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Libre opinion: La politicienne et la gauche

Philippe Bernier Arcand - Candidat au MPA à l'École nationale d'administration publique à Montréal  25 janvier 2006 
«Où sont les femmes?», se demandaient sur des airs disco Patrick Juvet et la star académicienne Émily Bégin. La journaliste Pascale Navarro, dans son article intitulé «Femmes en politique: une leçon de modestie» (Le Devoir, le 18 janvier 2006), nous répond qu'elles sont peu présentes sur la scène politique d'ici ou d'ailleurs dans le monde mais que les temps changent. Les derniers mois nous l'on prouvé avec l'élection d'Angela Merkel en Allemagne, d'Ellen Johnson-Sirleaf au Liberia et de Michèle Bachelet au Chili.

À l'heure actuelle, il y a aussi le Bangladesh, l'Irlande, la Lettonie, la Nouvelle-Zélande, les Philippines et le Sri Lanka qui sont dirigés par des femmes. Aux États-Unis, le succès de la télésérie Commander in Chief sur la chaîne ABC, qui met en vedette Geena Davis dans le rôle de la présidente des États-Unis, permet de rêver qu'une femme pourra bientôt accéder à la Maison-Blanche.

Toutefois, le lien que Pascale Navarro fait avec la gauche et les femmes politiques est loin d'être évident. Bien que Michèle Bachelet soit à la tête d'un parti socialiste, c'est l'exception. Angela Merkel en Allemagne, Kim Campbell au Canada, Tansu Çiller en Turquie et Margaret Thatcher en Grande-Bretagne étaient toutes femmes et étaient aussi toutes de droite. La gauche croit moins en ses candidates que la droite quand il s'agit du pouvoir suprême même si, en revanche, les femmes sont plus présentes dans les partis de gauche que dans ceux de droite.

Pour ce qui est de l'avenir, la tendance semble se maintenir. Les membres du Parti québécois ont préféré André Boisclair à Pauline Marois pour en faire leur chef. Les commentateurs politiques américains prédisent de plus en plus un destin présidentiel à la républicaine Condoleezza Rice plutôt qu'à la démocrate Hillary Rodham Clinton. En Europe, outre Ségolène Royal en France, rares sont les femmes politiques de gauche qu'on désigne comme présidentiables.

Cette absence de femmes à la tête de partis de gauche peut s'expliquer en partie pour des raisons de marketing électoral. Sur une scène politique avec une opposition gauche-droite, les deux partis se disputent l'électorat du centre, celui de gauche tentant de séduire l'électorat immédiatement à sa droite et celui de droite essayant de se rallier ce même électorat situé immédiatement à sa gauche.

Une femme à la tête d'un parti politique, et ce, peu importe l'orientation politique de la politicienne, «gauchise» le parti en lui donnant une image plus progressiste aux yeux des électeurs. Un parti de droite a donc avantage à mettre une femme à sa tête pour adoucir son image, «gauchiser» son apparence et ainsi séduire un électorat plus à gauche.

À l'inverse, un parti de gauche avec une femme à sa tête risque de paraître trop à gauche et d'effrayer une partie des électeurs plus à droite.

En écrivant que les femmes politiques ont moins de chances d'accéder au plus haut poste dans un parti de gauche, j'espère que l'avenir me donnera tort. Les mentalités de l'électorat évoluent partout dans le monde. Le nombre de femmes chefs d'État devrait donc augmenter, qu'elles soient à la tête d'un gouvernement de droite ou d'un gouvernement de gauche.
 
 
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