Charest congédie Mulcair
Béchard le remplace à l'Environnement
Robert Dutrisac
, Antoine Robitaille
28 février 2006
Québec — Le premier ministre Jean Charest a procédé, hier, à des «ajustements» à son Conseil des ministres pour y faire entrer la nouvelle recrue Raymond Bachand. Mais ce mini-remaniement a causé un dommage collatéral imprévu: le départ fracassant de Thomas Mulcair du cabinet.
Raymond Bachand devient ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, une nomination sans surprise compte tenu du profil du député d'Outremont qui fut conseiller chez SECOR et président-directeur général du Fonds de solidarité des travailleurs du Québec.
Claude Béchard, qui cède sa charge à M. Bachand, est nommé ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, prenant la place de M. Mulcair.
Au député de Chomedey, le premier ministre a offert le poste de ministre des Services gouvernementaux. M. Charest était insatisfait du titulaire, Pierre Reid, qui n'a pas réussi à développer rapidement Services Québec, a-t-on indiqué. «M. Mulcair me semblait avoir la fougue et l'énergie nécessaires pour faire avancer Services Québec qui, il faut le dire, est l'une des figures de proue de la modernisation de l'État», a dit M. Charest.
Or M. Mulcair, qui devait aussi rester au Comité des priorités, a refusé net ce poste de ministre hier, considérant cette nomination comme une rétrogradation. Au moment de mettre sous presse, M. Mulcair ne s'était pas adressé à la presse; on ne savait pas quelles étaient les intentions du député de Chomedey à l'égard de son avenir politique. M. Mulcair a été élu pour la première fois en 1994. «Il n'y a pas de petit job au Conseil des ministres», a souligné M. Charest. «Il n'y a pas de fatalité en politique» non plus, a-t-il poursuivi en se citant en exemple. M. Charest a relaté sa démission du cabinet Mulroney en raison d'une erreur (il avait parlé à un juge qui devait rendre jugement), de son retour dans le cabinet Mulroney, de la campagne au leadership du Parti progressiste-conservateur où il est passé à quelques centaines de voix de devenir premier ministre, puis de sa situation de chef de parti «d'un caucus de deux».
C'est le ministre délégué au Gouvernement en ligne, Henri-François Gautrin, qui devient ministre des Services gouvernementaux. Quant à Pierre Reid, il reste député d'Orford, a dit M. Charest.
De M. Mulcair, l'entourage de M. Charest a dit hier qu'il manquait d'esprit d'équipe. Ses prises de bec avec le ministre fédéral de l'Environnement, Stéphane Dion, n'auraient pas justifié sa mutation.
En revanche, son successeur Claude Béchard est vu par le premier ministre comme «un rassembleur» qui «saura associer à sa démarche ses collègues du cabinet, les différents organismes gouvernementaux et les différents acteurs de notre économie qui doivent tous s'impliquer dans l'avènement de ce Québec que nous voulons plus respectueux de notre patrimoine naturel».
En passant du Développement économique au Développement durable et à l'Environnement, M. Béchard demeure un poids lourd du gouvernement, conservant son poste de président du Comité ministériel de la prospérité économique et du développement durable en plus, bien sûr, de siéger au Comité des priorités.
De son côté, Raymond Bachand, cet ancien souverainiste qui fut chef de cabinet de Pierre Marc Johnson, devient, lui, un poids lourd du gouvernement. Il siégera au Comité des priorités tout comme au Comité ministériel de la prospérité et du développement durable. Isabelle Perras, conseillère aux communications du premier ministre, sera chef de cabinet du nouveau ministre.
Raymond Bachand n'aura pas comme mandat de revoir la politique économique du gouvernement que son prédécesseur vient tout juste de dévoiler. Mais le nouveau ministre aura à gérer plusieurs dossiers épineux, notamment dans les régions ressources qui sont aux prises avec des difficultés économiques majeures. M. Bachand n'a pas voulu donner ses priorités. Jean Charest a souligné que le Québec traversait «une période économique changeante. La forte appréciation du dollar canadien, l'augmentation du prix des carburants, la concurrence internationale toujours plus vive posent des défis nouveaux».
