dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 17h44
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Le virage de Guy Laforest

2 octobre 2002 
Au référendum de 1995, Guy Laforest était l'un des intellectuels les plus engagés dans le camp souverainiste. On l'a vu souvent donner la réplique à Stéphane Dion à la télévision. Philosophe, il a habilement dressé le constat de faillite du régime fédéral canadien.

Depuis sa participation au Groupe Réflexion Québec, fondé par Jean Allaire, en 1993, il n'est jamais resté bien loin de l'ADQ, à laquelle il a adhéré en février 2000 comme responsable de la rédaction du programme. Il en est devenu la caution intellectuelle. En fin de semaine, il est candidat à la présidence du parti. Il veut porter les couleurs adéquistes dans Louis-Hébert et se voit déjà ministre.

Je considère Guy Laforest comme un ami. Il a contribué à former ma propre pensée politique. Son appui inconditionnel à ce parti me déconcerte un peu. Je lui ai téléphoné pour en parler. Le studieux professeur a soigneusement théorisé ses motivations. Il y en a deux, principalement: l'appétit pour un nouveau modèle de gouverne post-Révolution tranquille et l'impasse stratégique du souverainisme péquiste.

Seule l'ADQ, prétend-il, peut à la fois prendre ses distances du modèle de gouverne hérité des années 1960 et restaurer «l'ambition éthique et humaniste de la Révolution tranquille». Sur ce sujet, il me semble que l'analyse de mon ami Laforest est déficiente. Il interprète peut-être correctement l'humeur de la population. Mais il ne prend pas en compte les changements qui se sont produits au sein même des institutions depuis trente ans, les progrès réels des Québécois, les effets des politiques récentes encore difficilement mesurables. Laforest, de toute façon, n'a pas fait sa marque là-dessus. Sa vraie spécialité, c'est la question nationale.

À ce sujet, le professeur est un souverainiste déçu. Laforest constate, et là-dessus je dois lui donner raison, que, depuis 1995, le Parti québécois et le gouvernement qui en est issu ont été incapables de tirer des leçons du référendum et de proposer une nouvelle base à partir de laquelle aborder ce projet. «Il est improbable que la souveraineté se fasse de mon vivant», dit l'homme âgé d'à peine 47 ans.

Il reste qu'au lendemain du référendum, le 2 novembre 1995, Laforest affirme dans Le Devoir que «les résultats du référendum sont globalement positifs pour le Québec». Il évoque «la remarquable poussée du vote souverainiste». «L'existence et la force du peuple québécois me paraissent plus indiscutables qu'il y a deux mois.» Il ajoute que les intellectuels comme lui «n'oublieront pas leur projet».

Aujourd'hui, Laforest déclare au contraire que le Québec est «plus faible qu'avant le référendum». Mais il est incapable de le démontrer et surtout de démontrer que la cause de cet affaiblissement, s'il existe, tient dans la défaite référendaire.

Si le Québec s'est affaibli, n'est-ce pas, comme lui-même l'avait en quelque sorte prédit entre 1991 et 1995, l'effet sur le long terme du «régime injuste de tutelle impériale» qu'est devenu le régime fédéral canadien? Mario Dumont aussi dénonce le déséquilibre fiscal.

Dans son mémoire à la Commission sur l'avenir politique et constitutionnel du Québec (la commission Bélanger-Campeau), Laforest insistait sur l'importance pour le Québec d'être reconnu comme une société distincte en Amérique, de disposer des pouvoirs nécessaires à son épanouissement. Mais il concluait, après en avoir fait la démonstration, que cette reconnaissance ne pourrait plus survenir au sein du Canada tel que redéfini par la Constitution de 1982.

Cette constitution, et la Charte des droits qu'elle contient, «ont imposé une logique aux institutions» et «une nouvelle culture politique au Canada anglais». Or cette constitution est comme une «forteresse médiévale», imprenable. Espérer la modifier est «impossible». D'ailleurs, disait-il, la conclusion de l'Accord du lac Meech, en 1987, «tenait du miracle». Puis, pour ajouter au reste: «L'écoulement du temps n'améliorera pas les choses.» Démonstration impeccable. La situation est la même aujourd'hui, à laquelle le professeur semble se résigner, lui qui évoquait jadis la persévérance comme une valeur fondamentale.

Ce régime «injuste de tutelle impériale», le Québec en sera «un participant sérieux et engagé, un solide partenaire» sous la férule adéquiste. Mario Dumont l'a dit à Toronto. Sur la question constitutionnelle, l'ADQ «tourne la page».

Pourtant, aux yeux du philosophe Laforest, cette reconnaissance de l'identité politique avait une importance bien plus que symbolique. Dans son recueil de textes politiques De l'urgence (Boréal), publié en 1995, il écrit: «[...] si le Québec participe à la crise morale et spirituelle qui secoue l'Occident, je crois que celle-ci y prend un sens particulier dans le contexte de notre indétermination et de notre irrésolution politiques.» Durant la campagne référendaire, il ajouta que, selon lui, le régime fédéral actuel «coupe le Québec en deux. [...] Il empêche les nouveaux Canadiens, à Montréal, de développer un fort sentiment d'appartenance au Québec. En privant le Québec du contrôle de Montréal, concluait-il, MM. Johnson et Chrétien nous offrent la déperdition graduelle». En acceptant à son tour le statu quo, en quoi Guy Laforest offre-t-il de meilleures raisons d'espérer?

vennem@fides.qc.ca

Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec, chez Fides.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Articles
Chroniques
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012