L'Université en région - Favoriser la mobilité étudiante interrégionale
Pierre Lucier - Président, Université du Québec
30 septembre 2002
Le Devoir présente, ci-dessous, des extraits du mémoire présenté par le président de l'Université du Québec, Monsieur Pierre Lucier, devant la Commission de l'éducation sur les fluctuations des clientèles dans le secteur de l'éducation, le 26 septembre dernier. M. Lucier était accompagné, lors de cette présentation, par une délégation de chefs d'établissement de l'Université du Québec : M. Roch Denis, recteur, Université du Québec à Montréal; Mme Claire V. de la Durantaye, rectrice, Université du Québec à Trois-Rivières; M. Pierre Couture, recteur, Université du Québec à Rimouski; M. Jules Arsenault, recteur, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue; M. Marcel Proulx, directeur général, École nationale d'administration publique; Mme Anne Marrec, directrice générale, Télé-université.
Il est impératif de maintenir l'accessibilité dans les grands domaines de formation dans toutes les régions du Québec. [É] C'est d'autant plus important qu'il est maintenant démontré que la distance du lieu de formation a une incidence importante sur la fréquentation et que les personnes formées dans un milieu ont tendance à s'y investir professionnellement. [É]
[É] Il est à noter, par ailleurs, que les variations de clientèles ne sont pas toutes liées aux fluctuations démographiques. Dans le domaine de la formation continue, par exemple, il peut y avoir, pour toutes sortes de raisons reliées, notamment, au contexte économique, des variations rapides de la demande étudiante. Les variations négatives soudaines dans la fréquentation, qu'elles soient liées ou non au déclin démographique, entraînent d'énormes difficultés en regard de la permanence de la mission universitaire et des charges obligatoires qui en découlent.
Une dépendance trop mécanique entre le financement gouvernemental et la fréquentation est de nature à perturber indûment les capacités d'action des établissements et entrave leur pouvoir de s'ajuster aux nouveaux besoins. Un établissement universitaire déploie des ressources importantes qui se construisent dans la durée. Leur existence ne peut être remise en cause par des fluctuations conjoncturelles de clientèles, sans risquer de détruire l'investissement social et culturel qu'elles représentent et la capacité à long terme des établissements de fournir des services de base à la population. Il importe donc de protéger le financement de base des établissements et de ne faire varier négativement le financement selon les clientèles qu'au-delà d'un certain seuil, une fois assurée la viabilité des établissements.
Soutien aux établissements
selon leurs contextes
[É] Afin de protéger et de soutenir les capacités de développement de chaque établissement, les politiques publiques devraient reconnaître et encourager l'existence de ces pôles (d'excellence) de développement. Ainsi, les établissements situés dans des régions plus fragiles se trouveraient renforcés en assumant en quelque sorte des mandats nationaux. Cette approche serait à la fois bénéfique pour les établissements en question et pour leurs milieux, tout en contribuant à équilibrer les atouts de développement dans l'ensemble du Québec.
Le gouvernement du Québec devrait donc reconnaître et soutenir les affirmations institutionnelles qui se traduisent par des leaderships nationaux dans des domaines particuliers de connaissance. Il devrait encourager systématiquement leur développement et décourager les concurrences indues.
[É] Mais cet encouragement à la mobilité (des étudiants étrangers) aurait avantage à s'étendre aux étudiants québécois eux-mêmes, qui devraient être incités à quitter leur région d'origine, non seulement au bénéfice des grands centres, mais aussi à celui de toutes les régions. Ce serait là non seulement une bonne façon de consolider les clientèles et les capacités de développement de tous les établissements, mais aussi une façon de créer des solidarités interrégionales et de contribuer à façonner une identité québécoise inclusive de tous les territoires qui composent le Québec. Des bourses prévues à cette fin pourraient encourager la mobilité interrégionale.
Le gouvernement du Québec devrait donc favoriser la fréquentation des établissements hors des grands centres par les étudiants étrangers, ainsi que la mobilité interrégionale des étudiants et des étudiantes du Québec, en modulant en conséquence les programmes d'incitation financière.
