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Lettres: Solidaires face à l'itinérance

Bernard St-Jacques - Organisateur communautaire, Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), Montréal, février 2006  6 février 2006 
Ce titre vous rappelle-t-il quelque chose? C'était le slogan d'une campagne de sensibilisation de Trigone Animation qui s'est tenue de janvier à mars 2003. Vous vous souvenez peut-être de ces oriflammes, de ces publicités dans le métro, au cinéma et à la télé, une campagne personnifiée par feu Sol, en dessins animés. Si des années ont passé depuis cet événement, la solidarité, elle, n'a jamais été aussi nécessaire.

La situation des personnes itinérantes se dégrade dans l'espace public. Et l'une des méthodes de gestion de l'errance et de la marginalité privilégiée demeure l'utilisation abusive et injuste de la judiciarisation et de la répression. La judiciarisation se traduit par tout ce qui entraîne la personne dans la sphère judiciaire, au plan pénal et criminel (comme l'émission de contraventions pour des gestes anodins ou leur unique présence dans la rue). De son côté, on peut voir la répression comme cette toujours plus grande présence policière sur le terrain (ça rassure, ça sécurise, surtout en temps de paix) et des interventions qui en découlent.

Alors qu'on ne voyait que des effets à court terme il n'y a pas si longtemps (déplacements, relation d'aide perdue, sentiment d'injustice et peur, etc.), il s'en est ajouté un bon nombre à plus long terme. Maintenant, des personnes qui voulaient sortir de la rue sont pénalisées par une dette financière et judiciaire qui les maintient dans l'exclusion. Et, trop souvent, ce qui est à la base de cette situation absurde n'est qu'une simple présence plus longue dans l'espace public ou une inquiétude de tous et chacun reliée à celle-ci: le look, une agressivité perçue lors de la quête et, parfois, le simple fait de voir et revoir une personne, assise ou couchée à un même endroit. Il est malheureux de constater à quel point l'intolérance et les préjugés sont encore omniprésents, surtout lorsqu'on on sait à quel point on dispose tous d'une part de responsabilité.

C'est une reconnaissance publique de la problématique par nos élus qui est nécessaire. Celle-ci doit passer par un message témoignant de la réalité de ces personnes que nous rencontrons tous les jours sur notre chemin de boulot-métro-dodo. De manière à nous montrer solidaires face à l'itinérance, la sensibilisation entre nous et surtout de la part de nos décideurs eux-mêmes s'avère plus que nécessaire. Et à l'instar du message de la campagne de l'hiver 2003, si on essayait de comprendre avant de préjuger?
 
 
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