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Vers une spécialisation du collégial

Les universités en région veulent se brancher sur l'économie locale

Marie-Andrée Chouinard   27 septembre 2002 
À chaque cégep son petit programme exclusif? À chaque université en région son expertise dans un domaine pointu branché sur l'économie locale? Menacés par les chutes démographiques, les cégeps et les universités en région misent désormais sur des centres d'expertise et de connaissances exclusifs directement liés à l'économie de la région.

Discutées ces jours-ci devant la commission de l'Éducation, qui se préoccupe des baisses de clientèle dans le réseau scolaire, ces idées cheminent actuellement dans les coulisses collégiales et universitaires. Jugeant que la formule de financement per capita ne suffira plus à soutenir leur mission, les établissements songent aussi à de nouvelles manières de remplir les coffres qui soient liées à ces activités exclusives et spécialisées.

«Ce que l'on veut, c'est amener les collèges à étendre leur rayonnement autour de pôles d'excellence, et ainsi attirer des clientèles vers les régions, explique Gaëtan Boucher, président de la Fédération des cégeps. Dans une perspective de déclin démographique, plutôt que de jouer la formation générale mur à mur, est-ce que ce ne serait pas le temps d'envisager de permettre aux cégeps de développer des vocations particulières et exclusives?»

«Changement révolutionnaire», juge lui-même le président de la Fédération des cégeps, alors qu'il soumettait cette idée mercredi à la commission de l'Éducation. Pour que les cégeps développent ainsi des «centres d'expertise», un peu à la manière du Collège de Jonquière et son désormais célèbre programme Art et technologies des médias, il faudrait amender la Loi sur les collèges, permettant l'offre de programmes exclusifs dans les cégeps qui le souhaiteraient. La définition des programmes pourrait aussi être considérablement révisée pour respecter les besoins des étudiants inscrits à divers profils.

«C'est quelque chose de tout à fait nouveau, nous en convenons, mais je crois que nous sommes rendus à vérifier s'il n'est pas temps de modifier nos manières de faire, explique M. Boucher. La situation nous y oblige.» Si Jonquière a son expertise médiatique, on pourrait donc penser à un rapatriement de toutes les techniques de la santé dans un seul et même collège, qui aurait l'exclusivité de cette offre et s'assurerait ainsi une clientèle venue des quatre coins de la province, poursuit le président pour illustrer son propos.

Le réseau de l'Université du Québec en région, et par ricochet ses cinq constituantes, a aussi sa petite idée sur de nouvelles manières de faire pour contrer les baisses de clientèle et recherche surtout activement de nouvelles formes de financement. Si au cégep on parle de «centres d'expertise», le réseau de l'UQ parle plutôt de «leadership national dans des domaines particuliers de connaissance», directement lié au développement et à l'économie régionales.

Mettant le cap sur le Sommet des régions de novembre prochain, les cinq universités — Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), Université du Québec à Rimouski (UQAR) et Université du Québec en Outaouais (UQO) — comptent notamment sur le développement de ces programmes de 1er, 2e et 3e cycle liés à l'économie de la région pour convaincre le gouvernement de lui fournir des enveloppes spéciales de financement.

«Le gouvernement du Québec devrait reconnaître et soutenir [...] les leaderships nationaux dans des domaines particuliers de connaissance, expliquait d'ailleurs hier le président du réseau de l'UQ, Pierre Lucier, devant la commission de l'Éducation. Il devrait encourager systématiquement leur développement et décourager les concurrences indues.»

Chicoutimi et l'aluminium. L'Abitibi et ses ressources minières. Rimouski et ses sciences de la mer. L'Outaouais et un projet centre de recherche en techniques langagières. Trois-Rivières et les pâtes et papiers. Chacune des constituantes a sa petite couleur qui pourrait devenir un pôle d'attraction et servir de courroie pour justifier de nouvelles avenues de financement.

«Les universités en région ne sont plus que des boîtes où on fait de la formation, ce sont des endroits où on fait du développement économique durable», explique le recteur de l'UQAR, Pierre Couture. Ce message a été dirigé non seulement au ministre de l'Éducation, mais à Rémy Trudel, ministre des Régions, et au grand manitou Bernard Landry, lors d'une rencontre sollicitée à la fin du mois d'août par les recteurs des cinq constituantes de l'UQ.

Car les universités en région, dont l'équilibre financier est fragile, estiment ne plus pouvoir espérer uniquement de la formule de financement des universités, qui distribue sa manne en fonction du nombre d'étudiants inscrits et du type de programme dispensé à l'établissement. «L'université est un pôle et un moteur de développement économique, et nous avons dit au gouvernement que cette fonction spécifique devrait faire l'objet d'un financement spécifique en dehors des enveloppes traditionnellement distribuées aux universités», explique Francis R. Whyte, recteur de l'UQO.

La formule de financement, d'ailleurs actuellement en révision, ne suffit plus à ces petites universités qui voient dans le ministère des Régions, par exemple, un pourvoyeur tout désigné. «Comme université, on est financé pour maintenir un baccalauréat en sciences de la terre, une maîtrise et un doctorat, mais comme nous sommes financés par tête de pipe, et que ce sont des secteurs où il y a peu de clientèle mais une recherche très importante, nous n'arrivons pas, explique Michel Belley, recteur de l'UQAC. Il faudrait vraiment que le gouvernement considère d'un oeil spécial ces initiatives.»

Le Sommet des régions, prévu pour novembre, sera l'occasion pour ces universités de démontrer qu'elles sont des moteurs de développement régional sans lesquels l'économie ne serait pas la même. Les constituantes de l'UQ en profiteront pour formuler leurs demandes financières précises.
 
 
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