lundi 23 novembre 2009 Dernière mise à jour 01h03


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Le projet de complexe de casino au bassin Peel - Un pari risqué pour la santé

22 février 2006 
En juin 2005, Loto-Québec annonce son intention de construire, au coût d'un milliard de dollars, un complexe de casino sur l'île de Montréal pour remplacer l'actuel établissement dont les profits s'amenuisent. Une telle mise de fonds publics devrait contribuer globalement à l'amélioration de la santé de la population. Malheureusement, au moins dans sa forme actuelle, cet investissement présente plutôt un potentiel d'effets négatifs non négligeables sur la santé des Montréalais, et plus particulièrement sur celle des citoyens des quartiers immédiatement limitrophes. La Direction de la santé publique (DSP) s'intéresse déjà depuis quelques années aux problèmes reliés au jeu. On ne sera donc pas étonné, comme mon mandat légal le prévoit, que nous ayons voulu chercher à évaluer les impacts actuels, prévisibles et potentiels d'un tel projet sur la santé.

Les caractéristiques du projet de Loto-Québec ont déjà été maintes fois publicisées, nous ne les reprendrons pas ici. Le promoteur a cependant identifié un certain nombre de conditions critiques qui, de son propre aveu, sont des conditions sine qua non de succès de l'entreprise. Trois d'entre elles ont des résonances dans nos champs d'expertise: la capacité d'attirer les clientèles touristiques, notamment les «gros joueurs», le maintien de l'offre de jeu au niveau antérieur au déménagement et le peu d'impacts que le nouveau casino aurait sur les quartiers d'accueil.

Capacité d'attirer les touristes et impact sur la santé

Depuis l'ouverture du Casino de Montréal, malgré les efforts en ce sens de Loto-Québec, la clientèle de l'extérieur du Québec n'a pu franchir la barre des 12 %, malgré l'objectif initial de 25 %. C'est la clientèle locale qui a compensé dans les faits, à la faveur d'une extension de plus de 60 % des heures d'ouverture et de l'augmentation progressive du nombre de places de jeu. Par ailleurs, au cours des dernières années, l'industrie du jeu connaît en Amérique du Nord une expansion considérable et les clientèles touristiques — «gros joueurs» y compris — sont de plus en plus férocement convoitées.

Si les revenus attendus de ce type de clientèle devaient ne pas être au rendez-vous, comme ce fut le cas jusqu'ici, on peut imaginer aisément que la pression serait d'autant plus forte sur les joueurs locaux pour combler le manque à gagner, avec une augmentation simultanée du nombre de personnes aux prises avec des problèmes de jeu dans la population montréalaise, où est recrutée la majorité de la clientèle du casino.

Une accessibilité accrue à l'offre de jeu

Autre élément critique pour le promoteur, Loto-Québec affirme que l'offre de jeu sera maintenue à son niveau actuel car le nombre de places de jeu ne sera pas augmenté. Pour notre part, en nous appuyant sur une abondante littérature, nous croyons que le maintien de l'offre de jeu ne peut reposer uniquement sur le nombre de places mais aussi sur son accessibilité aux plans géographique, temporel, économique et symbolique. Analysé de ce point de vue, nous croyons qu'il y aura une réelle augmentation de l'offre de jeu dans le projet à l'étude.

Sur le plan géographique, le projet augmente clairement l'accessibilité au casino pour la population, notamment celle des quartiers limitrophes. Mais c'est surtout en ce qui concerne l'accessibilité symbolique que l'offre de jeu s'accroîtrait. Ce type d'accessibilité est lié à l'association d'une pratique à risque comme celle du jeu ou du tabac avec des organismes ou des activités qui font la fierté d'une communauté. C'est d'ailleurs pour empêcher ce type d'association symbolique que le législateur a interdit depuis quelques années que les cigarettiers s'associent directement au nom d'une salle de spectacle ou d'un stade sportif, ou à des événements d'envergure. En fait, le battage publicitaire entourant le projet ainsi que l'association avec le Cirque du Soleil ont, et auront, tendance à banaliser la pratique du jeu et à en occulter les aspects néfastes.

Des impacts à prévoir dans les quartiers d'accueil

La clientèle actuelle du Casino de Montréal est recrutée majoritairement dans un périmètre restreint autour dans la grande région métropolitaine, et particulièrement à Montréal même. Le projet augmentera la fréquentation du casino à partir du même bassin de desserte — Montréal et Montérégie —, ce qui entraînera une progression du nombre de personnes aux prises avec un problème de jeu. Comme l'ont démontré les travaux antérieurs de la Direction, ces personnes auront tendance à provenir en majorité de groupes vulnérables: les hommes, les jeunes adultes, les membres des communautés culturelles et les personnes défavorisées sur le plan socioéconomique. Or, dans les quartiers concernés, cette clientèle est surreprésentée, l'offre de jeu y est déjà généralement supérieure à celle de l'ensemble de la région, et les problèmes de jeu y sont déjà plus présents. De plus, les répercussions des problèmes de jeu dans des zones déjà vulnérables sont davantage percutantes et les capacités de la communauté de les contrer sont loin d'être illimitées.

Des mesures de mitigation qui demeurent limitées

Au-delà de ses avantages, tout projet d'envergure impliquera toujours un certain nombre d'impacts plus ou moins négatifs que les promoteurs tenteront de réduire au minimum pour satisfaire leurs actionnaires et l'opinion publique. C'est pourquoi nous avons examiné les principales mesures de mitigation qui pourraient être déployées pour contrer les effets négatifs identifiés. Ils procèdent de trois approches: la réduction de l'accessibilité au jeu, la réduction de sa dangerosité et la prévention, le dépistage et la prise en charge précoce des problèmes de jeu. Malheureusement, bien peu de ces mesures ont été démontrées totalement valides et efficaces à ce jour. Pour l'instant, la Direction considère donc que ces mesures ne nous prémuniraient pas suffisamment contre le développement de problèmes de santé et de problèmes sociaux liés au déplacement du casino, tant à Montréal que dans les quartiers situés à proximité du bassin Peel.

La prudence s'impose

Globalement, nous considérons donc que le projet de complexe de casino mis de l'avant par Loto-Québec et le Cirque du Soleil ne contribue pas, du moins pour l'instant, à l'amélioration de l'état de santé de la population et, qu'au contraire, certains de ses éléments sont porteurs d'effets potentiellement négatifs pour la santé publique. En conséquence, il nous apparaît de la plus élémentaire prudence d'invoquer auprès des autorités gouvernementales le principe de précaution.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
0 réactions
0 votes
 
Pour en savoir plus
Article
Idées
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009