La fuite en avant
Jean-Robert Sansfaçon
7 mars 2006
Entendons-nous: toute grande ville moderne doit avoir son Palais des congrès et des manifestations populaires comme le Festival de jazz pour soutenir son industrie touristique. Cela étant admis, où faut-il s'arrêter?
Selon une analyse faire par Le Devoir des résultats de ce Palais des congrès pour lequel le Québec s'est endetté de 280 millions de dollars (on avait prévu 165 millions au départ) afin d'en doubler la superficie, le nombre de congressistes a chuté par rapport au milieu de la décennie précédente. Or, pour financer les dépenses du Palais, Québec a presque doublé sa subvention qui atteint maintenant 40 millions par année. Le nouveau Palais devait générer des retombées supplémentaires de 55 millions en provenance de l'étranger, ce qui n'est pas le cas, on le devine.
Pour contrer la baisse de fréquentation par des congressistes, vocation première de l'établissement, on a tenté de séduire les organisateurs de salons et de foires commerciales. Mais, ce faisant, le Palais est allé jouer dans les plates-bandes de la Place Bonaventure et du Stade olympique. À lui seul, le Salon de l'auto a transporté 200 000 visiteurs annuels du Stade au Palais, sans retombées économiques pour Montréal. D'ailleurs, un des graves problèmes du Palais des congrès, c'est qu'il attire peu de congressistes et d'expositions de l'étranger. On n'a quand même pas dépensé tout cet argent pour venir en aide à des commerçants qui veulent nous vendre leurs produits!
Parlant du Stade, un comité ministériel réfléchit très fort à sa future «mission» post-baseball. On nous permettra de douter de la capacité de nos élus à trouver des pistes de solutions géniales. Pourtant, Québec verse 20 millions annuellement à la Régie des installations olympiques pour son fonctionnement, 10 millions pour ses dépenses d'immobilisation... et 75 millions pour le remboursement des coûts de construction.
Dans la ville de Québec, les pouvoirs publics financent aussi un centre des congrès à hauteur de 12 millions par année. Ailleurs en province, chaque capitale régionale s'est dotée de son petit centre des congrès, le plus souvent propriété d'une chaîne hôtelière.
Si tant d'argent a été consacré à la construction de centres de congrès depuis dix ans, c'est que les pressions sont fortes de la part des autorités locales et de l'industrie touristique. Or, la valeur du dollar canadien, les mesures de sécurité aux frontières et la construction d'équipements semblables dans toutes les grandes villes nord-américaines rendent la vie impossible aux démarcheurs.
La solution à cette perte de popularité du Palais des congrès de Montréal viendrait-elle d'un nouvel agrandissement, comme le prétendent certains? Ou encore de la construction d'une autre infrastructure comme le centre de foire international proposé par Loto-Québec?
Avant de prendre toute décision exigeant l'injection annuelle de dizaines de millions supplémentaires pendant des décennies, Québec doit faire le bilan des multiples expériences soutenues grâce à l'argent des contribuables. Pour qui l'aurait oublié, les priorités ne manquent pas au Québec.
Selon une analyse faire par Le Devoir des résultats de ce Palais des congrès pour lequel le Québec s'est endetté de 280 millions de dollars (on avait prévu 165 millions au départ) afin d'en doubler la superficie, le nombre de congressistes a chuté par rapport au milieu de la décennie précédente. Or, pour financer les dépenses du Palais, Québec a presque doublé sa subvention qui atteint maintenant 40 millions par année. Le nouveau Palais devait générer des retombées supplémentaires de 55 millions en provenance de l'étranger, ce qui n'est pas le cas, on le devine.
Pour contrer la baisse de fréquentation par des congressistes, vocation première de l'établissement, on a tenté de séduire les organisateurs de salons et de foires commerciales. Mais, ce faisant, le Palais est allé jouer dans les plates-bandes de la Place Bonaventure et du Stade olympique. À lui seul, le Salon de l'auto a transporté 200 000 visiteurs annuels du Stade au Palais, sans retombées économiques pour Montréal. D'ailleurs, un des graves problèmes du Palais des congrès, c'est qu'il attire peu de congressistes et d'expositions de l'étranger. On n'a quand même pas dépensé tout cet argent pour venir en aide à des commerçants qui veulent nous vendre leurs produits!
Parlant du Stade, un comité ministériel réfléchit très fort à sa future «mission» post-baseball. On nous permettra de douter de la capacité de nos élus à trouver des pistes de solutions géniales. Pourtant, Québec verse 20 millions annuellement à la Régie des installations olympiques pour son fonctionnement, 10 millions pour ses dépenses d'immobilisation... et 75 millions pour le remboursement des coûts de construction.
Dans la ville de Québec, les pouvoirs publics financent aussi un centre des congrès à hauteur de 12 millions par année. Ailleurs en province, chaque capitale régionale s'est dotée de son petit centre des congrès, le plus souvent propriété d'une chaîne hôtelière.
Si tant d'argent a été consacré à la construction de centres de congrès depuis dix ans, c'est que les pressions sont fortes de la part des autorités locales et de l'industrie touristique. Or, la valeur du dollar canadien, les mesures de sécurité aux frontières et la construction d'équipements semblables dans toutes les grandes villes nord-américaines rendent la vie impossible aux démarcheurs.
La solution à cette perte de popularité du Palais des congrès de Montréal viendrait-elle d'un nouvel agrandissement, comme le prétendent certains? Ou encore de la construction d'une autre infrastructure comme le centre de foire international proposé par Loto-Québec?
Avant de prendre toute décision exigeant l'injection annuelle de dizaines de millions supplémentaires pendant des décennies, Québec doit faire le bilan des multiples expériences soutenues grâce à l'argent des contribuables. Pour qui l'aurait oublié, les priorités ne manquent pas au Québec.
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