Le moratoire sur les OGM viendra des citoyens!
Richard Legault - Les Ami-E-s de la Terre de Québec
20 février 2006
La condamnation par l'Organisation mondiale du commerce (OMC) du moratoire de l'Union européenne sur l'importation d'OGM (organismes génétiquement modifiés) jette un pavé dans la mare des tenants du principe de précaution qui doit s'appliquer tant à la santé humaine et animale qu'à la biodiversité. Toutefois, le rapport de 1050 pages de l'OMC risque de faire perdurer les pourparlers, étant donné la complexité de la question et des enjeux sociaux, économiques, politiques et technologiques qu'elle soulève.
Ce rapport fait suite à une plainte soutenue également par le Canada qui encourage la production d'OGM, fait fi de ses propres politiques de préservation de la biodiversité et tait le fait reconnu que de plus en plus de recherches scientifiques indépendantes remettent en question l'innocuité des cultures OGM.
La publicité tente de nous faire appuyer la vision optimiste de l'industrie biotechnologique vantant les bienfaits des OGM. Il est vrai que l'agriculture OGM a doublé en cinq ans, passant de 44 millions en 2000 à 90 millions d'hectares en 2005, mais est-ce qu'une telle croissance sans mesures de précaution est acceptable?
Mentionnons que l'utilisation accélérée de culture OGM dans quelques grands pays industrialisés (dont le Canada) et maintenant dans les pays en voie de développement s'est effectuée sans demander l'avis des consommateurs. Lorsque ceux-ci sont informés, ils s'y opposent majoritairement. L'industrie biotechnologique fait miroiter les avantages de ces cultures tout en oubliant les problèmes et difficultés majeures qu'elles peuvent entraîner.
Un cocktail qui accroît les problèmes
Les grandes entreprises agro-alimentaires tentent de nous faire croire que les cultures OGM constituent un progrès, un grand pas pour mieux nourrir l'humanité alors qu'on sait que les problèmes criants de pauvreté, du manque d'accès aux ressources alimentaires viennent plutôt de leur manque de répartition entre les pays du Nord et ceux du Sud. Pire encore, l'usage croissant des OGM dans ces pays rend dépendants les fermiers qui doivent acheter les semences hybrides brevetées, les engrais et les pesticides qui vont avec. Un cocktail chimique qui accroît les problèmes!
Un article paru dans Science et Vie en juillet 2005 annonçait que la Chine pourrait adopter très bientôt le riz transgénique, dans l'espoir de nourrir sa population croissante. Selon Dayuan Xue, du ministère de l'Environnement, «une seule étude a été réalisée sur des rats nourris de riz Bt pendant trois mois». Ce fonctionnaire n'a pas eu accès à l'ensemble des résultats des tests menés sur le riz. Aucun effet négatif n'a été décelé. «Mais ces travaux ne sont pas suffisants, dit-il, pour prendre la décision de nourrir un milliard d'individus de riz transgéniques à chaque repas.»
Le problème éventuel, c'est que la toxine fabriquée par le gène Bt pourrait provoquer des allergies. Jusqu'à présent, des millions d'humains l'ont absorbée sous forme de traces, mais cette fois, la toxine se trouve à l'intérieur de chaque grain de riz. Avec 90 kg de riz absorbé par an par habitant, la situation devient radicalement différente. Le principe de précaution est bafoué. [...] La Chine servirait alors de laboratoire mondial, ce qui permettrait de faire un bon gigantesque vers le transgénique. Si aucun effet à court terme n'était décelé, c'est toute l'Asie qui pourrait suivre cet exemple, et les exportateurs de plantes transgéniques des États-Unis, du Canada et de l'Australie en profiteraient pour investir cet énorme marché.
Où sont les études indépendantes?
Par ailleurs, une vaste étude britannique — commentée par Le Devoir — montre que l'utilisation du canola et de la betterave sucrière issus du génie génétique ont des impacts négatifs sur la biodiversité. À la lumière de ces résultats de recherches scientifiques réalisées sur quatre ans, n'est-il pas surprenant que nos gouvernements — tant celui du Québec que celui du Canada qui se sont dotés d'une stratégie de la biodiversité et ont signé le Protocole de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques — ne réagissent pas en décrétant un moratoire sur les cultures OGM?
Le problème de fond vient du fait qu'il n'y a presque plus d'études, indépendantes de la grande industrie, qui feraient la lumière sur ce que cache la culture des OGM! Résultats: un manque flagrant d'information objective, aucune diffusion au public, un laisser-faire de nos politiciens qui appuient les grandes sociétés de biotechnologies censées créer de l'emploi! [...]
