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Lettre: Charlatanisme intellectuel

Robert Aird - Diplômé à la maîtrise en histoire (UQAM). Montréal, le 9 septembre 2002  1 octobre 2002 
L'analyse de Pascal Bruckner m'a fait rigoler. Pas besoin d'être politicien ou gros bonnet de la finance pour être cynique, il suffit d'être l'«intellectuel», l'«expert» qui se présente volontiers comme le porte-parole de l'ordre établi.

D'abord, la même rengaine: les gens qui critiquent les États-Unis sont des «antiaméricanistes» primaires. Le peuple américain est un aussi bon peuple que le sont les Canadiens. Moi je veux bien, mais c'est l'élite économique et politique, américaine mais aussi occidentale, qu'on attaque, pas la population américaine.

Votre analyse sur l'origine du terrorisme islamiste est également très réductrice. Lisez, entre autres, L'An 501 de Noam Chomsky, ça dégourdi et ça allume vous verrez. La politique étrangère américaine a toujours su éviter que les États du tiers monde n'obtiennent des gouvernements indépendants (par des coup d'États, des interventions militaires) afin de ne pas nuire aux intérêts du milieu des affaires américaines qui pillent les ressources de ces pays. Vous dites que l'Amérique est animée par une sorte d'idéalisme et que leur démocratie est en meilleure santé qu'en Europe. Il faudrait peut-être dire aux Américains que leurs élites se foutent de leurs gueules et ne cessent de violer, depuis 50 ans, les valeurs démocratiques et humaines qu'ils disent cyniquement défendre.

Les élites de l'économie, de la finance et de la politique occidentales sont responsables de centaines de milliers de morts, de destructions, de massacres et de pillages en Amérique latine, en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie du Sud-Est et en Asie centrale, et ce, depuis 500 ans. Washington a simplement repris le flambeau de l'empire britannique déchu. Rien à voir avec le terrorisme, dites-vous? Rien à voir avec la haine envers l'Occident et surtout, les États-Unis dont vous n'osez même pas admettre qu'il s'agit bien d'un empire. Ce n'est que de la culpabilité judéo-chrétienne? Non M. Bruckner, c'est la vérité que vous ignorez et que vous refusez d'assumer.
 
 
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