Éditorial - La méfiance persiste
Obtenue à l'arraché, la victoire des conservateurs d'hier soir représente le meilleur des deux mondes. Les électeurs ont envoyé les libéraux de Paul Martin se refaire une vertu dans l'opposition sans en revanche accorder leur pleine confiance à Stephen Harper. Minoritaire, le gouvernement que la gouverneure générale devrait l'inviter à former aura une marge de manoeuvre quasi inexistante.
Prudents, les Canadiens ont voté de façon stratégique hier. Convenant qu'un changement de gouvernement s'imposait, ils se sont tournés vers les conservateurs, se gardant toutefois de leur donner ce mandat majoritaire que ceux-ci espéraient. Ce premier gouvernement Harper sera un gouvernement à l'essai qui devra constamment composer avec l'opposition qui aura la capacité d'imposer des balises, sinon ses volontés.
Le jugement exprimé hier par les électeurs est rassurant car il reste vrai que le Parti conservateur, même s'il a changé depuis les dernières élections, conserve des racines idéologiques de droite. Ce n'est pas le bon vieux Parti progressiste-conservateur de Brian Mulroney et de Joe Clark qu'on a élu hier mais une nouvelle formation issue d'un mariage de raison entre celui-ci et l'Alliance canadienne, qui a pour ancêtre le Reform Party.
Méfiants envers le parti de Stephen Harper, les électeurs l'ont été car celui-ci demeure dominé par sa base réformiste qui attendait ce jour depuis 20 ans. Or ces militants sont mus moins par l'appétit du pouvoir propre aux partis traditionnels que par une volonté de changement reposant sur des fondements idéologiques. Ils tenteront certainement d'orienter leur gouvernement le plus à droite possible chaque fois que l'occasion se présentera.
Depuis les dernières élections, Stephen Harper a réussi à contenir les vieux démons de son parti, dont on ne peut cependant dire avec certitude qu'il les a domptés. Cela, nous ne le saurons qu'à l'usage, quoique nous en aurons déjà une première indication lorsqu'il formera son conseil des ministres. La part qu'il donnera dans son cabinet aux députés de tradition réformiste, aussi bien en nombre qu'en importance des portefeuilles que ceux-ci recevront, sera révélatrice en ce qui a trait à sa capacité et à sa volonté de poursuivre sur la voie qu'il a empruntée au cours de la campagne électorale.
Cette victoire d'hier, aussi incomplète soit-elle, le Parti conservateur la doit avant tout à Stephen Harper. Arrivé à la tête de l'Alliance canadienne il y aura quatre ans en mars, il s'était attelé à réunir les «conditions gagnantes» de la soirée d'hier. Il lui fallait d'abord faire l'unité de la droite, ce qui ne s'est pas révélé suffisant, comme il a pu le constater aux élections du 28 juin 2004. La défaite crève-coeur alors subie l'avait convaincu de la nécessité de faire évoluer le parti vers le centre. Cela lui a permis de garder le cap pendant cette campagne contre les attaques de ses adversaires, qui ont néanmoins porté, doit-on conclure à la lumière des résultats d'hier soir.
Le gouvernement Harper devra forcément être prudent. Pour montrer aux Canadiens qu'il mérite leur confiance, il lui faudra d'abord durer, ce que rendra difficile la composition de la Chambre des communes. On peut croire qu'on n'entendra pas parler de remise en question de l'avortement libre et gratuit au Canada avant un bon moment, à l'instar de la participation du Canada au bouclier spatial américain.
***
Sa victoire, Stephen Harper la doit aussi à Paul Martin, qui a connu une mauvaise campagne. N'eût été leur crainte à l'endroit des véritables ambitions des conservateurs, les électeurs auraient sans nul doute été plus sévères à l'endroit du chef libéral. Les raisons qui motivent ce rejet sont multiples: fatigue et usure du gouvernement après 12 années de pouvoir, arrogance et prodigalité financière, multiplication des scandales. Le message est toutefois nuancé. On souhaite que le Parti libéral se renouvelle en profondeur, mais on est prêt à lui revenir si les conservateurs ne se révèlent pas à la hauteur.
Le premier ministre Paul Martin a pour sa part tiré la conclusion qui s'imposait: il ne sera pas là à la prochaine. Cette défaite est d'abord la sienne, y compris au Québec.
***
Les électeurs québécois se sont en effet montrés implacables envers les libéraux, qui se sont fait servir une dégelée du même ordre que celle reçue de la part de Brian Mulroney en 1988. Le parti des Laurier, Saint-Laurent, Trudeau et Chrétien a été déserté massivement, par les souverainistes, bien sûr, mais aussi par les fédéralistes qui, pour la plupart, se sont rangés derrière le Parti conservateur. Non seulement celui-ci a obtenu un nombre respectable de sièges, mais il a surtout déclassé l'adversaire libéral sur le plan des suffrages, puisant même dans le bassin de votes bloquistes grâce à la promesse de Stephen Harper de pratiquer un fédéralisme d'ouverture. Les fédéralistes ont un nouveau champion au Québec. Il y a eu changement d'équipe hier soir, et la nouvelle n'entend pas laisser les souverainistes marquer des buts dans un filet désert, comme c'était le cas depuis un certain temps.
