Libre opinion: Parenteau est-il sur la pente du crime?
Au moins, que ça se sache: à quelques mois d'intervalle, à partir des mêmes critères, le même ombudsman de la Société Radio-Canada (SRC), Renaud Gilbert, défend puis condamne François Parenteau, supputant même au passage l'hypothèse voulant que l'humoriste ait pu inciter à la violence et au crime... Il faut le faire! Les censeurs et les ennemis de la liberté d'expression ne sont pas tous des islamistes!
Dans un premier temps (rapport 2004-05 sur le site Internet de Radio-Canada), l'ombudsman Renaud Gilbert envoie paître un plaignant mécontent de la satire que Parenteau fait du sombre dossier des commandites. Il écrit: «La chronique est un genre qui permet à son auteur l'expression d'une pensée personnelle, et il faut situer les propos de M. Parenteau en contexte, soit celui d'une programmation riche et variée.»
M. Gilbert sort ensuite les violoncelles: «Dans une société démocratique, la liberté de presse et la liberté de création sont des valeurs qui priment sur la qualité ou le bon goût des oeuvres qui en découlent. La loi entérine ce principe.» Et vlan. Le plaignant n'a plus qu'à aller se rhabiller. Bravo!
Changement de cap
Quelques mois plus tard, toutefois, la direction vire capot. Elle estime désormais que Parenteau se fait trop éditorialiste et pamphlétaire et, à la mi-décembre dernier, elle le sacre dehors. Quelques centaines d'auditeurs réagissent aussitôt et réclament que les... trois ou quatre minutes hebdomadaires de Parenteau leur soient rendues, tant à eux qu'à lui, et réclament de l'ombudsman qu'il se penche sur cette décision radicale des patrons. Ce qu'il fait subito presto et à la vitesse grand V.
Un record de célérité, semble-t-il, puisque, dès le 6 février, il rend — discrètement — son verdict: la direction, écrit-il, a raison. Il n'y a ici aucune censure et, de toute manière, la SRC a parfaitement le droit de sacrer Parenteau à la porte. Plainte rejetée.
Tiens donc! Comment donc peut-il avoir lui aussi viré capot si vite? Suivez le guide.
D'abord, toutes voiles dehors, l'ombudsman vogue sur la mer des grands principes, ce dont Radio-Canada dispose opportunément à la pochetée: équilibre, diversité, équité, objectivité, etc.
Il passe ensuite à l'attaque frontale: après tout, écrit l'ombudsman Gilbert, l'antenne n'appartient quand même pas à l'humoriste. Il écrit ceci: «M. Parenteau a pu s'exprimer régulièrement sur les ondes de Radio-Canada pendant huit ans: c'est un privilège dont il a joui et dont bien peu de francophones ont joui. Il faut souhaiter que la direction, dans le respect des critères de diversité et d'équilibre, fasse partager ce privilège au plus grand nombre: citoyens, expert, humoristes.»
Ouf! Petit conseil en passant: si j'étais Jacques Languirand, Francine Grimaldi, Richard Garneau, Bernard Derome ou quelques autres, tous des francophones qui comptent un peu plus de... huit ans au micro, je me tiendrais le grain fin.
On ne rit plus
Ce curieux argument étant formulé, un gros chat méchant sort du sac. Terrifiant. Sournois. Sérieux comme un pape (il n'est pas humoriste, lui), l'ombudsman avance une hypothèse stupéfiante et effrayante: Parenteau se serait peut-être laissé aller, un jour, sur les ondes publiques, à de l'«incitation à la violence», voire à un «encouragement à commettre un acte criminel». Hein?
On se pince pour être bien sûr d'être éveillé et d'avoir bien lu. On relit: c'est bel et bien ce qui est écrit. Il y a ici des odeurs d'al-Qaïda dont Parenteau serait, qui sait, une cellule dormante. Oh la la, on ne rit plus!
Alors? Comment ne pas voir qu'on nage ici en pleine déraison et que cet ombudsman écrit décidément n'importe quoi? Tout pour justifier le plus banal et le plus mesquin des arbitraires et pour cautionner la direction frileuse de la SRC qui, d'un côté, tolère sans mot dire, sur ses ondes télévisées, de grossières insanités mais n'a pas, d'un autre côté, le courage élémentaire, primaire, de supporter trois petites minutes par semaine de satire politique à la radio.
Par ce jugement, l'ombudsman, en suivant religieusement les ornières creusées par la direction de la SRC, discrédite sa fonction. En jouant des sophismes les plus fumeux, il en arrive à justifier la censure au nom de la liberté d'expression dont il faut bien constater que, par les temps qui courent, les sépulcres blanchis sont aux barricades. Y compris sur les ondes de la SRC.
