vendredi 27 novembre 2009 Dernière mise à jour 23h58


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Israël lève le siège de la Moukataa

N/A ZZZN/A   29 septembre 2002 22h05 
Yasser Arafat est sorti de son QG, a salué la foule en faisant le signe de la vicoire, puis est allé dormir.
Photo : Agence Reuters
Yasser Arafat est sorti de son QG, a salué la foule en faisant le signe de la vicoire, puis est allé dormir.
Ramallah — Le drapeau palestinien flotte à nouveau sur Ramallah, mais il flotte sur des ruines et l’armée israélienne, qui a évacué l’enceinte de son quartier général, occupait toujours la ville maintenue sous couvre-feu la nuit dernière. À la Moukataa, le vaste complexe qui abrite le quartier général de Yasser Arafat assiégé depuis dix jours, un seul bâtiment de deux étages tient encore debout: les appartements du chef palestinien. Tout autour, des façades éventrées, des immeubles broyés, des terrains bouleversés par le passage des chars, des pelleteuses et des bulldozers... Le haut pont, qui reliait la résidence d’Arafat à la salle de conférence, n’existe plus.

Dans le bâtiment qui a survécu, une petite porte protégée par de lourds sacs de riz provenant d’Australie, s’est ouverte hier en début d’après-midi. Le «vieux», comme ses partisans l’appellent affectueusement, a fait une courte apparition pour saluer la petite foule de quelques centaines de personnes qui l’attendaient. Fatigué mais souriant, il a envoyé quelques baisers, embrassé une fillette et, comme à son habitude, fait le signe de la victoire. Puis, il est allé dormir. Peu avant, depuis l’intérieur de sa résidence, Arafat, 73 ans, avait appelé à un «cessez-le-feu» et demandé à Israël de prendre une décision identique, plaidant pour une reprise des négociations.
De Moscou où il doit rencontrer ce soir le président russe Vladimir Poutine, le premier ministre israélien a fait savoir qu’il «ne prenait pas très au sérieux» l’appel d’Arafat.
Le leader palestinien peut estimer avoir gagné cette manche. Son quartier général est pulvérisé, mais les chars israéliens ont levé hier le siège qu’ils maintenaient sur la Moukataa depuis mars et qu’ils avaient encore resserré le 19 septembre. Il n’a livré aucun de la vingtaine d’hommes qu’exigeaient les autorités israéliennes et qui peuvent, dès lors, sortir. Le président George W. Bush, qui désapprouvait le siège, s’est dit «très satisfait» du retrait israélien. Selon des médias israéliens, le ministre des Affaires étrangères Shimon Peres (travailliste) a vigoureusement critiqué le gouvernement d’union nationale dirigé par M. Sharon, estimant qu’il n’avait «aucun objectif», et a menacé de démissionner.
En tout cas, aucun soldat israélien n’était là pour empêcher ses partisans de se rassembler hier après-midi devant son Q.G. fantôme. Ils ont déployé une banderole sur laquelle on pouvait lire: «Yasser, c’est tout le peuple et le peuple ne peut pas mourir.» Ils ont aussi scandé: «Donne-nous des armes, ton peuple ne pliera pas.»
À l’intérieur de la résidence, des matelas encombrent encore les bureaux aux fenêtres obstruées par des sacs de sable. On croise certains des plus vieux compagnons d’Arafat. On aperçoit Toufiq Tirawi, le chef de la sécurité, que les Israéliens accusent de «terrorisme» et dont ils exigeaient la reddition.
Dans la petite infirmerie, Omar Dakka, le médecin d’Arafat, qui a passé toutes ses nuits dans la chambre du raïs, confie que le siège a vraiment été très dur. «Les conditions d’hygiène étaient très mauvaises. 250 personnes pour 400 m2. L’eau était coupée. C’est le raïs qui nous remontait le moral. Mais, le samedi soir de la semaine dernière, quand les Israéliens ont fait exploser les bâtiments voisins, on a vraiment cru qu’on allait mourir.»
Salam Fayad, le ministre des Finances, confie aussi avoir eu peur quand «le bâtiment s’est mis à trembler». Personnalité réformiste, qui a récemment rejoint le gouvernement, il a refusé de sortir — ce que permettaient les Israéliens —, pour partager le sort du leader palestinien. Lui aussi dormait dans sa chambre.
Hani el-Hassan, conseiller de Yasser Arafat, ajoute: «Les Palestiniens sont des paysans, ils savent ce qu’est la vie dure.» Fidèle de Yasser Arafat, dont il dirige le parti — le Fatah — et figure historique de l’OLP, ce même dirigeant exulte. «Ariel Sharon voulait en finir avec Arafat, mais il a perdu cette bataille. Il pensait que l’autorité palestinienne s’effondrerait en même temps que les bâtiments de la Moukataa. Il a échoué pour deux raisons: la première, c’est la mobilisation du peuple palestinien. La seconde, ce sont les pressions des États-Unis, que nous remercions. Et puis, Arafat est un expert dans la gestion des crises.»

Une nouvelle stratégie?
Il a ensuite promis une «nouvelle stratégie»: «Nous allons demander aux Palestiniens de se mobiliser, mais de ne pas utiliser les armes.» Cela vaudra-t-il pour le Hamas et le Jihad islamique? «Nous ferons pression pour qu’ils n’attaquent Israël qu’à l’intérieur de la Cisjordanie», répond-il. En revanche, il a douché les espoirs de ceux qui espéraient une percée des réformistes et une dilution des pouvoirs exorbitants de Yasser Arafat. «Non, il n’y aura pas de poste de premier ministre. Du moins, tant qu’il n’y aura pas d’État palestinien.»
À l’occasion du deuxième anniversaire de l’Intifada, le président du Conseil législatif palestinien (CLP) a exhorté les siens à changer de tactique et à tourner totalement le dos à la violence, dans un document rendu public hier et publié par le quotidien palestinien Al Ayyam.
Ce texte d’Ahmed Qureia semble répercuter un sentiment croissant parmi les Palestiniens modérés: la violence anti-israélienne est contreproductive pour la cause défendue.
«Nous exhortons toutes les factions et l’Autorité palestinienne à effectuer une réévaluation sérieuse, complète et responsable du processus de l’Intifada, pour améliorer ses réalisations et se débarrasser de tous ses impacts négatifs», poursuit-il.
En deux ans, la succession d’attentats suicide et autres attaques, et la répression israélienne qui s’en est suivie, a plongé les territoires palestiniens, désormais réoccupés en grande partie, soumis au couvre-feu, au bouclage, dans une misère profonde. Et les espoirs de paix et d’indépendance ont été reportés à plus tard, alors qu’Israël accuse le président de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat de ne rien faire contre le terrorisme.
Qureia, un des principaux négociateurs et architectes des accords d’Oslo de 1993 qui ont permis à Arafat de rentrer d’exil, est considéré comme un modéré, et est hautement respecté par Israël et les États-Unis.
Ce texte montre aussi le fossé croissant entre les modérés et les extrémistes au sein du mouvement palestinien. Le Hamas, auteur de la majorité des attentats suicide de ces deux années d’Intifada, a réaffirmé une fois encore, depuis le Liban, que «le jihad et les opérations martyres continueront».






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
0 réactions
0 votes
 
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009