Prudents, les Canadiens ont voté de façon stratégique hier. Convenant qu'un changement de gouvernement s'imposait, ils se sont tournés vers les conservateurs, se gardant toutefois de leur donner ce mandat majoritaire que ceux-ci espéraient. Ce premier gouvernement Harper sera un gouvernement à l'essai qui devra constamment composer avec l'opposition qui aura la capacité d'imposer des balises, sinon ses volontés.
Le jugement exprimé hier par les électeurs est rassurant car il reste vrai que le Parti conservateur, même s'il a changé depuis les dernières élections, conserve des racines idéologiques de droite. Ce n'est pas le bon vieux Parti progressiste-conservateur de Brian Mulroney et de Joe Clark qu'on a élu hier mais une nouvelle formation issue d'un mariage de raison entre celui-ci et l'Alliance canadienne, qui a pour ancêtre le Reform Party.
Méfiants envers le parti de Stephen Harper, les électeurs l'ont été car celui-ci demeure dominé par sa base réformiste qui attendait ce jour depuis 20 ans. Or ces militants sont mus moins par l'appétit du pouvoir propre aux partis traditionnels que par une volonté de changement reposant sur des fondements idéologiques. Ils tenteront certainement d'orienter leur gouvernement le plus à droite possible chaque fois que l'occasion se présentera.
Depuis les dernières élections, Stephen Harper a réussi à contenir les vieux démons de son parti, dont on ne peut cependant dire avec certitude qu'il les a domptés. Cela, nous ne le saurons qu'à l'usage, quoique nous en aurons déjà une première indication lorsqu'il formera son conseil des ministres. La part qu'il donnera dans son cabinet aux députés de tradition réformiste, aussi bien en nombre qu'en importance des portefeuilles que ceux-ci recevront, sera révélatrice en ce qui a trait à sa capacité et à sa volonté de poursuivre sur la voie qu'il a empruntée au cours de la campagne électorale.
Cette victoire d'hier, aussi incomplète soit-elle, le Parti conservateur la doit avant tout à Stephen Harper. Arrivé à la tête de l'Alliance canadienne il y aura quatre ans en mars, il s'était attelé à réunir les «conditions gagnantes» de la soirée d'hier. Il lui fallait d'abord faire l'unité de la droite, ce qui ne s'est pas révélé suffisant, comme il a pu le constater aux élections du 28 juin 2004. La défaite crève-coeur alors subie l'avait convaincu de la nécessité de faire évoluer le parti vers le centre. Cela lui a permis de garder le cap pendant cette campagne contre les attaques de ses adversaires, qui ont néanmoins porté, doit-on conclure à la lumière des résultats d'hier soir.
Le gouvernement Harper devra forcément être prudent. Pour montrer aux Canadiens qu'il mérite leur confiance, il lui faudra d'abord durer, ce que rendra difficile la composition de la Chambre des communes. On peut croire qu'on n'entendra pas parler de remise en question de l'avortement libre et gratuit au Canada avant un bon moment, à l'instar de la participation du Canada au bouclier spatial américain.
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Sa victoire, Stephen Harper la doit aussi à Paul Martin, qui a connu une mauvaise campagne. N'eût été leur crainte à l'endroit des véritables ambitions des conservateurs, les électeurs auraient sans nul doute été plus sévères à l'endroit du chef libéral. Les raisons qui motivent ce rejet sont multiples: fatigue et usure du gouvernement après 12 années de pouvoir, arrogance et prodigalité financière, multiplication des scandales. Le message est toutefois nuancé. On souhaite que le Parti libéral se renouvelle en profondeur, mais on est prêt à lui revenir si les conservateurs ne se révèlent pas à la hauteur.
Le premier ministre Paul Martin a pour sa part tiré la conclusion qui s'imposait: il ne sera pas là à la prochaine. Cette défaite est d'abord la sienne, y compris au Québec.
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Les électeurs québécois se sont en effet montrés implacables envers les libéraux, qui se sont fait servir une dégelée du même ordre que celle reçue de la part de Brian Mulroney en 1988. Le parti des Laurier, Saint-Laurent, Trudeau et Chrétien a été déserté massivement, par les souverainistes, bien sûr, mais aussi par les fédéralistes qui, pour la plupart, se sont rangés derrière le Parti conservateur. Non seulement celui-ci a obtenu un nombre respectable de sièges, mais il a surtout déclassé l'adversaire libéral sur le plan des suffrages, puisant même dans le bassin de votes bloquistes grâce à la promesse de Stephen Harper de pratiquer un fédéralisme d'ouverture. Les fédéralistes ont un nouveau champion au Québec. Il y a eu changement d'équipe hier soir, et la nouvelle n'entend pas laisser les souverainistes marquer des buts dans un filet désert, comme c'était le cas depuis un certain temps.
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