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Après la santé, la dette

Kathleen Lévesque   20 février 2006 
Au terme du conseil général des libéraux d'où se dégageaient des effluves préélectoraux, le premier ministre Jean Charest a proposé de prendre à bras-le-corps le problème de la dette publique dès le prochain budget.

Ce changement de cible, qui ne doit pas se faire au détriment des baisses d'impôt promises, a dit M. Charest avec insistance, est rendu possible grâce aux «nouvelles assises» sur lesquelles peut tabler le Québec après trois ans d'un gouvernement libéral. Gonflé à bloc par l'accueil favorable de la mise en place d'une nouvelle garantie d'accès des soins de santé (la réponse au jugement Chaoulli), M. Charest a souligné qu'il fallait y voir non pas la ligne d'arrivée mais plutôt la ligne de départ pour construire l'avenir du Québec. «Fierté, courage, détermination», affichait-on comme slogan sur les murs de l'hôtel de Laval où étaient réunis les militants libéraux.

«Comme on l'a fait pour la santé, il faut adopter une approche graduelle, méthodique. On va se mettre à l'écoute de toutes les idées. On ne cherchera pas à agir avec des solutions radicales, mais plutôt des solutions de bon sens qui vont nous permettre d'agir sur la question de la dette», a expliqué le premier ministre en conférence de presse.

Ce dernier n'a pas précisé comment son gouvernement s'y prendrait pour s'attaquer à la dette qui atteint 117 milliards de dollars. Cela pourrait prendre la forme d'une loi forçant le gouvernement à un remboursement annuel. Il a aussi rappelé les propositions adoptées par le conseil général de son parti: constitution d'une réserve pour éventualités, endettement limité au financement des immobilisations ou à l'acquisition d'actifs et participation des Québécois au capital des sociétés d'État pour mettre en place un fonds de remboursement de la dette.

Jean Charest a refusé d'aller plus avant sur ce dernier élément, se bornant à marteler que l'approche serait «globale». Une chose est sûre, c'est que le paiement annuel des intérêts sur la dette atteint sept milliards cette année. «C'est plus de sept fois le métro de Laval, plus de deux fois le nouveau CHUM, le nouveau Centre hospitalier de l'Université McGill et le nouveau Centre hospitalier universitaire mère-enfant de l'hôpital Sainte-Justine réunis. C'est à peu près quatre stades olympiques par année. Pas pour réduire la dette, rien que pour la financer», a lancé le premier ministre lors de son discours de clôture, soulignant ainsi la vulnérabilité du Québec.

Samedi, des experts sont venus entretenir les délégués libéraux sur les conséquences de l'inaction. Ils ont également proposé des voies de solution, dont la hausse des tarifs d'électricité ou la vente d'actifs. La Commission-Jeunesse a été particulièrement active dans ce dossier au cours des derniers mois, participant à une coalition d'organismes jeunesse (dont les jeunes péquistes) partageant la même préoccupation.

Devant ses militants, M. Charest en a profité pour rappeler à quel point le paysage politique avait changé avec l'élection de Stephen Harper. «Le fait marquant de cette élection, c'est l'érosion du vote du Bloc québécois et, par le fait même, la croissance du vote fédéraliste au Québec. Ça veut dire une chose. Quand le Canada s'ouvre aux aspirations du Québec, les Québécois se reconnaissent dans le Canada», a affirmé le premier ministre.

M. Charest n'a pas manqué l'occasion d'asséner quelques coups à son adversaire péquiste. Il a souligné sa radicalisation. «Il est barricadé derrière des dogmes», a-t-il fait valoir avant de saluer la contribution au débat du nouveau parti de gauche, Québec solidaire.

Visiblement à la recherche d'un nouveau mandat, Jean Charest a terminé son allocution en rappelant que le choix qui s'offre aux Québécois était celui d'un programme d'un gouvernement contre un référendum sur la souveraineté. Si ce discours n'a rien de nouveau chez le chef du PLQ, il permet surtout de mettre l'accent sur le fait que le PQ doit s'engager dans les prochaines élections avec un programme de pays tel que cela a été décidé lors de son congrès de juin dernier.

«Pour l'échéancier électoral, on verra comment les choses se présentent mais on a encore deux ans», a rappelé M. Charest aux journalistes.

Tous ces éléments semblaient contribuer à la bonne humeur du premier ministre qui affichait un large sourire. Devant les questions qui ont surgi quant à un possible remaniement ministériel en tout début de semaine, il a choisi de faire des blagues pour détourner l'attention. Dans les couloirs, les rumeurs allaient bon train. Tout semblait se diriger vers des changements ponctuels plutôt qu'un grand brassage des cartes. Il s'agirait en fait de faire entrer au cabinet le nouveau député d'Outremont, Raymond Bachand, un souverainiste repenti. Un portefeuille économique lui serait destiné. S'ensuivra inévitablement un jeu de dominos.






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  • oscar fortin
    Inscrit
    lundi 20 février 2006 06h13
    Le paiement de la dette
    « Depuis un certain temps la question de la dette revient de plus fréquemment dans les débats publics et les medias. L'argumentaire le plus souvent mentionné et repris par les intervenants politiques et économiques est que la population vieillit, que les personnes âgées sont de plus en plus nombreuses et que le nombre des travailleurs sera de plus en plus réduit. Ainsi les jeunes d'aujourd'hui auront à supporter les coûts de santé des vieux tout en assumant une dette dont ces derniers auront été les principaux bénéficiaires. En corollaire : aussi bien leur faire payer le plus rapidement possible cette dette.

