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Observatoire québécois de la mondialisation - Le Québec dans une Amérique qui se mondialise

L'Amérique latine est notre meilleure alliée

André G. Carrier - président du CQAL  2 octobre 2002 
Le Conseil québécois pour l'Amérique latine (CQAL) déposait récemment un mémoire à la commission parlementaire sur la création d'un observatoire québécois de la mondialisation. André G. Carrier, président du CQAL, Louis Beaulieu, directeur général, ainsi que Benoît St-Jean, administrateur et rédacteur du mémoire, font ici part des principales idées et réflexions émises par le CQAL dans ce document. Celles-ci sont le fruit d'une expérience de plus de sept années d'activité du CQAL à titre de l'un des principaux organismes dédiés à la promotion des échanges entre le Québec et l'Amérique latine et les Antilles dans les sphères économique, culturelle, technologique et scientifique. Le CQAL est de plus le seul associé au nord du Rio Grande de l'important réseau Bolívar, issu d'une initiative de la Banque interaméricaine de développement. On peut consulter le mémoire sur le site Internet du CQAL (www.bolivarmontreal.org en cliquant sur la rubrique nouvelles).

À l'heure de la mondialisation et de la création de la ZLEA (Zone de libre-échange des Amériques), ce mémoire fait notamment valoir: 1- la nécessité de remettre à l'ordre du jour le besoin de diversification des exportations québécoises face à une trop grande dépendance envers les États-Unis; 2- l'opportunité économique et stratégique que représente à cet effet l'Amérique latine; 3- les faiblesses et la timidité des entreprises à développer ces marchés; 4- l'intérêt que représente l'Amérique latine en tant que source d'immigration pertinente pour le Québec; enfin: 5- la proximité culturelle des Latino-Américains et des Québécois, qui fait que nous partageons bon nombre de préoccupations et de défis face à l'omniprésence de la culture anglo-saxonne.

Un plus grand rapprochement économique et stratégique avec l'Amérique latine devient d'ailleurs particulièrement indiqué dans l'optique où, comme le soulignait Bernard Landry lors de la dernière Conférence des gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre et des premiers ministres de l'est du Canada, les Amériques devront tôt ou tard, à l'exemple de l'Europe, former une union qui ira plus loin que les seules ententes commerciales que sont l'ALENA et le canevas de base de la ZLEA.

Les exportations québécoises,

une dépendance dangereuse

Avec presque 40 % de son PIB et un quart de ses emplois dépendant des exportations, le Québec a l'une des économies les plus ouvertes du monde. C'est excellent, mais cela comporte aussi des risques. Notre très haut niveau de dépendance envers les États-Unis constituait déjà une préoccupation importante au début des années 90, avec 80 % de nos exportations allant vers ce marché. Dix ans plus tard, cette proportion atteint des niveaux extrêmes jamais vus, soit près de 90 %! Cette réalité s'explique bien sûr par le grand pouvoir d'attraction du marché états-unien, amplifié par l'ALENA. De plus, l'évolution du commerce international en cette ère de «mondialisation» nous indique que c'est de plus en plus avec leurs voisins immédiats que les pays commercent. Le commerce entre voisins nord-américains est passé de 5,3 % du commerce international en 1989 à 6,9 % en l'an 2000 alors que cette portion a crû de 31 % à 42 % pour le commerce entre pays de l'UE. La vraie réalité de la mondialisation est que le monde se divise en trois grands blocs: Europe, Amérique et Asie du Sud-Est.

C'est pourquoi le CQAL recommande que l'Observatoire québécois de la mondialisation prenne des mesures pour qu'on puisse mieux comprendre les enjeux d'un aussi haut niveau de dépendance du PIB et des emplois québécois envers notre voisin du Sud, de même que les risques encourus si le niveau de cette dépendance devait continuer d'augmenter.

La place de nos PME dans cette «mondialisation par régions»?

Une autre constatation préoccupante a trait à cette faiblesse durable des PME québécoises en ce qui concerne l'exportation. En effet, malgré des efforts louables des gouvernements québécois et canadien, de même que différents accords de libre-échange, les résultats sont encore trop modestes. Malgré un certain rattrapage, la proportion de nos PME qui exportent semble encore bien en deçà des pays plus performants. Le plus préoccupant se trouve au chapitre de la part de nos PME dans le total des exportations. Des données comparatives (MICST, 1994) nous indiquent que cette part n'atteint pas les 10 % au Québec alors qu'elle tourne autour des 20 % pour plusieurs petits pays, comme la Grèce et la Finlande, et qu'elle grimpe même à 36 % pour les PME suédoises. Basé sur plusieurs années d'expérience de travail à l'intérieur des entreprises et d'accompagnement de celles-ci, le CQAL est porté à croire que le problème se trouve surtout au chapitre de la persévérance des entreprises dans ces nouveaux marchés.

En Amérique latine, on a plutôt fait du surplace, voire régressé, en matière de diversification de nos exportations. La totalité de notre commerce avec l'Amérique latine est aujourd'hui (MICST, 2001) d'à peine 20 % de nos échanges avec le seul État de New York (avec une balance commerciale à un tiers contre deux tiers en défaveur du Québec).

