Services de garde: retour sur les faits
Gilles Pronovost - Professeur associé à l'Université du Québec à Trois-Rivières et directeur général du Conseil de développement de la recherche sur la famille du Québec
28 février 2006
Une étude récente de l'Institut C. D. Howe mettait en cause les centres de la petite enfance (CPE), y voyant notamment un facteur de la montée de l'agressivité chez les enfants. Maintenant que la cendre des manchettes alarmistes de la plupart des médias québécois s'est quelque peu dissipée (à l'exception du reportage plus complet et mieux nuancé du journal Le Devoir), on peut en profiter pour faire le point sur les faits et tendances.
Cette étude a eu au moins le mérite de rappeler la sensibilité sur cette question dans la population québécoise, signe de l'importance qui lui est accordée. Mais elle a malheureusement esquivé des enjeux beaucoup plus décisifs.
En effet, l'une des fonctions de la mise en place d'un réseau de services de garde est notamment d'assurer la socialisation et l'éducation des jeunes enfants dans les meilleures conditions possibles. Jumelés à des congés parentaux plus généreux, les services de garde permettent aux femmes qui exercent une activité professionnelle d'avoir des enfants sans être pénalisées pour autant. Il s'agit d'un pas essentiel dans l'accès des femmes au marché du travail.
Une étude récente de l'OCDE (Bébés et employeurs. Comment concilier travail et famille. vol. 4, Canada, Finlande, Suède, Royaume-Uni, Paris, 2005) rappelait que, dans la plupart des pays, les femmes sont encore largement pénalisées lorsqu'elles deviennent mères. Une politique d'incitation au retrait prolongé n'a pour effet que de rendre encore plus difficile la réinsertion professionnelle des femmes. Les congés parentaux sont utiles pour les mères, à condition qu'ils ne soient pas trop longs.
De plus, toutes les études sur l'emploi du temps permettent de conclure que la participation des femmes sur le marché du travail a pour conséquence un certain partage du temps familial et parental avec les hommes. De là à y voir poindre une égalité sans faille, il faudra attendre encore quelques générations! Mais les données sont claires: le temps que les pères consacrent à leurs enfants est en croissance, les jeunes pères du Québec faisant à ce chapitre figure de précurseurs, en comparaisons des données disponibles au Canada et aux États-Unis.
Un impact sur la fécondité
Sur un autre point, l'étude de l'OCDE indique très clairement que la relation entre la fécondité et le travail des femmes s'est récemment inversée. Maintenant, ce sont les pays à taux d'emploi féminin le plus élevé qui ont les plus hauts taux de fécondité... s'ils sont accompagnés de mesures appropriées. Les pays retardataires les plus conservateurs en cette matière ont les plus faibles taux de fécondité.
On s'est inquiété du fait que les enfants passent trop de temps dans les garderies et qu'en conséquence les parents s'en occuperaient moins, les rendant plus agressifs. C'est l'inverse qui est le plus plausible. Encore ici, les données sur l'emploi du temps (y compris une enquête américaine toute récente) indiquent que bien que les couples aient moins d'enfants, ils leur consacrent maintenant plus de temps qu'il y a une décennie ou deux.
De plus, les familles plus favorisées ou plus scolarisées en rajoutent! Cours de toutes sortes (sportifs ou culturels), inscriptions dans les clubs, camps d'été, camps de jour, etc. Comme elles en ont les moyens, elles confient à des services spécialisés certaines tâches éducatives.
La qualité
En réalité, deux variables sont fondamentales: le milieu familial et la qualité des services de garde. Ce sont les milieux moins favorisés, dont le taux d'activité féminine est plus faible, qui font moins appel aux services de garde... et qui consacrent le moins de temps à leurs enfants. Une politique volontariste, qui consisterait par exemple à subventionner les familles pour la garde des enfants, plutôt qu'à soutenir des services publics (c'est le projet du gouvernement Harper), ne ferait qu'aggraver les inégalités déjà en voie de se creuser.
L'étude récente sur la qualité des services de garde au Québec (Christia Japel, Richard E. Tremblay et Sylvana Côté, La qualité ça compte ! Résultats de l'Étude longitudinale du développement des enfants au Québec concernant la qualité des services de garde, Montréal, Institut de recherche sur les politiques publiques, oct. 2005) indique clairement que ceux-ci sont davantage fréquentés par les familles plus favorisées. Plus encore, la même étude conclut que les indices de qualité présentent un écart significatif associé au statut socioéconomique des familles.
Dans le cas des familles moins favorisées, tout indique qu'une allocation directe aurait pour conséquence de conforter le retrait des femmes du marché du travail, déjà plus sujettes au chômage ou à des emplois moins bien rémunérés, mais de soutenir la garde payante à domicile chez certaines familles aisées.