    Ainsi, les jeunes libéraux du Québec recommandent-ils au gouvernement de sacrifier les baisses d'impôt en faveur du paiement de la dette. Cette nouvelle, présentée comme quelque chose de nouveau, n'a pourtant rien de surprenant. Elle n'est que le reflet d'une tendance humaine tout à fait normale que l'on retrouve dans tous les groupes d'intérêt. Demander à quelqu'un qui ne paie pas d'impôt s'il préfère la diminution d'impôt, qui ne l'affecte évidemment pas, à une diminution de la dette qui le favorisera à moyen et long terme, c'est répondre à l'avance à la question? La même question posée à celui qui paie des impôts trouvera fort probablement une toute autre réponse. Il en irait de même pour tout intervenant à qui on demanderait quels avantages il serait prêt à sacrifier pour diminuer la dette. Il est fort probable qu'il ne verrait pas en quoi il pourrait sacrifier quoi que ce soit de ses avantages, tous aussi indispensables les uns que les autres.

    Tout ceci pour dire qu'un véritable débat sur la dette doit passer par un examen de ce que chacun est prêt à sacrifier pour en diminuer le poids. En effet, pourquoi ne pas demander aux divers acteurs de la société de même qu'aux multiples groupes d'intérêt qui la composent, ce qu'ils sont disposés à abandonner de leurs avantages fiscaux et des programmes gouvernementaux qui les favorisent ?

    Que penseraient les jeunes libéraux d'une diminution des bourses et subventions aux étudiants ou encore d'un impôt spécial sur les héritages au profit de la dette ? Que penseraient les hommes d'affaires, les spéculateurs et les entrepreneurs d'une modification de la fiscalité visant l'élimination des avantages fiscaux qui leur sont concédés au profit du paiement de la dette? Que penserait le professeur Pierre Fortin de l'imposition d'un intérêt de 5% sur les 50 milliards $ retenus par les entreprises au titre d'impôts reportés (amortissement) comme moyen de diminuer la dette? Cette liste de choses à faire et les prises de position des groupes concernés diraient vraiment et mieux que tous les discours jusqu'où la société québécoise est disposée à s'impliquer pour diminuer la dette.

    Nous sommes évidemment tous en faveur du paiement de la dette comme nous sommes en faveur de la vertu. Les syndicats et les groupes solidaires seront en faveur du paiement de la dette pour autant que l'on puise dans les abris fiscaux et les multiples avantages laissés aux spéculateurs financiers. Ces derniers seront également en faveur du paiement de la dette pour autant que l'on coupe dans les programmes sociaux, qu'on augmente les impôts de la classe moyenne et que l'on privatise le plus possible. Chacun peut ainsi trouver un argumentaire pour que la dette soit diminuée sans qu'il ait à mettre la main dans sa poche. Déjà les spécialistes en communication sont sur leur table à dessin pour élaborer les stratégies pouvant le mieux servir l'argumentaire de chacun des groupes visés.

    Personnellement, je pense qu'en prenant le vieillissement de la population et les personnes âgées comme boucs émissaires et responsables de la crise de la dette on se trompe de cible et que l'on sacrifie à l'opportunisme politique les valeurs de solidarité qui ont à ce jour inspiré la société québécoise.

    Oscar Fortin
    19 février, 2006 »

  • André St-Sauveur
    Abonné
    lundi 20 février 2006 06h38
    Le remboursement de la dette
    « Une dette de 117 milliards, des intérêts annuelles de 7 milliards et des dépenses d'immobilisation de près de 3 milliards par année. Réduire la dette ? Il faudra agir sur le plan des dépenses d'immobilisation (gel partiel ou total) et sur celui des revenus.
    Dans ce contexte, il faudrait oublier les réductions d'impôt. Il faudrait que le Québec se donne un réel outil de réflexion et d'analyse de la pertinence des nouveaux investissements en rapport au enjeux démographiques et énergétiques actuels et ceci sans nuire à la croissance économique. »

  • Roland Berger
    Abonné
    lundi 20 février 2006 09h01
    Récompenser les transfuges politiques
    « Alors que sur le plan fédéral plusieurs politiciens de toute allégeance songent à légiférer pour encadrer le passage d'un parti à un autre en dehors du processus électoral, monsieur Charest se prépare à récompenser Raymond Bachand pour être passé du camp souvenrainiste au camp fédéraliste. Il faut dire que monsieur Bachand ne s'est toutefois pas présenté comme péquiste dans Outremont avant de joindre les rangs des conservateeurs qui ont pris les rennes du parti libéral du Québec. »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    lundi 20 février 2006 17h42
    Barricadé derrière des dogmes...
    « Qui se barricade derrière les dogmes... fédéralistes pour cacher son inaction chronique? Que veut-il faire pour juguler la dette? Quel imbécile heureux que ce petit Jean qui se réjouit de l'augmentation du vote fédéraliste sans rien attendre de cette dernière pour... réduire la dette! Si Harper est si compréhensif, alors, vivement des solutions! Quand à nous, séparatistes, nous attendons la charge de notre nouveau jeune chef à $120,000 / an... »

  • FARID KODSI
    Inscrit
    lundi 20 février 2006 17h49
    Étape par étape
    « Le premier ministre Charest y va étape par étape et il y réussit fort bien contrairement au boucan infernal et inutile du précédent gouvernement autour de la souveraineté. »

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