Devant ces constatations, le CQAL croit qu'il faut revoir l'approche. Il recommande que l'Observatoire de la mondialisation prenne des mesures pour mieux comprendre les enjeux économiques, sociaux et institutionnels de l'ouverture sur l'Amérique latine de l'espace économique dont fait partie le Québec, y compris les menaces potentielles pour nos entreprises dans leurs marchés locaux. De même, le CQAL recommande que soient bien analysées et comprises les principales réticences et difficultés des entreprises québécoises, notamment les PME, qui les empêchent encore d'être plus dynamiques et persévérantes en Amérique latine.

L'Amérique latine, un axe

de diversification à privilégier

Si notre sort économique doit être de plus en plus lié au bloc des Amériques, c'est clairement sur l'Amérique latine que nous devons miser en priorité pour diversifier nos échanges. Les actions de soutien des gouvernements devraient viser de façon nettement prioritaire de nouveaux échanges au sud du Rio Grande. De toute façon, le marché des États-Unis est très clairement celui où les entreprises québécoises ont le moins besoin d'aide et de conseils pour y avoir du succès. Il ne faut pas oublier que l'Amérique latine représente une population jeune (25 ans en moyenne) de 500 millions de personnes, en importante croissance. Son PIB de plus de 3000 milliards de dollars représente 15 fois l'économie du Québec. L'Amérique latine est déjà la zone avec les meilleurs niveaux de vie et d'IDH (indice de l'ONU sur le développement humain) parmi les pays en développement. Certes, des difficultés financières à court terme atténuent actuellement l'intérêt de ce potentiel, et il est vrai que, de prime abord, ce n'est pas aussi simple de faire affaire en Amérique latine qu'aux États-Unis, mais il ne faut pas se laisser aveugler au point d'en perdre de vue ce formidable potentiel pour le Québec.

Un organisme comme l'Observatoire de la mondialisation devrait d'ailleurs jouer un rôle essentiel, de concert avec les autres intervenants déjà actifs dans le développement de ces liens, aux niveaux public et privé (dont le CQAL), pour la démystification et la promotion de l'importance de s'investir de façon plus importante dans le développement de nos liens de toute nature avec l'Amérique latine.

Des complicités à développer

De par leur participation dynamique à tous les types de forums où se discute et se bâtit la mondialisation, les Québécois témoignent d'une nette préférence pour une mondialisation pluraliste où l'on recherche un équilibre des différentes formes de pouvoir présentes dans une société et qui respecte et s'enrichit de l'identité et des spécificités culturelles des autres, où l'on recherche, bref, une mondialisation au service de l'humain, et non l'inverse. En fait foi l'important sondage de l'an passé (Léger Marketing, août 2001) où les Québécois disaient appuyer à 76 % la création de la ZLEA mais où ils avertissaient que celle-ci ne doit pas mettre en péril nos programmes et acquis sociaux (à 95 %), qu'elle doit reconnaître et préserver la diversité culturelle (91 %) et enfin qu'elle doit protéger le respect des compétences constitutionnelles du Québec (85 %).

Cette prudence à ne pas adhérer aveuglément à des conditions imposées par les États-Unis est d'ailleurs un autre aspect important pour lequel nous trouvons de nombreux alliés en Amérique latine. Les chefs d'État d'Amérique du Sud (pays du Mercosur et du pacte Andin) l'ont clairement rappelé à leur récent sommet du mois de juillet dernier.

Comme le soulignait le ministre Boulerice lors de sa récente visite en Argentine, il est maintenant reconnu que l'Amérique latine représente, avec les pays francophones, la source d'immigrants qui s'intègrent le plus naturellement et aisément au Québec et qui y demeurent, même dans les milieux plus traditionnels que sont les régions du Québec. Le CQAL a d'ailleurs recommandé que le suivi des mouvements migratoires soit ajouté dans la définition des objectifs de l'Observatoire québécois de la mondialisation, avec un accent sur l'Amérique latine comme région-source potentielle.

Ce sont toutes ces raisons qui font que le CQAL croit que le moment est venu, pour la société québécoise comme pour nos gouvernements et entreprises, de mettre l'Amérique latine en haute priorité dans nos préoccupations et nos actions, en profitant de nos avantages distinctifs. Que ce soit sur le plan économique, culturel, social ou démographique, plusieurs acteurs latino-américains peuvent devenir nos meilleurs alliés pour que le processus en cours de construction des Amériques se fasse d'une manière équilibrée, respectueuse des peuples et de leur diversité culturelle, des individus et de leur environnement.

Mais il y a, dans les deux sens, un meilleur effort de compréhension à faire pour mieux se connaître et combattre certains préjugés qui ont la vie dure. C'est pourquoi, de façon générale, le CQAL souhaite que l'Observatoire de la mondialisation ait un rôle non seulement d'observateur mais aussi de catalyseur de l'éveil des gens d'affaires, et de la population en général, à la réalité objective et à la richesse (économique, culturelle, sociale, biodiversité, etc.) des différentes régions d'Amérique latine.
 
 
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