Béchard vendra le mont Orford aux promoteurs
Le sommet du mont Orford fait partie des 649 hectares que le gouvernement Charest veut vendre au secteur privé. — Parc du Mont-Orford
Le gouvernement Charest entend sortir le mont Orford du parc qui porte son nom, car il projette de vendre la partie sous bail de cette montagne au secteur privé, centre de ski inclus.
C'est ce qu'a annoncé hier, moins d'une semaine après sa nomination, le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), Claude Béchard, qui entend vendre par appel d'offres 649 hectares de l'actuel parc national à des promoteurs privés désireux de maintenir en place la station de ski alpin et de développer un golf et un projet immobilier d'au moins 1000 espaces résidentiels. C'est plus de quatre fois les 143 ha que le promoteur André l'Espérance voulait obtenir de Québec pour y construire son golf et quelque 950 espaces résidentiels, afin d'arriver, soutenait-il, à financer la station de ski.
La décision du ministre Béchard, présentée comme du «tourisme durable», a provoqué un tollé immédiat chez les défenseurs de l'intégrité du parc même si elle permettrait de doubler la surface actuel de ce joyau naturel avec les recettes que Québec espère retirer de la vente de la montérégienne au secteur privé. La solution du ministre Béchard s'inspire de celle qu'avait prise Québec pour sortir le mont Tremblant du parc du même nom afin de permettre aux promoteurs immobiliers d'envahir le pied de la montagne et de développer le domaine skiable aux dépens, dans ce cas, d'un des grands ravages de chevreuils des Laurentides. Mais si la montagne de Tremblant se trouvait en périphérie du parc, ce qui a préservé son intégrité, celle d'Orford se retrouve à l'intérieur de l'aire protégée par la loi, ce qui y créera une entorse béante.
La rumeur voulait la semaine dernière que les solutions envisagées pour Orford par l'ancien titulaire du MDDEP, Thomas Mulcair, auraient sensiblement indisposé son chef, Jean Charest. Le ministre gagnait visiblement du temps dans l'espoir que le promoteur décrocherait.
En vertu du bail qui lie Québec et le promoteur l'Espérance, le gouvernement Charest devra rembourser à ce dernier 85 % des coûts du remonte-pente de facture récente, qui dessert maintenant la station de ski. Le promoteur pourra donc ajouter cet argent, fourni par Québec, dans sa proposition d'acquisition de la montagne, ce qu'il n'obtiendrait pas nécessairement d'un autre promoteur privé, expliquait hier une source au sein du MDDEP.
Selon une autre source bien informée, le ministère pourrait certes devoir débourser autour d'une dizaine de millions en dédommagement pour les investissements récents dans la station de ski, mais Québec escompte tirer au moins 25 millions de la vente de cet actif public, ce qui laisserait une somme d'environ 15 ou 16 millions pour acquérir des terrains et doubler, selon la proposition du ministre Béchard, la surface actuelle du parc. Le ministre n'a pas précisé combien de temps il se donnait pour arriver à ses fins, mais on disait dans son entourage que des discussions étaient amorcées avec de grands propriétaires terriens du secteur et qu'on en espérait une conclusion favorable.
Le ministre Béchard, expliquait un proche, n'a pas l'intention de soumettre les nouvelles limites du parc à une nouvelle consultation publique, estimant que la consultation ayant eu cours sur un changement de vocation sur 143 ha (proposition L'Espérance) vaut tout autant pour les 649 qu'on entend privatiser désormais. Le parc national du mont exclu a une surface totale de 5837 ha.
Le conseil du Canton d'Orford, dont le maire Pierre Rodier a été élu pour son opposition au projet L'Espérance, se réunissait hier soir pour faire le point. La partie sera d'autant plus serrée entre Québec et cette municipalité que la décision de Québec imposera à cet organisme municipal l'obligation d'offrir de l'eau potable et des égouts à grands frais à un complexe immobilier dont il ne veut pas. Plusieurs moyens pourraient être envisagés pour bloquer le projet, mais, comme Québec entend procéder par loi spéciale, cette dernière pourrait suspendre plusieurs règles d'intérêt public au profit du promoteur éventuel.