Tout n'est pas rose au pays des CPE: fort stress temporel des femmes sur le marché du travail et ayant des enfants en bas âge, maintien des inégalités hommes-femmes en matière de tâches domestiques, une certaine déresponsabilisation des parents devant l'emprise des garderies et de l'école, insouciance flagrante de nombreux employeurs. Mais qui oserait encore soutenir que le retrait des femmes du marché du travail est la solution à ces maux?
Cette étude a eu au moins le mérite de rappeler la sensibilité sur cette question dans la population québécoise, signe de l'importance qui lui est accordée. Mais elle a malheureusement esquivé des enjeux beaucoup plus décisifs.
En effet, l'une des fonctions de la mise en place d'un réseau de services de garde est notamment d'assurer la socialisation et l'éducation des jeunes enfants dans les meilleures conditions possibles. Jumelés à des congés parentaux plus généreux, les services de garde permettent aux femmes qui exercent une activité professionnelle d'avoir des enfants sans être pénalisées pour autant. Il s'agit d'un pas essentiel dans l'accès des femmes au marché du travail.
Une étude récente de l'OCDE (Bébés et employeurs. Comment concilier travail et famille. vol. 4, Canada, Finlande, Suède, Royaume-Uni, Paris, 2005) rappelait que, dans la plupart des pays, les femmes sont encore largement pénalisées lorsqu'elles deviennent mères. Une politique d'incitation au retrait prolongé n'a pour effet que de rendre encore plus difficile la réinsertion professionnelle des femmes. Les congés parentaux sont utiles pour les mères, à condition qu'ils ne soient pas trop longs.
De plus, toutes les études sur l'emploi du temps permettent de conclure que la participation des femmes sur le marché du travail a pour conséquence un certain partage du temps familial et parental avec les hommes. De là à y voir poindre une égalité sans faille, il faudra attendre encore quelques générations! Mais les données sont claires: le temps que les pères consacrent à leurs enfants est en croissance, les jeunes pères du Québec faisant à ce chapitre figure de précurseurs, en comparaisons des données disponibles au Canada et aux États-Unis.
Un impact sur la fécondité
Sur un autre point, l'étude de l'OCDE indique très clairement que la relation entre la fécondité et le travail des femmes s'est récemment inversée. Maintenant, ce sont les pays à taux d'emploi féminin le plus élevé qui ont les plus hauts taux de fécondité... s'ils sont accompagnés de mesures appropriées. Les pays retardataires les plus conservateurs en cette matière ont les plus faibles taux de fécondité.
On s'est inquiété du fait que les enfants passent trop de temps dans les garderies et qu'en conséquence les parents s'en occuperaient moins, les rendant plus agressifs. C'est l'inverse qui est le plus plausible. Encore ici, les données sur l'emploi du temps (y compris une enquête américaine toute récente) indiquent que bien que les couples aient moins d'enfants, ils leur consacrent maintenant plus de temps qu'il y a une décennie ou deux.
De plus, les familles plus favorisées ou plus scolarisées en rajoutent! Cours de toutes sortes (sportifs ou culturels), inscriptions dans les clubs, camps d'été, camps de jour, etc. Comme elles en ont les moyens, elles confient à des services spécialisés certaines tâches éducatives.
La qualité
En réalité, deux variables sont fondamentales: le milieu familial et la qualité des services de garde. Ce sont les milieux moins favorisés, dont le taux d'activité féminine est plus faible, qui font moins appel aux services de garde... et qui consacrent le moins de temps à leurs enfants. Une politique volontariste, qui consisterait par exemple à subventionner les familles pour la garde des enfants, plutôt qu'à soutenir des services publics (c'est le projet du gouvernement Harper), ne ferait qu'aggraver les inégalités déjà en voie de se creuser.
L'étude récente sur la qualité des services de garde au Québec (Christia Japel, Richard E. Tremblay et Sylvana Côté, La qualité ça compte ! Résultats de l'Étude longitudinale du développement des enfants au Québec concernant la qualité des services de garde, Montréal, Institut de recherche sur les politiques publiques, oct. 2005) indique clairement que ceux-ci sont davantage fréquentés par les familles plus favorisées. Plus encore, la même étude conclut que les indices de qualité présentent un écart significatif associé au statut socioéconomique des familles.
Dans le cas des familles moins favorisées, tout indique qu'une allocation directe aurait pour conséquence de conforter le retrait des femmes du marché du travail, déjà plus sujettes au chômage ou à des emplois moins bien rémunérés, mais de soutenir la garde payante à domicile chez certaines familles aisées.
Tout n'est pas rose au pays des CPE: fort stress temporel des femmes sur le marché du travail et ayant des enfants en bas âge, maintien des inégalités hommes-femmes en matière de tâches domestiques, une certaine déresponsabilisation des parents devant l'emprise des garderies et de l'école, insouciance flagrante de nombreux employeurs. Mais qui oserait encore soutenir que le retrait des femmes du marché du travail est la solution à ces maux?
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