examen, on constate que, pour l'essentiel, le promoteur du projet obtient à peu de choses près ce qu'il souhaitait. En lui vendant le territoire qui est l'objet d'un bail pour l'exploitation du centre de ski et du golf d'Orford, on lui donne les terrains dont il avait besoin.
Plus besoin, donc, des strictes mesures d'atténuation exigées par le BAPE pour maintenir l'intégrité écologique du parc puisque l'essentiel du projet ne sera plus dans le parc. Il fallait y penser. Bien sûr, le ministre, pour faire bonne figure, assure que le tout se fera «dans le respect des plus hauts standards environnementaux, qui permettront de préserver les paysages et la biodiversité». Quels standards? Il s'est gardé de le dire, ne les connaissant sûrement pas lui-même encore.
L'improvisation devient encore plus évidente lorsqu'on se penche sur l'engagement du gouvernement à consacrer à l'achat d'au moins 5000 hectares le fruit de la vente du territoire sous bail, qui sera d'au mieux 16 millions de dollars. L'objectif du ministre est de se donner une image de conservationniste. Cela, on le comprend facilement. On comprend aussi que les millions lui manqueront rapidement. De la poudre aux yeux, que cela.
La précipitation du gouvernement Charest s'explique. Trop de projets de développement économique sont bloqués dans la machine environnementale et il lui faut bouger maintenant pour s'assurer qu'à la veille des prochaines élections, des premières pelletées de terre se donneront. Mais, en voulant aller vite, trop vite, il s'est déjà mis à dos le mouvement environnementaliste, qui perd le peu de confiance qu'il gardait à l'égard de la volonté des libéraux de faire de l'environnement une priorité. Quant au projet du mont Orford, il risque de devenir l'objet de batailles sans fin et d'être paralysé pendant quelques années. Il aurait pourtant mérité que l'on prenne le temps d'élaborer un compromis recevant «une large approbation sociale», comme le souhaitait le BAPE.
bdescoteaux@ledevoir.ca
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