Pierre Dépôt, le porte-parole de l'Association des riverains du lac Bowker, situé au nord du parc, a dénoncé la solution proposée par le gouvernement Charest, tout comme son père, Jean-Guy Dépôt, président du Conseil régional de l'environnement et militant libéral bien connu. Pour Jean-Guy Dépôt, Québec pourrait bien se faire flouer dans cette affaire si un seul promoteur devait se lancer dans la course, ce qui ne laisserait à peu près rien pour agrandir le parc dénaturé par la perte de son principal monument naturel. Pierre Dépôt ajoute de son côté que 15 ou 16 millions, c'est trop peu pour doubler la superficie du parc et que cela ne compensera pas la perte de la montagne. Il se demande par ailleurs quelle sorte d'accès à la montagne auront les randonneurs, car elle sera privatisée et les habitants décideront que c'est chez eux.
Pour la Société de la nature et des parcs (SNAP), si Québec reconnaît enfin que ce parc est trop petit et qu'il faut l'agrandir, force est de constater que le gouvernement aurait pu financer cet agrandissement autrement, notamment en faisait payer aux skieurs le même droit d'entrée qu'on exige de tout autre visiteur d'un parc national au Québec. De plus, réduire un parc national en en prélevant le coeur n'est pas un bon moyen de hausser la moyenne provinciale d'aires protégées, qui ne dépasse pas 3,4 %, soutient cet organisme qui n'est pas opposé à la consolidation économique de la station de ski, «mais pas aux dépens de son intégrité», expliquait Jean-François Gagnon.
Pour l'ancien ministre de l'Environnement, Paul Bégin, qui a aussi été Procureur général du Québec, la décision du ministre Béchard est la «pirouette juridique» dont rêvaient les promoteurs depuis longtemps parce qu'elle leur donne le contrôle total du territoire même si Québec promet d'assortir le développement de la montagne de conditions rigoureuses.
«Le ministre Béchard essaie de faire indirectement ce que la loi interdit formellement: il joue sur les mots en disant que les projets de golf et de résidences ne seront pas développés dans un parc, puisqu'il aura préalablement privatisé cet espace de conservation», explique l'ancien Procureur général du Québec, qui préconise le recours à une action en nullité et une injonction contre ces décisions gouvernementales, y compris pour faire annuler une éventuelle loi qui viserait à contourner les règles générales de la loi sur les parcs par des exceptions.
C'est ce qu'a annoncé hier, moins d'une semaine après sa nomination, le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), Claude Béchard, qui entend vendre par appel d'offres 649 hectares de l'actuel parc national à des promoteurs privés désireux de maintenir en place la station de ski alpin et de développer un golf et un projet immobilier d'au moins 1000 espaces résidentiels. C'est plus de quatre fois les 143 ha que le promoteur André l'Espérance voulait obtenir de Québec pour y construire son golf et quelque 950 espaces résidentiels, afin d'arriver, soutenait-il, à financer la station de ski.
La décision du ministre Béchard, présentée comme du «tourisme durable», a provoqué un tollé immédiat chez les défenseurs de l'intégrité du parc même si elle permettrait de doubler la surface actuel de ce joyau naturel avec les recettes que Québec espère retirer de la vente de la montérégienne au secteur privé. La solution du ministre Béchard s'inspire de celle qu'avait prise Québec pour sortir le mont Tremblant du parc du même nom afin de permettre aux promoteurs immobiliers d'envahir le pied de la montagne et de développer le domaine skiable aux dépens, dans ce cas, d'un des grands ravages de chevreuils des Laurentides. Mais si la montagne de Tremblant se trouvait en périphérie du parc, ce qui a préservé son intégrité, celle d'Orford se retrouve à l'intérieur de l'aire protégée par la loi, ce qui y créera une entorse béante.
La rumeur voulait la semaine dernière que les solutions envisagées pour Orford par l'ancien titulaire du MDDEP, Thomas Mulcair, auraient sensiblement indisposé son chef, Jean Charest. Le ministre gagnait visiblement du temps dans l'espoir que le promoteur décrocherait.
En vertu du bail qui lie Québec et le promoteur l'Espérance, le gouvernement Charest devra rembourser à ce dernier 85 % des coûts du remonte-pente de facture récente, qui dessert maintenant la station de ski. Le promoteur pourra donc ajouter cet argent, fourni par Québec, dans sa proposition d'acquisition de la montagne, ce qu'il n'obtiendrait pas nécessairement d'un autre promoteur privé, expliquait hier une source au sein du MDDEP.