Soutien au développement régional
[É] Or, si le Québec ne veut pas subir passivement le déclin démographique plus accentué dans certains territoires, et les difficultés économiques et sociales qui lui sont associées, il doit investir massivement dans le développement régional. À une époque où la formation des personnes et l'innovation technique et sociale sont des déterminants majeurs du développement, le rôle de l'université est central. Il faut donc à la fois maintenir l'accessibilité à la formation et créer et soutenir des capacités d'action importantes dans des créneaux stratégiques pour le développement des territoires. [É]
[É] Faut-il rappeler enfin que les dépenses publiques, surtout quand elles prennent la forme d'investissements, ont un impact direct sur le développement territorial ?
Pour équilibrer les potentiels de développement à l'intérieur du Québec, le gouvernement pourrait favoriser l'implantation de services publics nationaux en région. Les capitales régionales, à l'instar des universités en région, pourraient ainsi assumer des rôles qui débordent leur territoire, ce qui permettrait de regrouper et de concentrer des ressources importantes et de renforcer la base démographique, économique, sociale et culturelle de ces milieux.
Améliorer les capacités d'action des établissements universitaires constitue un appui direct au développement régional. En modulant ce soutien selon l'état de développement de chaque territoire, le gouvernement pourrait contribuer grandement à équilibrer le développement sur l'ensemble du territoire québécois.
Le gouvernement du Québec devrait donc, au-delà de l'enveloppe de financement de base de l'enseignement supérieur, s'engager dans des partenariats visant le développement régional pour appuyer des activités universitaires, élaborées et mises en oeuvre avec les milieux concernés, et contribuant directement au développement économique, social et culturel de toutes les régions du Québec.
Le temps d'agir
[É] L'engagement du gouvernement est donc indispensable pour permettre aux établissements de l'Université du Québec de maintenir l'accessibilité de base, pour reconnaître des pôles régionaux d'excellence dont le rayonnement est national et international, pour favoriser la mobilité étudiante, pour soutenir les activités visant directement l'innovation économique et sociale et le développement régional.
Les établissements de l'Université du Québec ont fait largement leur part dans ce sens, et ils entendent bien continuer dans la même direction. Ils sont, plus que jamais, prêts à agir, convaincus qu'ils font partie des solutions et non des problèmes.
Ils demandent à cette fin des engagements publics supplémentaires. Ils ne crient pas à l'aide. Ils offrent plutôt de contribuer plus vigoureusement au plein développement de toutes les régions du Québec.
Il est impératif de maintenir l'accessibilité dans les grands domaines de formation dans toutes les régions du Québec. [É] C'est d'autant plus important qu'il est maintenant démontré que la distance du lieu de formation a une incidence importante sur la fréquentation et que les personnes formées dans un milieu ont tendance à s'y investir professionnellement. [É]
[É] Il est à noter, par ailleurs, que les variations de clientèles ne sont pas toutes liées aux fluctuations démographiques. Dans le domaine de la formation continue, par exemple, il peut y avoir, pour toutes sortes de raisons reliées, notamment, au contexte économique, des variations rapides de la demande étudiante. Les variations négatives soudaines dans la fréquentation, qu'elles soient liées ou non au déclin démographique, entraînent d'énormes difficultés en regard de la permanence de la mission universitaire et des charges obligatoires qui en découlent.
Une dépendance trop mécanique entre le financement gouvernemental et la fréquentation est de nature à perturber indûment les capacités d'action des établissements et entrave leur pouvoir de s'ajuster aux nouveaux besoins. Un établissement universitaire déploie des ressources importantes qui se construisent dans la durée. Leur existence ne peut être remise en cause par des fluctuations conjoncturelles de clientèles, sans risquer de détruire l'investissement social et culturel qu'elles représentent et la capacité à long terme des établissements de fournir des services de base à la population. Il importe donc de protéger le financement de base des établissements et de ne faire varier négativement le financement selon les clientèles qu'au-delà d'un certain seuil, une fois assurée la viabilité des établissements.