Il faut voir que les promoteurs d'OGM font partie d'immenses conglomérats de semenciers, de producteurs de pesticides, d'engrais et de produits pharmaceutiques, liés à des chercheurs qui en sont dépendants. Alors les gens se méfient et leur gros bon sens exige: plus de transparence, davantage de prudence et plus de respect des gens et de la vie avant de s'imposer cette révolution. D'ailleurs, avons-nous besoin des OGM dans un monde de plus en plus artificialisé, dans un environnement de plus en plus pollué? Et à qui profitent les OGM?
Pour prendre conscience des vrais enjeux des OGM, il faudra que les États soutiennent des chercheurs indépendants qui publient leurs résultats. Il faudra que des médias décident d'aller au fond des choses. C'est un dossier crucial qui mérite une analyse approfondie sur les plans social et éthique, sanitaire et environnemental, dans un contexte de mondialisation où les pressions politico-économiques sont immenses. À ce titre, quelques groupes de citoyens voués à la protection de l'environnement et de la santé font des recherches sur les enjeux des OGM. [...]
Les citoyens ne sont pas dupes du manque de transparence lié à l'introduction sournoise de cultures OGM. Lors de son passage au Québec l'automne dernier, le biologiste moléculaire de l'Université de Caen Gilles-Éric Séralini a confirmé que «toute la rentabilité des OGM repose sur l'absence d'évaluation correcte». Expert pour l'Union européenne, ce chercheur indépendant des grandes multinationales dit que le fardeau de la preuve d'innocuité à long terme incombe aux promoteurs d'OGM. [...]
Devant cette problématique occultée des OGM, nos élus, en particulier Thomas Mulcair, ont l'occasion aujourd'hui d'agir en conformité avec les principes qu'ils promeuvent. Les 16 principes du développement durable, tels que la santé, la précaution, la préservation de la biodiversité, l'accès à l'information, etc., décrits dans le projet de loi no 118, réussiraient-ils le test si on les appliquait au cas des OGM?
Les Ami-E-s de la Terre de Québec et plusieurs groupes de consommateurs estiment que non. Ce qu'ils demandent, pour l'ensemble des citoyens, c'est de bannir toute commercialisation, toute production, utilisation et importation d'OGM ou de produits contenant des OGM sur le territoire tant qu'on ne fera pas la preuve de leur innocuité sur la santé et l'environnement. [...]
Ce rapport fait suite à une plainte soutenue également par le Canada qui encourage la production d'OGM, fait fi de ses propres politiques de préservation de la biodiversité et tait le fait reconnu que de plus en plus de recherches scientifiques indépendantes remettent en question l'innocuité des cultures OGM.
La publicité tente de nous faire appuyer la vision optimiste de l'industrie biotechnologique vantant les bienfaits des OGM. Il est vrai que l'agriculture OGM a doublé en cinq ans, passant de 44 millions en 2000 à 90 millions d'hectares en 2005, mais est-ce qu'une telle croissance sans mesures de précaution est acceptable?
Mentionnons que l'utilisation accélérée de culture OGM dans quelques grands pays industrialisés (dont le Canada) et maintenant dans les pays en voie de développement s'est effectuée sans demander l'avis des consommateurs. Lorsque ceux-ci sont informés, ils s'y opposent majoritairement. L'industrie biotechnologique fait miroiter les avantages de ces cultures tout en oubliant les problèmes et difficultés majeures qu'elles peuvent entraîner.
Un cocktail qui accroît les problèmes
Les grandes entreprises agro-alimentaires tentent de nous faire croire que les cultures OGM constituent un progrès, un grand pas pour mieux nourrir l'humanité alors qu'on sait que les problèmes criants de pauvreté, du manque d'accès aux ressources alimentaires viennent plutôt de leur manque de répartition entre les pays du Nord et ceux du Sud. Pire encore, l'usage croissant des OGM dans ces pays rend dépendants les fermiers qui doivent acheter les semences hybrides brevetées, les engrais et les pesticides qui vont avec. Un cocktail chimique qui accroît les problèmes!
