Inspections - Un accord Irak-ONU désarçonne Washington
L'administration Bush a accumulé hier les échecs dans sa stratégie irakienne, tant à l'ONU que dans les capitales étrangères ainsi qu'à Washington même.
L'ONU et l'Irak ont mis au point hier les modalités d'une reprise des inspections de désarmement sans attendre le renforcement du mandat des inspecteurs qu'exige Washington. L'Irak a annoncé qu'il attendait la première équipe d'experts de l'ONU dans les quinze jours mais les États-Unis ont répliqué qu'ils s'opposeraient au retour de ces inspecteurs tant qu'une nouvelle résolution du Conseil de sécurité n'aurait pas durci le régime d'inspections.
Hans Blix, directeur de la Commission de contrôle, de vérification et d'inspection des Nations unies (COCOVINU), a annoncé après deux jours de discussions à Vienne que l'Irak s'était engagé à donner «un accès immédiat, sans condition et sans restriction» à tous les sites. Bagdad a cependant insisté pour maintenir les procédures existantes pour la visite de huit «sites présidentiels», considérés comme symboliques de la souveraineté de l'Irak.
Washington ne veut plus des résolutions qui, depuis la fin de la guerre du Golfe en 1991, ont régi le travail des inspecteurs. Le président George W. Bush a insisté hier pour que le Conseil de sécurité passe une nouvelle résolution «afin que nous ne retombions pas dans les mêmes pièges que ces onze dernières années».
Mais l'ONU a rejeté hier un appel des États-Unis pour reporter le retour des experts en désarmement en Irak. «Nous sommes l'organe technique d'inspection du Conseil de sécurité et nous prendrons nos instructions du Conseil», a déclaré hier une porte-parole des experts à Vienne, Melissa Fleming, en réponse au secrétaire d'État américain Colin Powell.
Ce dernier avait suggéré lundi que les inspecteurs attendent un nouveau texte du Conseil de sécurité avant de retourner en Irak après quatre ans d'absence. Cette demande avait été formulée après une déclaration du chef des experts de l'ONU, Hans Blix, se disant satisfait de ses discussions à Vienne, conduites par Amer Al-Saadi, un conseiller du président Saddam Hussein.
Assassinat de Hussein
La Maison-Blanche a franchi une nouvelle étape hier dans son offensive contre Saddam Hussein en évoquant ouvertement la possibilité de son assassinat par les Irakiens.
Tout est parti d'une banale question sur le coût d'une éventuelle guerre contre Bagdad, qui pourrait aller, selon l'office du budget du Congrès américain, jusqu'à neuf milliards de dollars par mois.
«Le coût d'un billet simple est beaucoup moins élevé que cela, le coût d'une balle que les Irakiens utiliseraient eux-mêmes est moins élevé que cela. Il y a beaucoup d'options que le peuple irakien utilisera lui-même, espère le président, pour se débarrasser de cette menace», a répondu Ai Fleischer, le porte-parole de la présidence américaine.
Interrogé sur la signification exacte de ses propos, le porte-parole a ajouté: «Saddam Hussein s'est fait beaucoup d'ennemis en Irak et il est impossible pour un dictateur brutal de se maintenir infiniment [au pouvoir] quand il tue et torture ses propres citoyens et fait violer les femmes en public devant les membres de leur famille.» Poussé dans ses retranchements, Ari Fleischer a finalement lâché: «Tout changement de régime [en Irak] est le bienvenu, quelle qu'en soit la forme.»
Il a toutefois immédiatement souligné que la disposition de la loi américaine interdisant à tout représentant du gouvernement ou des forces armées des États-Unis de participer à l'élimination physique d'un dirigeant étranger en temps de paix restait en vigueur.
Cette loi promulguée en 1976, ne s'applique «qu'aux États-Unis et à ses représentants», ont expliqué hier des responsables de l'administration venus apporter des précisions sur les propos d'Ari Fleischer. «Lors d'une guerre, les centres de commandement et de contrôle sont des objectifs légitimes. C'était le cas en 1991 et en 1944», a souligné l'un de ces responsables. Mais les États-Unis n'entraînent pas l'opposition irakienne en vue d'un éventuel assassinat de Saddam Hussein et personne ne le suggère.»