Le premier ministre a procédé en outre à des changements de détail dans son cabinet. Le député de Frontenac et ministre du Travail, Laurent Lessard, est nommé ministre de la région Chaudière-Appalaches, une responsabilité qu'assumait la ministre de la Famille, Carole Théberge. Le député de Richmond et ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, Yvon Vallières, prend la place de M. Lessard à titre de ministre responsable de la région du Centre-du-Québec. Jacques Dupuis est nommé ministre responsable des régions des Laurentides et de Lanaudière. Le ministre de la Justice, Yvon Marcoux, est nommé pour sa part président du Comité de législation.
L'AQCPE se montre prudente
Bien qu'elle perde le titre de ministre responsable de la région de la Chaudière-Appalaches, Carole Théberge reste au cabinet comme ministre de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine. D'aucuns croyaient que Mme Théberge, qui avait montré peu d'habileté à gérer la crise soulevée par sa réforme des Centres de la petite enfance (CPE), quitterait le cabinet à l'occasion de ce remaniement. Le principal regroupement des CPE, l'Association québécoise des CPE (AQCPE), qui répète depuis deux mois que le «lien de confiance» entre elle et la ministre a été rompu, se montrait plutôt diplomate, hier. «C'est clairement un défi lancé à notre organisation», a déclaré le directeur général de l'AQCPE, Jean Robitaille, d'autant plus que Mme Théberge s'apprête à faire une annonce importante concernant le nombre de bureaux coordonnateurs qui seront créés d'ici au mois de juin, dans le cadre de la réorganisation du réseau des CPE. Selon M. Robitaille, pour rétablir les ponts avec son organisme qui représente la grande majorité des CPE, la ministre devrait «accepter la proposition de compromis présentée la semaine dernière». L'AQCPE réclamait alors la création de quelque 230 bureaux coordonnateurs. Mais, selon nos sources, la ministre s'apprête à en annoncer tout au plus 175. Ce qui annonce sans doute des frictions futures entre la ministre et l'organisme.
Les chambres de commerce applaudissent
La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) a salué les nominations de M. Bachand et de M. Béchard, hier, par communiqué. «Le milieu des affaires ne peut que se réjouir du fait que deux ministères clés du gouvernement soient sous la gouverne d'hommes favorisant la consultation et le dialogue», a déclaré la présidente de la FCCQ, Françoise Bertrand. La Chambre de commerce du Montréal métropolitain voit pour sa part en Raymond Bachand un homme qui sera à même de favoriser «l'essor de la locomotive économique du Québec».
Raymond Bachand devient ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, une nomination sans surprise compte tenu du profil du député d'Outremont qui fut conseiller chez SECOR et président-directeur général du Fonds de solidarité des travailleurs du Québec.
Claude Béchard, qui cède sa charge à M. Bachand, est nommé ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, prenant la place de M. Mulcair.
Au député de Chomedey, le premier ministre a offert le poste de ministre des Services gouvernementaux. M. Charest était insatisfait du titulaire, Pierre Reid, qui n'a pas réussi à développer rapidement Services Québec, a-t-on indiqué. «M. Mulcair me semblait avoir la fougue et l'énergie nécessaires pour faire avancer Services Québec qui, il faut le dire, est l'une des figures de proue de la modernisation de l'État», a dit M. Charest.
Or M. Mulcair, qui devait aussi rester au Comité des priorités, a refusé net ce poste de ministre hier, considérant cette nomination comme une rétrogradation. Au moment de mettre sous presse, M. Mulcair ne s'était pas adressé à la presse; on ne savait pas quelles étaient les intentions du député de Chomedey à l'égard de son avenir politique. M. Mulcair a été élu pour la première fois en 1994. «Il n'y a pas de petit job au Conseil des ministres», a souligné M. Charest. «Il n'y a pas de fatalité en politique» non plus, a-t-il poursuivi en se citant en exemple. M. Charest a relaté sa démission du cabinet Mulroney en raison d'une erreur (il avait parlé à un juge qui devait rendre jugement), de son retour dans le cabinet Mulroney, de la campagne au leadership du Parti progressiste-conservateur où il est passé à quelques centaines de voix de devenir premier ministre, puis de sa situation de chef de parti «d'un caucus de deux».
C'est le ministre délégué au Gouvernement en ligne, Henri-François Gautrin, qui devient ministre des Services gouvernementaux. Quant à Pierre Reid, il reste député d'Orford, a dit M. Charest.
