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Nucléaire - L'Iran brandit l'arme du pétrole

N/A ZZZN/A   6 mars 2006 
Téhéran/Vienne — À la veille de l'examen par le Conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'Énergie atomique (AIEA) d'un rapport sur les activités de la République islamique, le ton a monté hier entre l'Iran, qui a brandi la menace pétrolière, et les pays occidentaux qui, par la voix de John Bolton, ont évoqué des «conséquences concrètes et douloureuses» pour l'Iran s'il poursuivait ses activités sensibles.

L'Iran a une nouvelle fois prévenu hier que tout transfert de son dossier devant le Conseil de sécurité de l'ONU l'inciterait à poursuivre ses recherches dans le domaine nucléaire, voire à utiliser l'arme pétrolière contre les Occidentaux.

Les États-Unis envisageraient pour leur part de réclamer au Conseil de sécurité un ultimatum d'un ou deux mois pour contraindre l'Iran à suspendre ses activités d'enrichissement d'uranium, a-t-on appris de source américaine autorisée.

John Bolton, représentant permanent des États-Unis à l'ONU, a même prévenu que l'Iran s'exposait à des «conséquences concrètes et douloureuses» s'il poursuivait ses activités controversées. Il a ajouté que les États-Unis étaient prêts à recourir à «tous les outils à leur disposition» contre l'Iran.

L'hebdomadaire américain Time affirmait par ailleurs hier que les États-Unis devraient présenter cette semaine au Conseil de sécurité des Nations unies des éléments de preuve sur un projet de bombe nucléaire iranienne provenant d'un ordinateur portable volé appartenant à un ingénieur iranien.

Ceux-ci montrent des dessins ressemblant aux premières bombes atomiques américaines. «En raison de la taille, du poids et de la puissance ainsi que de l'altitude fixée pour l'explosion, cela ne peut que se rapporter à une bombe atomique», affirme un diplomate occidental, cité par le Time sous le couvert de l'anonymat.

«Aucun autre type de charge ne fonctionnerait», ajoute-t-il. La présentation de ces documents servira à appuyer les affirmations des États-Unis selon lesquelles le programme nucléaire de Téhéran a des objectifs militaires.

Selon ce diplomate, les documents font partie d'une présentation PowerPoint trouvée sur l'ordinateur, et l'un d'eux montre une sphère métallique creuse de 61 centimètres de diamètre et pesant environ 200 kilos. Un autre dessin montre une enveloppe extérieure recouverte de charges explosives servant à faire détonner le coeur de la bombe, indique le Time. Cette conception est similaire à celle de «Fat Man», la bombe atomique que les Américains avaient lâchée sur la ville japonaise de Nagasaki en 1945.

Un article du New York Times publié le 13 novembre, qui évoquait déjà ce projet iranien sur la base des mêmes renseignements, soulignait que les responsables américains ont refusé de fournir des détails sur la façon dont ils se sont procuré l'ordinateur portable, obtenu à la mi-2004.

Les 35 pays membres du Conseil des gouverneurs doivent examiner à partir d'aujourd'hui le rapport que leur remettra le directeur général de l'AIEA, l'Égyptien Mohamed El-Baradeï, Prix Nobel de la paix 2005.

Ce document devrait constater que l'Iran a passé outre à la précédente résolution du Conseil des gouverneurs, en date du 4 février, réclamant qu'il renonce à ses activités nucléaires sensibles.

Lors de cette réunion du 4 février, le Conseil des gouverneurs avait en outre décidé d'informer le Conseil de sécurité de l'ONU du dossier iranien, seul habilité à prendre des sanctions, pourvu qu'il s'abstienne de toute initiative avant la remise du rapport d'El-Baradeï.

Depuis cette date, l'Iran a soufflé le chaud et le froid. La République islamique a discuté avec la Russie de la proposition de sortie de crise formulée par Moscou. Celle-ci consiste à enrichir l'uranium iranien en territoire russe.

Téhéran a également renoué vendredi un dialogue de dernière minute avec les trois pays mandatés par l'Union européenne (Allemagne, France, Grande-Bretagne), qui avaient suspendu toute négociation après la reprise en janvier par l'Iran de ses activités d'enrichissement d'uranium.

Ni les discussions avec la Russie ni celles avec les Européens n'ont permis d'avancer vers une solution de compromis.

Les États-Unis et l'Union européenne soupçonnent l'Iran de chercher à se doter de l'arme atomique sous le couvert d'un programme énergétique civil, ce que dément Téhéran.

Devant ce blocage, le Conseil de sécurité de l'ONU pourrait se saisir du dossier après l'examen du rapport d'El-Baradeï par le Conseil des gouverneurs de l'AIEA.

«Aller devant le Conseil de sécurité ne fera assurément pas renoncer l'Iran à ses activités de recherche et de développement», a prévenu Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien.

«Si notre dossier est transmis au Conseil de sécurité, nous relancerons des activités [à grande échelle] d'enrichissement d'uranium», a ajouté Larijani, principal négociateur iranien dans le dossier nucléaire.



Le pétrole

Il a en outre déclaré que l'Iran, qui accuse l'AIEA de motivations politiques, pourrait se servir de l'arme pétrolière. «Nous ne souhaitons pas utiliser le pétrole comme une arme [...] mais si les conditions évoluent, cela pourrait modifier notre position», a-t-il menacé.

Les États-Unis, de leur côté, envisageraient de réclamer au Conseil de sécurité une déclaration enjoignant à l'Iran de suspendre ses activités nucléaires. D'après ce projet américain, le Conseil accorderait ensuite à Téhéran «un délai pour réagir — disons de 30 à 60 jours — après quoi le Conseil étudierait les actions» à entreprendre pour accroître la pression sur l'Iran, a déclaré un responsable américain sous le sceau de l'anonymat.

Les projets américains pourraient toutefois se heurter aux réticences de la Russie et de la Chine, deux membres permanents du Conseil de sécurité disposant à ce titre d'un droit de veto.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, doit être reçu aujourd'hui à Washington par la secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice.

La Chine, de son côté, a une nouvelle fois appelé hier à la recherche d'une solution diplomatique et à une relance des négociations. Jacques Chirac a pour sa part invité l'Iran à saisir «la main tendue» des Occidentaux en «revenant à ses engagements de suspension de ses activités sensibles».






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