Les États-Unis et la Grande-Bretagne négociaient encore hier avec les autres membres permanents du Conseil de sécurité (France, Chine et Russie) un nouveau texte mais n'ont pas réussi jusqu'à présent à vaincre leurs réticences.
Un Congrès récalcitrant
La Maison-Blanche a également fait le gros dos hier face aux obstacles rencontrés au Congrès où elle essaye depuis une dizaine de jours de faire voter une résolution l'autorisant à utiliser les forces armées américaines si l'Irak n'accepte pas de se désarmer.
Deux sénateurs appartenant au parti républicain du président, Richard Lugar et Chuck Hagel, ont estimé que l'administration présidentielle devait en premier lieu réunir une coalition internationale et épuiser toutes les ressources de la diplomatie avant d'envisager un recours à la force. Certains démocrates veulent également adoucir le projet de résolution de la Maison-Blanche. Ainsi, le leader de la majorité démocrate au Sénat, Tom Dashle, s'est félicité de la contre-proposition du sénateur Lugar, cosigné par le démocrate Joseph Biden, président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, et qui va précisément dans ce sens.
«Les membres des deux partis travaillent pour arriver à un consensus [...] mais je ne veux pas d'une résolution qui me lie les mains, d'une résolution qui serait plus faible que celle que le Congrès a déjà votée en 1998», a affirmé George W. Bush hier, en affirmant toutefois reconnaître que «l'option militaire n'est pas nécessairement le premier choix».
Ottawa: à l'ONU d'agir
Par ailleurs, à Ottawa, lors d'un débat sur l'Irak, hier soir, le ministre canadien des Affaires étrangères, Bill Graham, a déclaré en réponse à une question de la députée bloquiste Francine Lalonde «que la politique de ce gouvernement a toujours été d'agir par le biais des Nations unies.»
Plus tôt dans la journée, dans sa réponse au discours du Trône, le premier ministre Jean Chrétien avait donné quelques coups de gueule à l'endroit des États-Unis, leur unilatéralisme et leurs subventions à l'agriculture.
«Il est dans notre intérêt à tous d'utiliser le pouvoir des institutions internationales dans ce monde complexe. L'action collective [...] est le meilleur moyen de s'occuper des États qui soutiennent le terrorisme ou qui essaient de développer des armes de destruction massive», a déclaré le premier ministre.
L'ONU et l'Irak ont mis au point hier les modalités d'une reprise des inspections de désarmement sans attendre le renforcement du mandat des inspecteurs qu'exige Washington. L'Irak a annoncé qu'il attendait la première équipe d'experts de l'ONU dans les quinze jours mais les États-Unis ont répliqué qu'ils s'opposeraient au retour de ces inspecteurs tant qu'une nouvelle résolution du Conseil de sécurité n'aurait pas durci le régime d'inspections.
Hans Blix, directeur de la Commission de contrôle, de vérification et d'inspection des Nations unies (COCOVINU), a annoncé après deux jours de discussions à Vienne que l'Irak s'était engagé à donner «un accès immédiat, sans condition et sans restriction» à tous les sites. Bagdad a cependant insisté pour maintenir les procédures existantes pour la visite de huit «sites présidentiels», considérés comme symboliques de la souveraineté de l'Irak.
Washington ne veut plus des résolutions qui, depuis la fin de la guerre du Golfe en 1991, ont régi le travail des inspecteurs. Le président George W. Bush a insisté hier pour que le Conseil de sécurité passe une nouvelle résolution «afin que nous ne retombions pas dans les mêmes pièges que ces onze dernières années».
Mais l'ONU a rejeté hier un appel des États-Unis pour reporter le retour des experts en désarmement en Irak. «Nous sommes l'organe technique d'inspection du Conseil de sécurité et nous prendrons nos instructions du Conseil», a déclaré hier une porte-parole des experts à Vienne, Melissa Fleming, en réponse au secrétaire d'État américain Colin Powell.
Ce dernier avait suggéré lundi que les inspecteurs attendent un nouveau texte du Conseil de sécurité avant de retourner en Irak après quatre ans d'absence. Cette demande avait été formulée après une déclaration du chef des experts de l'ONU, Hans Blix, se disant satisfait de ses discussions à Vienne, conduites par Amer Al-Saadi, un conseiller du président Saddam Hussein.