Un article paru dans Science et Vie en juillet 2005 annonçait que la Chine pourrait adopter très bientôt le riz transgénique, dans l'espoir de nourrir sa population croissante. Selon Dayuan Xue, du ministère de l'Environnement, «une seule étude a été réalisée sur des rats nourris de riz Bt pendant trois mois». Ce fonctionnaire n'a pas eu accès à l'ensemble des résultats des tests menés sur le riz. Aucun effet négatif n'a été décelé. «Mais ces travaux ne sont pas suffisants, dit-il, pour prendre la décision de nourrir un milliard d'individus de riz transgéniques à chaque repas.»
Le problème éventuel, c'est que la toxine fabriquée par le gène Bt pourrait provoquer des allergies. Jusqu'à présent, des millions d'humains l'ont absorbée sous forme de traces, mais cette fois, la toxine se trouve à l'intérieur de chaque grain de riz. Avec 90 kg de riz absorbé par an par habitant, la situation devient radicalement différente. Le principe de précaution est bafoué. [...] La Chine servirait alors de laboratoire mondial, ce qui permettrait de faire un bon gigantesque vers le transgénique. Si aucun effet à court terme n'était décelé, c'est toute l'Asie qui pourrait suivre cet exemple, et les exportateurs de plantes transgéniques des États-Unis, du Canada et de l'Australie en profiteraient pour investir cet énorme marché.
Où sont les études indépendantes?
Par ailleurs, une vaste étude britannique — commentée par Le Devoir — montre que l'utilisation du canola et de la betterave sucrière issus du génie génétique ont des impacts négatifs sur la biodiversité. À la lumière de ces résultats de recherches scientifiques réalisées sur quatre ans, n'est-il pas surprenant que nos gouvernements — tant celui du Québec que celui du Canada qui se sont dotés d'une stratégie de la biodiversité et ont signé le Protocole de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques — ne réagissent pas en décrétant un moratoire sur les cultures OGM?
Le problème de fond vient du fait qu'il n'y a presque plus d'études, indépendantes de la grande industrie, qui feraient la lumière sur ce que cache la culture des OGM! Résultats: un manque flagrant d'information objective, aucune diffusion au public, un laisser-faire de nos politiciens qui appuient les grandes sociétés de biotechnologies censées créer de l'emploi! [...]
Il faut voir que les promoteurs d'OGM font partie d'immenses conglomérats de semenciers, de producteurs de pesticides, d'engrais et de produits pharmaceutiques, liés à des chercheurs qui en sont dépendants. Alors les gens se méfient et leur gros bon sens exige: plus de transparence, davantage de prudence et plus de respect des gens et de la vie avant de s'imposer cette révolution. D'ailleurs, avons-nous besoin des OGM dans un monde de plus en plus artificialisé, dans un environnement de plus en plus pollué? Et à qui profitent les OGM?
Pour prendre conscience des vrais enjeux des OGM, il faudra que les États soutiennent des chercheurs indépendants qui publient leurs résultats. Il faudra que des médias décident d'aller au fond des choses. C'est un dossier crucial qui mérite une analyse approfondie sur les plans social et éthique, sanitaire et environnemental, dans un contexte de mondialisation où les pressions politico-économiques sont immenses. À ce titre, quelques groupes de citoyens voués à la protection de l'environnement et de la santé font des recherches sur les enjeux des OGM. [...]
Les citoyens ne sont pas dupes du manque de transparence lié à l'introduction sournoise de cultures OGM. Lors de son passage au Québec l'automne dernier, le biologiste moléculaire de l'Université de Caen Gilles-Éric Séralini a confirmé que «toute la rentabilité des OGM repose sur l'absence d'évaluation correcte». Expert pour l'Union européenne, ce chercheur indépendant des grandes multinationales dit que le fardeau de la preuve d'innocuité à long terme incombe aux promoteurs d'OGM. [...]
Devant cette problématique occultée des OGM, nos élus, en particulier Thomas Mulcair, ont l'occasion aujourd'hui d'agir en conformité avec les principes qu'ils promeuvent. Les 16 principes du développement durable, tels que la santé, la précaution, la préservation de la biodiversité, l'accès à l'information, etc., décrits dans le projet de loi no 118, réussiraient-ils le test si on les appliquait au cas des OGM?
Les Ami-E-s de la Terre de Québec et plusieurs groupes de consommateurs estiment que non. Ce qu'ils demandent, pour l'ensemble des citoyens, c'est de bannir toute commercialisation, toute production, utilisation et importation d'OGM ou de produits contenant des OGM sur le territoire tant qu'on ne fera pas la preuve de leur innocuité sur la santé et l'environnement. [...]
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