De M. Mulcair, l'entourage de M. Charest a dit hier qu'il manquait d'esprit d'équipe. Ses prises de bec avec le ministre fédéral de l'Environnement, Stéphane Dion, n'auraient pas justifié sa mutation.
En revanche, son successeur Claude Béchard est vu par le premier ministre comme «un rassembleur» qui «saura associer à sa démarche ses collègues du cabinet, les différents organismes gouvernementaux et les différents acteurs de notre économie qui doivent tous s'impliquer dans l'avènement de ce Québec que nous voulons plus respectueux de notre patrimoine naturel».
En passant du Développement économique au Développement durable et à l'Environnement, M. Béchard demeure un poids lourd du gouvernement, conservant son poste de président du Comité ministériel de la prospérité économique et du développement durable en plus, bien sûr, de siéger au Comité des priorités.
De son côté, Raymond Bachand, cet ancien souverainiste qui fut chef de cabinet de Pierre Marc Johnson, devient, lui, un poids lourd du gouvernement. Il siégera au Comité des priorités tout comme au Comité ministériel de la prospérité et du développement durable. Isabelle Perras, conseillère aux communications du premier ministre, sera chef de cabinet du nouveau ministre.
Raymond Bachand n'aura pas comme mandat de revoir la politique économique du gouvernement que son prédécesseur vient tout juste de dévoiler. Mais le nouveau ministre aura à gérer plusieurs dossiers épineux, notamment dans les régions ressources qui sont aux prises avec des difficultés économiques majeures. M. Bachand n'a pas voulu donner ses priorités. Jean Charest a souligné que le Québec traversait «une période économique changeante. La forte appréciation du dollar canadien, l'augmentation du prix des carburants, la concurrence internationale toujours plus vive posent des défis nouveaux».
Le premier ministre a procédé en outre à des changements de détail dans son cabinet. Le député de Frontenac et ministre du Travail, Laurent Lessard, est nommé ministre de la région Chaudière-Appalaches, une responsabilité qu'assumait la ministre de la Famille, Carole Théberge. Le député de Richmond et ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, Yvon Vallières, prend la place de M. Lessard à titre de ministre responsable de la région du Centre-du-Québec. Jacques Dupuis est nommé ministre responsable des régions des Laurentides et de Lanaudière. Le ministre de la Justice, Yvon Marcoux, est nommé pour sa part président du Comité de législation.
L'AQCPE se montre prudente
Bien qu'elle perde le titre de ministre responsable de la région de la Chaudière-Appalaches, Carole Théberge reste au cabinet comme ministre de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine. D'aucuns croyaient que Mme Théberge, qui avait montré peu d'habileté à gérer la crise soulevée par sa réforme des Centres de la petite enfance (CPE), quitterait le cabinet à l'occasion de ce remaniement. Le principal regroupement des CPE, l'Association québécoise des CPE (AQCPE), qui répète depuis deux mois que le «lien de confiance» entre elle et la ministre a été rompu, se montrait plutôt diplomate, hier. «C'est clairement un défi lancé à notre organisation», a déclaré le directeur général de l'AQCPE, Jean Robitaille, d'autant plus que Mme Théberge s'apprête à faire une annonce importante concernant le nombre de bureaux coordonnateurs qui seront créés d'ici au mois de juin, dans le cadre de la réorganisation du réseau des CPE. Selon M. Robitaille, pour rétablir les ponts avec son organisme qui représente la grande majorité des CPE, la ministre devrait «accepter la proposition de compromis présentée la semaine dernière». L'AQCPE réclamait alors la création de quelque 230 bureaux coordonnateurs. Mais, selon nos sources, la ministre s'apprête à en annoncer tout au plus 175. Ce qui annonce sans doute des frictions futures entre la ministre et l'organisme.
Les chambres de commerce applaudissent
La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) a salué les nominations de M. Bachand et de M. Béchard, hier, par communiqué. «Le milieu des affaires ne peut que se réjouir du fait que deux ministères clés du gouvernement soient sous la gouverne d'hommes favorisant la consultation et le dialogue», a déclaré la présidente de la FCCQ, Françoise Bertrand. La Chambre de commerce du Montréal métropolitain voit pour sa part en Raymond Bachand un homme qui sera à même de favoriser «l'essor de la locomotive économique du Québec».
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