Assassinat de Hussein
La Maison-Blanche a franchi une nouvelle étape hier dans son offensive contre Saddam Hussein en évoquant ouvertement la possibilité de son assassinat par les Irakiens.
Tout est parti d'une banale question sur le coût d'une éventuelle guerre contre Bagdad, qui pourrait aller, selon l'office du budget du Congrès américain, jusqu'à neuf milliards de dollars par mois.
«Le coût d'un billet simple est beaucoup moins élevé que cela, le coût d'une balle que les Irakiens utiliseraient eux-mêmes est moins élevé que cela. Il y a beaucoup d'options que le peuple irakien utilisera lui-même, espère le président, pour se débarrasser de cette menace», a répondu Ai Fleischer, le porte-parole de la présidence américaine.
Interrogé sur la signification exacte de ses propos, le porte-parole a ajouté: «Saddam Hussein s'est fait beaucoup d'ennemis en Irak et il est impossible pour un dictateur brutal de se maintenir infiniment [au pouvoir] quand il tue et torture ses propres citoyens et fait violer les femmes en public devant les membres de leur famille.» Poussé dans ses retranchements, Ari Fleischer a finalement lâché: «Tout changement de régime [en Irak] est le bienvenu, quelle qu'en soit la forme.»
Il a toutefois immédiatement souligné que la disposition de la loi américaine interdisant à tout représentant du gouvernement ou des forces armées des États-Unis de participer à l'élimination physique d'un dirigeant étranger en temps de paix restait en vigueur.
Cette loi promulguée en 1976, ne s'applique «qu'aux États-Unis et à ses représentants», ont expliqué hier des responsables de l'administration venus apporter des précisions sur les propos d'Ari Fleischer. «Lors d'une guerre, les centres de commandement et de contrôle sont des objectifs légitimes. C'était le cas en 1991 et en 1944», a souligné l'un de ces responsables. Mais les États-Unis n'entraînent pas l'opposition irakienne en vue d'un éventuel assassinat de Saddam Hussein et personne ne le suggère.»
Les États-Unis et la Grande-Bretagne négociaient encore hier avec les autres membres permanents du Conseil de sécurité (France, Chine et Russie) un nouveau texte mais n'ont pas réussi jusqu'à présent à vaincre leurs réticences.
Un Congrès récalcitrant
La Maison-Blanche a également fait le gros dos hier face aux obstacles rencontrés au Congrès où elle essaye depuis une dizaine de jours de faire voter une résolution l'autorisant à utiliser les forces armées américaines si l'Irak n'accepte pas de se désarmer.
Deux sénateurs appartenant au parti républicain du président, Richard Lugar et Chuck Hagel, ont estimé que l'administration présidentielle devait en premier lieu réunir une coalition internationale et épuiser toutes les ressources de la diplomatie avant d'envisager un recours à la force. Certains démocrates veulent également adoucir le projet de résolution de la Maison-Blanche. Ainsi, le leader de la majorité démocrate au Sénat, Tom Dashle, s'est félicité de la contre-proposition du sénateur Lugar, cosigné par le démocrate Joseph Biden, président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, et qui va précisément dans ce sens.
«Les membres des deux partis travaillent pour arriver à un consensus [...] mais je ne veux pas d'une résolution qui me lie les mains, d'une résolution qui serait plus faible que celle que le Congrès a déjà votée en 1998», a affirmé George W. Bush hier, en affirmant toutefois reconnaître que «l'option militaire n'est pas nécessairement le premier choix».
Ottawa: à l'ONU d'agir
Par ailleurs, à Ottawa, lors d'un débat sur l'Irak, hier soir, le ministre canadien des Affaires étrangères, Bill Graham, a déclaré en réponse à une question de la députée bloquiste Francine Lalonde «que la politique de ce gouvernement a toujours été d'agir par le biais des Nations unies.»
Plus tôt dans la journée, dans sa réponse au discours du Trône, le premier ministre Jean Chrétien avait donné quelques coups de gueule à l'endroit des États-Unis, leur unilatéralisme et leurs subventions à l'agriculture.
«Il est dans notre intérêt à tous d'utiliser le pouvoir des institutions internationales dans ce monde complexe. L'action collective [...] est le meilleur moyen de s'occuper des États qui soutiennent le terrorisme ou qui essaient de développer des armes de destruction massive», a déclaré le premier ministre.
Haut de la page