La vérité est toute simple et désolante: Parenteau esquissait une vision du monde qui déplaisait aux bonzes de la SRC et peut-être à d'autres ailleurs. On l'a banni des ondes. Un point, c'est tout, ne cherchons pas plus loin. Et, ce qui est peut-être plus décourageant, aucune colonne du temple n'en a tremblé. «C'est ça qui est ça!» Au suivant!
Dans un premier temps (rapport 2004-05 sur le site Internet de Radio-Canada), l'ombudsman Renaud Gilbert envoie paître un plaignant mécontent de la satire que Parenteau fait du sombre dossier des commandites. Il écrit: «La chronique est un genre qui permet à son auteur l'expression d'une pensée personnelle, et il faut situer les propos de M. Parenteau en contexte, soit celui d'une programmation riche et variée.»
M. Gilbert sort ensuite les violoncelles: «Dans une société démocratique, la liberté de presse et la liberté de création sont des valeurs qui priment sur la qualité ou le bon goût des oeuvres qui en découlent. La loi entérine ce principe.» Et vlan. Le plaignant n'a plus qu'à aller se rhabiller. Bravo!
Changement de cap
Quelques mois plus tard, toutefois, la direction vire capot. Elle estime désormais que Parenteau se fait trop éditorialiste et pamphlétaire et, à la mi-décembre dernier, elle le sacre dehors. Quelques centaines d'auditeurs réagissent aussitôt et réclament que les... trois ou quatre minutes hebdomadaires de Parenteau leur soient rendues, tant à eux qu'à lui, et réclament de l'ombudsman qu'il se penche sur cette décision radicale des patrons. Ce qu'il fait subito presto et à la vitesse grand V.
Un record de célérité, semble-t-il, puisque, dès le 6 février, il rend — discrètement — son verdict: la direction, écrit-il, a raison. Il n'y a ici aucune censure et, de toute manière, la SRC a parfaitement le droit de sacrer Parenteau à la porte. Plainte rejetée.
Tiens donc! Comment donc peut-il avoir lui aussi viré capot si vite? Suivez le guide.
D'abord, toutes voiles dehors, l'ombudsman vogue sur la mer des grands principes, ce dont Radio-Canada dispose opportunément à la pochetée: équilibre, diversité, équité, objectivité, etc.
Il passe ensuite à l'attaque frontale: après tout, écrit l'ombudsman Gilbert, l'antenne n'appartient quand même pas à l'humoriste. Il écrit ceci: «M. Parenteau a pu s'exprimer régulièrement sur les ondes de Radio-Canada pendant huit ans: c'est un privilège dont il a joui et dont bien peu de francophones ont joui. Il faut souhaiter que la direction, dans le respect des critères de diversité et d'équilibre, fasse partager ce privilège au plus grand nombre: citoyens, expert, humoristes.»
Ouf! Petit conseil en passant: si j'étais Jacques Languirand, Francine Grimaldi, Richard Garneau, Bernard Derome ou quelques autres, tous des francophones qui comptent un peu plus de... huit ans au micro, je me tiendrais le grain fin.
On ne rit plus
Ce curieux argument étant formulé, un gros chat méchant sort du sac. Terrifiant. Sournois. Sérieux comme un pape (il n'est pas humoriste, lui), l'ombudsman avance une hypothèse stupéfiante et effrayante: Parenteau se serait peut-être laissé aller, un jour, sur les ondes publiques, à de l'«incitation à la violence», voire à un «encouragement à commettre un acte criminel». Hein?
On se pince pour être bien sûr d'être éveillé et d'avoir bien lu. On relit: c'est bel et bien ce qui est écrit. Il y a ici des odeurs d'al-Qaïda dont Parenteau serait, qui sait, une cellule dormante. Oh la la, on ne rit plus!
Alors? Comment ne pas voir qu'on nage ici en pleine déraison et que cet ombudsman écrit décidément n'importe quoi? Tout pour justifier le plus banal et le plus mesquin des arbitraires et pour cautionner la direction frileuse de la SRC qui, d'un côté, tolère sans mot dire, sur ses ondes télévisées, de grossières insanités mais n'a pas, d'un autre côté, le courage élémentaire, primaire, de supporter trois petites minutes par semaine de satire politique à la radio.
Par ce jugement, l'ombudsman, en suivant religieusement les ornières creusées par la direction de la SRC, discrédite sa fonction. En jouant des sophismes les plus fumeux, il en arrive à justifier la censure au nom de la liberté d'expression dont il faut bien constater que, par les temps qui courent, les sépulcres blanchis sont aux barricades. Y compris sur les ondes de la SRC.
La vérité est toute simple et désolante: Parenteau esquissait une vision du monde qui déplaisait aux bonzes de la SRC et peut-être à d'autres ailleurs. On l'a banni des ondes. Un point, c'est tout, ne cherchons pas plus loin. Et, ce qui est peut-être plus décourageant, aucune colonne du temple n'en a tremblé. «C'est ça qui est ça!» Au suivant!
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