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263 millions pour cinq ans de répit

François Cardinal   28 septembre 2002 
Le gouvernement du Québec s'apprête à dépenser un quart de milliard de dollars pour un projet qui n'aura d'effets positifs que sur un horizon de cinq ans. Selon le rapport d'analyse environnementale du projet de modernisation de la rue Notre-Dame, l'acceptabilité de ce vaste projet de 263 millions «ne tient qu'à l'amélioration du statu quo à court terme», c'est-à-dire d'ici 2007.

Réalisé par quatre fonctionnaires du ministère de l'Environnement, le rapport d'analyse environnementale du projet de transformation de la rue Notre-Dame est sans équivoque: l'amélioration de la congestion routière ne durera que quelques années, après quoi les véhicules seront plus nombreux qu'actuellement sur le boulevard urbain, entraînant du coup une détérioration de la qualité de l'air et de la qualité de vie des résidants des quartiers limitrophes.

«Le projet augmente l'offre pour le transport par automobile, peut-on lire. À long terme, le retour de la congestion routière devrait contribuer à dégrader la qualité de l'environnement. Cette dégradation n'est pas souhaitable.»

Malgré cet avertissement, le ministre de l'Environnement, André Boisclair, a donné le feu vert à la proposition conjointe de la Ville de Montréal et du ministère des Transports. M. Boisclair estime que les conditions imposées aux promoteurs dans le décret publié jeudi sont suffisantes pour «contrer à moyen et à long terme la congestion routière sur la rue Notre-Dame». En ce sens, souligne-t-il dans le communiqué de presse diffusé avant-hier, «les conditions du décret devront être remplies avant que le ministère puisse émettre les certificats d'autorisation nécessaires à la réalisation du projet».

Or la principale condition ayant trait à la congestion routière, celle de déposer auprès du ministre une étude dans laquelle seront proposés les moyens visant à améliorer l'offre de transport alternative à l'automobile, n'a pas à être remplie avant le début des travaux. Pis encore, «cette étude doit être déposée au plus tard cinq ans suivant la mise en service de la rue Notre-Dame modernisée», peut-on lire.

Pourtant, le rapport d'analyse des fonctionnaires met précisément l'accent sur le fait qu'il faut à tout prix éviter de construire des routes sans avoir en tête les principes du développement durable, soit une offre adéquate de transport en commun.

«Il est important de s'assurer que la réponse à une congestion routière ne soit plus, dans une ville de l'ampleur de Montréal, de construire de nouvelles routes à grande capacité qui seront éventuellement congestionnées, mais avec un plus grand nombre d'automobiles faisant partie de la congestion. Ces nouvelles infrastructures coûtent cher et, au-delà d'une certaine concentration, elles arrêtent de contribuer à l'amélioration de la qualité de vie et deviennent plutôt un frein à la vie de quartier.»

En ce sens, les fonctionnaires s'interrogent sur l'absence de projet de transport en commun à forte capacité dans l'est de la métropole, particulièrement dans l'axe Notre-Dame. Soulignant que l'Agence métropolitaine de transport (AMT) étudie à l'heure actuelle quatre tracés en vue de l'implantation de tramways modernes (système léger sur rail), l'équipe d'analyse invite le gouvernement à regarder dans cette direction.

«L'équipe d'analyse est d'avis que le gouvernement, s'il veut contribuer davantage à l'amélioration de la qualité de vie sur l'île de Montréal, ne doit pas se contenter de répondre aux tendances observées dans l'évolution de l'utilisation des différents modes de transport, mais plutôt agir pour renverser ces tendances observées et encourager de nouveaux comportements.»

Pour ce faire, on suggère au gouvernement d'investir pour mettre en place des systèmes de transport en commun plus performants en ce qui a trait aux fréquences, à la rapidité et à l'accessibilité. On recommande également d'identifier les secteurs mal desservis par le transport collectif, comme l'est de l'île, afin d'offrir un service qui permettra une augmentation significative de l'achalandage et diminuera du coup l'utilisation de la voiture.

Cela est d'autant plus important, notent les experts, que l'augmentation de la congestion routière ira de pair dans l'axe Notre-Dame avec une pollution atmosphérique plus importante et des niveaux de bruit en hausse, aux dépens de la qualité de vie des résidants.

«Compte tenu de la situation actuelle de la qualité de l'air à Montréal, et que le projet contribue à augmenter l'offre routière source de pollution atmosphérique, des actions concrètes doivent être rapidement entreprises afin de diminuer les émissions provenant des véhicules (programmes d'inspection obligatoire, anti-pollution sur les véhicules diesels, véhicules et autobus électriques ou hybridesÉ ).»

Mais de ces recommandations, nul mot dans le décret publié par le ministère de l'Environnement. Tout au plus demande-t-on aux promoteurs de réaliser de nouvelles études sur la qualité de l'air.

Rappelons que le projet de modernisation qui a reçu jeudi un certificat d'autorisation de réalisation du ministère de l'Environnement consiste en un boulevard en surface ponctué de voies couvertes et de feux de circulation. Au total, selon les promoteurs, 80 % du projet sera réalisé en surface.

Comme l'indiquait Le Devoir dans son édition d'hier, cette dernière version du projet, bien qu'elle soit différente de celle présentée au BAPE par le ministère des Transports, ne passera devant aucune instance indépendante de consultation publique.






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