Selon une autre source bien informée, le ministère pourrait certes devoir débourser autour d'une dizaine de millions en dédommagement pour les investissements récents dans la station de ski, mais Québec escompte tirer au moins 25 millions de la vente de cet actif public, ce qui laisserait une somme d'environ 15 ou 16 millions pour acquérir des terrains et doubler, selon la proposition du ministre Béchard, la surface actuelle du parc. Le ministre n'a pas précisé combien de temps il se donnait pour arriver à ses fins, mais on disait dans son entourage que des discussions étaient amorcées avec de grands propriétaires terriens du secteur et qu'on en espérait une conclusion favorable.
Le ministre Béchard, expliquait un proche, n'a pas l'intention de soumettre les nouvelles limites du parc à une nouvelle consultation publique, estimant que la consultation ayant eu cours sur un changement de vocation sur 143 ha (proposition L'Espérance) vaut tout autant pour les 649 qu'on entend privatiser désormais. Le parc national du mont exclu a une surface totale de 5837 ha.
Le conseil du Canton d'Orford, dont le maire Pierre Rodier a été élu pour son opposition au projet L'Espérance, se réunissait hier soir pour faire le point. La partie sera d'autant plus serrée entre Québec et cette municipalité que la décision de Québec imposera à cet organisme municipal l'obligation d'offrir de l'eau potable et des égouts à grands frais à un complexe immobilier dont il ne veut pas. Plusieurs moyens pourraient être envisagés pour bloquer le projet, mais, comme Québec entend procéder par loi spéciale, cette dernière pourrait suspendre plusieurs règles d'intérêt public au profit du promoteur éventuel.
Pierre Dépôt, le porte-parole de l'Association des riverains du lac Bowker, situé au nord du parc, a dénoncé la solution proposée par le gouvernement Charest, tout comme son père, Jean-Guy Dépôt, président du Conseil régional de l'environnement et militant libéral bien connu. Pour Jean-Guy Dépôt, Québec pourrait bien se faire flouer dans cette affaire si un seul promoteur devait se lancer dans la course, ce qui ne laisserait à peu près rien pour agrandir le parc dénaturé par la perte de son principal monument naturel. Pierre Dépôt ajoute de son côté que 15 ou 16 millions, c'est trop peu pour doubler la superficie du parc et que cela ne compensera pas la perte de la montagne. Il se demande par ailleurs quelle sorte d'accès à la montagne auront les randonneurs, car elle sera privatisée et les habitants décideront que c'est chez eux.
Pour la Société de la nature et des parcs (SNAP), si Québec reconnaît enfin que ce parc est trop petit et qu'il faut l'agrandir, force est de constater que le gouvernement aurait pu financer cet agrandissement autrement, notamment en faisait payer aux skieurs le même droit d'entrée qu'on exige de tout autre visiteur d'un parc national au Québec. De plus, réduire un parc national en en prélevant le coeur n'est pas un bon moyen de hausser la moyenne provinciale d'aires protégées, qui ne dépasse pas 3,4 %, soutient cet organisme qui n'est pas opposé à la consolidation économique de la station de ski, «mais pas aux dépens de son intégrité», expliquait Jean-François Gagnon.
Pour l'ancien ministre de l'Environnement, Paul Bégin, qui a aussi été Procureur général du Québec, la décision du ministre Béchard est la «pirouette juridique» dont rêvaient les promoteurs depuis longtemps parce qu'elle leur donne le contrôle total du territoire même si Québec promet d'assortir le développement de la montagne de conditions rigoureuses.
«Le ministre Béchard essaie de faire indirectement ce que la loi interdit formellement: il joue sur les mots en disant que les projets de golf et de résidences ne seront pas développés dans un parc, puisqu'il aura préalablement privatisé cet espace de conservation», explique l'ancien Procureur général du Québec, qui préconise le recours à une action en nullité et une injonction contre ces décisions gouvernementales, y compris pour faire annuler une éventuelle loi qui viserait à contourner les règles générales de la loi sur les parcs par des exceptions.
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