Lettres: Les défenseurs de la langue française
Aude Jimenez - Montréal, le 16 janvier 2006
25 janvier 2006
M. Druon, à entendre votre langage, on voit bien que vous ne connaissez rien au Québec ni aux Québécois. Votre discours m'apparaît surtout comme un nouvel exemple de l'arrogance des «grosses têtes» franco-françaises. Une langue n'est pas seulement et avant tout son histoire, elle est son contexte, elle est un mouvement que les peuples charrient et font évoluer chez eux chaque jour.
La féminisation de la langue française vous semble ridicule parce que la France n'est pas prête à accueillir un véritable féminisme, tout comme le parler français est en théorie plus «sûr», pour reprendre vos mots, car les Français sont dans l'ensemble plus cyniques et plus autosuffisants que les Québécois. Mais cela, il faut vivre ici et avoir vécu en France pour le savoir.
Et de toute façon, de quel français parle-t-on ici? De celui du 16e arrondissement, à Paris, ou de celui des paysans du fin fond de la campagne auvergnate? Vous savez autant que moi qu'on assiste aujourd'hui en France à la cohabitation de deux langues, celle des intellectuels comme vous, M. Druon, la langue que vous appelez «pure», et celle de la rue, des rues de ce pays.
Vos réactions sont seulement un nouvel exemple du fossé qui persiste en France entre l'intelligentsia toute-puissante et le commun des Français qui ne peuvent que hausser les épaules et passer leur chemin en se demandant: «C'est quoi, encore, ce mot qu'il vient d'utiliser? J'y comprends rien!» Le français se doit aussi d'être un lien social hors du commun qu'il faut savoir préserver afin de sauvegarder une unité entre francophones. Et vous ne trouverez pas, M. Druon, de meilleurs défenseurs de cette langue ailleurs qu'au Québec.
La féminisation de la langue française vous semble ridicule parce que la France n'est pas prête à accueillir un véritable féminisme, tout comme le parler français est en théorie plus «sûr», pour reprendre vos mots, car les Français sont dans l'ensemble plus cyniques et plus autosuffisants que les Québécois. Mais cela, il faut vivre ici et avoir vécu en France pour le savoir.
Et de toute façon, de quel français parle-t-on ici? De celui du 16e arrondissement, à Paris, ou de celui des paysans du fin fond de la campagne auvergnate? Vous savez autant que moi qu'on assiste aujourd'hui en France à la cohabitation de deux langues, celle des intellectuels comme vous, M. Druon, la langue que vous appelez «pure», et celle de la rue, des rues de ce pays.
Vos réactions sont seulement un nouvel exemple du fossé qui persiste en France entre l'intelligentsia toute-puissante et le commun des Français qui ne peuvent que hausser les épaules et passer leur chemin en se demandant: «C'est quoi, encore, ce mot qu'il vient d'utiliser? J'y comprends rien!» Le français se doit aussi d'être un lien social hors du commun qu'il faut savoir préserver afin de sauvegarder une unité entre francophones. Et vous ne trouverez pas, M. Druon, de meilleurs défenseurs de cette langue ailleurs qu'au Québec.
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