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Libre opinion: À propos du «Parc Belmont» de Mirabel

Claude Libersan - pres  28 février 2006 
Je me souviens d'être allé à San Diego dans les années 70 et d'avoir trouvé tellement ridicule que son aéroport soit enclavé dans une zone d'habitation à forte densité. Ses citoyens devaient déjà se rendre à Los Angeles par des routes encombrées pour accéder à des vols internationaux et la situation ne s'est qu'aggravée depuis.

Saint-Jean-sur-Richelieu

À cette époque, Dorval jouissait encore d'une quasi-ouverture côté ouest et le gigantisme de Mirabel nous promettait un essor économique sans limite ainsi qu'une solution miracle à la pollution par le bruit et par les centaines de tonnes de monoxyde de carbone déversées sur Montréal, de Pointe-Aux-Trembles à Baie-d'Urfé dans un corridor aérien conçu pour l'aviation civile des années 50.

Certes, nous avions, en tant que Québécois, de bonnes raisons de ne pas pardonner à l'équipe Trudeau de nous imposer un aéroport destiné à servir géographiquement à la fois Montréal et Ottawa, tout en engloutissant nos meilleures terres agricoles. Peut-être par vengeance collective, nous avons fait en sorte que Mirabel ne connaisse jamais l'essor que les visionnaires fédéraux avaient imaginé. Le Québec a ainsi retourné à Trudeau la gifle et le bras d'honneur qu'il lui avait envoyés, bravo pour les esprits vengeurs.

Mais, ce faisant, nous avons collectivement détourné la suprématie aéroportuaire de Dorval vers Toronto, plutôt que de conserver et de fortifier nos avantages, quitte à les partager avec Ottawa. Cela, en plus de nous priver d'un axe routier (les autoroutes 13 et 50) et de voies ferroviaires qui auraient admirablement servi, s'ils avaient été faits il y a 30 ans, les intérêts de l'extrême ouest du Québec, à partir de la Montérégie jusqu'à la région de Hull-Gatineau. C'est ce qui s'appelle se tirer dans le pied, pas à peu près.

Mais non contents de l'avoir fait une fois, nous sommes sur le point de nous tirer dans l'autre pied de manière royale, en transformant les installations de Mirabel en parc d'attractions pour ti-culs en mal de ludisme débile... et tout le monde semble vouloir applaudir en criant «Merci, chers sauveurs».

Les atouts de Mirabel

Que l'aérogare ait été un éléphant blanc, avec ses transbordeurs et autres hérésies futuristes, tout le monde en convient. Cependant, un aéroport international, c'est bien plus qu'une aérogare. C'est d'abord et avant tout beaucoup d'espace terrestre, de multiples pistes d'atterrissage les plus longues possible ainsi qu'un corridor aérien très dégagé et le plus éloigné possible des agglomérations urbaines. Ce que Mirabel possède en abondance, pour le moment, et Trudeau (Dorval) n'a absolument plus.

Le reste, ce sont des aménagements techniques (aérogare comprise) qu'on peut construire et reconstruire à volonté si l'espace ne manque pas, sans oublier des voies d'accès multiples et de bonne qualité aux agglomérations urbaines, ce que Mirabel a failli avoir, mais n'a pas encore. Notons sur ce point que l'accès routier unique à Trudeau devient de plus en plus cauchemardesque, plongeant inexorablement l'aéroport dans une désuétude navrante et horriblement coûteuse pour l'ensemble de l'économie québécoise.

Nonobstant les statistiques mirobolantes d'Aéroports de Montréal (ADM), une simple comparaison en chiffres absolus depuis 30 ans nous force à constater que le trafic aérien montréalais s'est déplacé vers Toronto avec tous les avantages économiques qui en découlent. Mais nous ne devrions pas désespérer pour autant, un retour du balancier étant encore possible, à condition de ne pas nous tirer encore une fois dans le pied.

L'avenir au gigantisme

N'en déplaise aux administrateurs d'ADM, la mondialisation progressive du commerce a introduit le gigantisme dans le transport maritime et le transport aérien suivra nécessairement, à plus ou moins brève échéance. L'avenir de l'aviation civile internationale passera d'ici peu par le gigantisme aérien, Airbus et Boeing en tête.

Technologies aérospatiales et prix du pétrole aidant, il en coûtera beaucoup moins cher en retombées de carbone et en dollars absolus de faire décoller un géant de 1200 passagers ou plus, ou un cargo équivalent, que cinq à dix transporteurs plus petits. Dans ces conditions, même les aéroports de Toronto pourraient perdre de leur attrait, en raison principalement de la densité de population qui les entourent et des objections environnementales que suscitera sûrement parmi les citoyens le trafic à forte densité des aéronefs géants.

Mais où trouve-t-on dans l'Est du Canada le seul aéroport qui puisse encore adéquatement s'accommoder du gigantisme aérien de l'avenir? Eh oui, à Mirabel. Et que sommes-nous en train de faire allègrement dans un élan de pseudo-développement économique à courte vue? Nous réduisons ses espaces, nous trafiquons ses infrastructures, nous comprimons graduellement ses corridors et nous l'enveloppons dans un cocon de tissu banlieusard qui l'étouffera un jour comme ce fut le cas pour Dorval.

Depuis plus de 30 ans, Mirabel symbolise pour l'ensemble des Québécois la honte de la défaite devant une certaine forme de dictature fédéraliste ainsi que la résistance obstinée à nous faire dicter où et comment nous devrions implanter nos infrastructures économiques.

Mais ce qui était le symbole de la honte pourrait fort bien se retourner à notre avantage, si nous décidons d'y voir les trésors qu'il recèle plutôt que les symboles mythiques que nous y avons greffés. Et, bien sûr, si nous avons la sagesse de le développer plutôt que le détruire.

Patience, Québec, ton essor économique est plus proche que tu ne le crois, à condition que tu ne détruises pas tes armes.
 
 
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