Soutien aux établissements
selon leurs contextes
[É] Afin de protéger et de soutenir les capacités de développement de chaque établissement, les politiques publiques devraient reconnaître et encourager l'existence de ces pôles (d'excellence) de développement. Ainsi, les établissements situés dans des régions plus fragiles se trouveraient renforcés en assumant en quelque sorte des mandats nationaux. Cette approche serait à la fois bénéfique pour les établissements en question et pour leurs milieux, tout en contribuant à équilibrer les atouts de développement dans l'ensemble du Québec.
Le gouvernement du Québec devrait donc reconnaître et soutenir les affirmations institutionnelles qui se traduisent par des leaderships nationaux dans des domaines particuliers de connaissance. Il devrait encourager systématiquement leur développement et décourager les concurrences indues.
[É] Mais cet encouragement à la mobilité (des étudiants étrangers) aurait avantage à s'étendre aux étudiants québécois eux-mêmes, qui devraient être incités à quitter leur région d'origine, non seulement au bénéfice des grands centres, mais aussi à celui de toutes les régions. Ce serait là non seulement une bonne façon de consolider les clientèles et les capacités de développement de tous les établissements, mais aussi une façon de créer des solidarités interrégionales et de contribuer à façonner une identité québécoise inclusive de tous les territoires qui composent le Québec. Des bourses prévues à cette fin pourraient encourager la mobilité interrégionale.
Le gouvernement du Québec devrait donc favoriser la fréquentation des établissements hors des grands centres par les étudiants étrangers, ainsi que la mobilité interrégionale des étudiants et des étudiantes du Québec, en modulant en conséquence les programmes d'incitation financière.
Soutien au développement régional
[É] Or, si le Québec ne veut pas subir passivement le déclin démographique plus accentué dans certains territoires, et les difficultés économiques et sociales qui lui sont associées, il doit investir massivement dans le développement régional. À une époque où la formation des personnes et l'innovation technique et sociale sont des déterminants majeurs du développement, le rôle de l'université est central. Il faut donc à la fois maintenir l'accessibilité à la formation et créer et soutenir des capacités d'action importantes dans des créneaux stratégiques pour le développement des territoires. [É]
[É] Faut-il rappeler enfin que les dépenses publiques, surtout quand elles prennent la forme d'investissements, ont un impact direct sur le développement territorial ?
Pour équilibrer les potentiels de développement à l'intérieur du Québec, le gouvernement pourrait favoriser l'implantation de services publics nationaux en région. Les capitales régionales, à l'instar des universités en région, pourraient ainsi assumer des rôles qui débordent leur territoire, ce qui permettrait de regrouper et de concentrer des ressources importantes et de renforcer la base démographique, économique, sociale et culturelle de ces milieux.
Améliorer les capacités d'action des établissements universitaires constitue un appui direct au développement régional. En modulant ce soutien selon l'état de développement de chaque territoire, le gouvernement pourrait contribuer grandement à équilibrer le développement sur l'ensemble du territoire québécois.
Le gouvernement du Québec devrait donc, au-delà de l'enveloppe de financement de base de l'enseignement supérieur, s'engager dans des partenariats visant le développement régional pour appuyer des activités universitaires, élaborées et mises en oeuvre avec les milieux concernés, et contribuant directement au développement économique, social et culturel de toutes les régions du Québec.
Le temps d'agir
[É] L'engagement du gouvernement est donc indispensable pour permettre aux établissements de l'Université du Québec de maintenir l'accessibilité de base, pour reconnaître des pôles régionaux d'excellence dont le rayonnement est national et international, pour favoriser la mobilité étudiante, pour soutenir les activités visant directement l'innovation économique et sociale et le développement régional.
Les établissements de l'Université du Québec ont fait largement leur part dans ce sens, et ils entendent bien continuer dans la même direction. Ils sont, plus que jamais, prêts à agir, convaincus qu'ils font partie des solutions et non des problèmes.
Ils demandent à cette fin des engagements publics supplémentaires. Ils ne crient pas à l'aide. Ils offrent plutôt de contribuer plus vigoureusement au plein développement de toutes les régions du Québec.
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