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La Caisse de dépôt revoit ses stratégies

Gérard Bérubé   2 octobre 2002 
Henri-Paul Rousseau
Photo : Jacques Nadeau
Henri-Paul Rousseau
À l'évidence, 2002 sera une deuxième année de rendement négatif pour la Caisse de dépôt. Mais il y a plus. N'entrevoyant pas la fin de la tempête sur les marchés, Henri-Paul Rousseau amorce une révision globale des opérations et des portefeuilles de la Caisse et de ses filiales. Au coeur du processus: «une revue des investissements et des transactions qui comportent une problématique évidente».

Dans un cadre plus large, le plan d'action retenu pour la Caisse doit aboutir au dépôt de recommandations, vers l'été 2003, devant servir de référence à une refonte de sa loi constitutive. Règles de gouvernance, mode de sélection des membres du conseil de la Caisse, encadrement des politiques de gestion du risque, mission de l'institution... Tout est abordé dans le processus.

Mais d'ici là, le président du conseil et directeur général de la Caisse de dépôt veut un diagnostic rapide, attendu au printemps prochain. «À très court terme, une série de mesures s'imposent pour effectuer une pause stratégique et consacrer les ressources de l'organisation aux enjeux que pose le contexte extrêmement difficile des marchés financiers», a-t-il fait ressortir. Ainsi, dans l'intervalle, un gel des embauches est appliqué à la Caisse. «Cela me permet de savoir qui part et pourquoi», a précisé le numéro un de l'institution. On instaure également un programme de réduction des frais d'administration afin, essentiellement, de minimiser l'impact du déménagement de la Caisse dans un nouvel édifice construit dans le futur quartier international. «Nous voulons que le niveau de vie soit pareil, avant et après le déménagement.» En clair, on ne veut pas envoyer le message que l'on ajoute à son confort, à plus de frais, au moment où les déposants devront subir un deuxième rendement négatif en autant d'années, a-t-il ajouté.

Cet intervalle, devant mener à la pose du diagnostic, comprend aussi «une revue des investissements et des transactions qui comportent une problématique évidente surtout pour les secteurs les plus touchés par l'effondrement des valeurs boursières».

Ici, le numéro un de la Caisse pointe en direction des titres en technologie-média-télécommunications qui ont, dans l'ensemble, perdu les trois quarts de leur valeur au cours de cette phase de correction. Faisant référence à l'industrie automobile qui, à ses débuts, pouvaient abriter quelque 5000 fabricants, il faudra dénicher, dans l'éclatement de cette bulle technologique, quels seront les prochains Ford ou GM. Mais l'exercice ne s'arrête pas là. «L'impact de l'éclatement de cette bulle n'est pas encore entièrement ressenti.» Et il y a cette autre zone grise: le consommateur américain, très endetté et soutenu par des incitatifs du type baisse des impôts et réduction des taux d'intérêt. Comment ce consommateur saura-t-il soutenir son niveau d'endettement? «Il faudra alors surveiller les banques», a-t-il résumé.

Question de mieux situer encore le contexte dans lequel cette révision s'active, M. Rousseau a parlé de «pause stratégique permettant à l'organisation d'effectuer un diagnostic global de qualité et de mettre l'accent sur la minimisation des impacts négatifs de la tempête qui frappe les marchés financiers». Le tout étant placé entre les mains d'un groupe de travail composé de spécialistes à l'interne et de l'externe, dirigé par M. Rousseau. À l'externe, on a recruté l'expertise de Denis Desautels, ancien vérificateur du gouvernement fédéral, d'Émilien Bolduc, ex-chef de la direction financière de la Banque Royale, de l'homme d'affaires Robert Chevrier et de l'actuaire Jean Lefebvre, auparavant vice-président sénior de TALFund.

Car l'environnement de marché étant radicalement différent et le risque systémique à ce point élevé qu'un tel diagnostic s'impose pour une institution que l'on veut centrée sur son rôle de fiduciaire. M. Rousseau ne se veut ni alarmiste ni pessimiste. Il a plutôt parlé de réalisme lors de cette tournée des médias réalisée hier. L'on veut doter la Caisse d'un plan d'action s'articulant autour de la transparence et de la performance, compte tenu d'un environnement de marché radicalement différent. «Les fonds de pension, privés et publics, font face à des valeurs d'actif en baisse et à des taux de rendement anticipé plus faibles. Les perspectives de rendement doivent être révisées à la baisse. Il faudra admettre que la décennie 1990 a été plutôt exceptionnelle quant au rendement.»

Henri-Paul Rousseau parle de phénomène majeur, touchant durement le métier de gestion de fonds. «Le résultat vs les attentes ne sera pas là. Nous observons deux grands mouvements. Il y a l'évolution démographique, il y a aussi la baisse des valeurs, tant de l'actif que des rendements anticipés». Autant de pressions donc qui vont imposer une recapitalistaion des régimes privés de retraite et une remise en question des paramètres des régimes publics. «Il va falloir refaire le débat. C'est majeur! Vous verrez, au cours des prochains mois, toute l'attention qu'accorderont les médias à la question», a-t-il lancé.

Quebecor

Ce faisant, il est désormais plus difficile pour les gestionnaires de préserver la valeur, de créer de la valeur, a-t-il insisté. À cette nouvelle réalité, «il faut s'assurer que la Caisse disposera des meilleures pratiques d'affaires». Du même souffle, Henri-Paul Rousseau a précisé sa compréhension du mandat de la Caisse. «J'ai fait ressortir, lors de mon embauche, la prédominance du rôle de fiduciaire de la Caisse. La nature du mandat est très claire et acceptée, tant par le premier ministre que par la ministre des Finances. Notre rôle consiste à protéger et à faire fructifier l'argent des déposants. Il ne faut jamais se mettre dans une situation de compromettre notre rôle de fiduciaire», a-t-il martelé. Quant à cette image de levier économique accolée à l'institution, «je souhaite un bon débat public sur ce sujet».

La porte a été ouverte, la question est venue: «Doit-on comprendre que si vous aviez été à la barre, la Caisse n'aurait pas participé à la transaction Quebecor-Vidéotron?» «Je ne commencerai pas à évaluer mes prédécesseurs. Et pour moi, ce qui importe, c'est la moyenne au bâton», a-t-il répondu, se contentant d'évoquer sur un ton approbatif la dimension internationale, l'expertise dans l'immobilier et la qualité des professionnels à l'emploi de l'institution formant l'héritage laissé par le tandem Jean-Claude Scraire-Michel Nadeau.

Mais il est clair que l'exercice en cours consistera également à doter la Caisse d'une politique de gestion de risque qui viendra encadrer ses positions en portefeuille. Sur ce thème, M. Rousseau ajoutera plus tard au cours de la rencontre que ce sont non pas les employés mais plutôt les patrons qu'il faut ainsi encadrer.






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