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HARPER AU POUVOIR

24 janvier 2006 
Laureen Teskey et Stephen Harper ont salué les journalistes à leur descente d’avion, hier à Calgary, où le couple a assisté au déroulement de la soirée électorale. Peu après 22h, le chef conservateur a appris que son parti formerait le prochai
Photo : Agence Reuters
Laureen Teskey et Stephen Harper ont salué les journalistes à leur descente d’avion, hier à Calgary, où le couple a assisté au déroulement de la soirée électorale. Peu après 22h, le chef conservateur a appris que son parti formerait le prochai
Le Canada vivra encore quelques années — ou quelques mois? — à l’heure d’un gouvernement minoritaire. Le Parti conservateur de Stephen Harper a réussi hier à mettre un terme à la domination libérale de plus de 12 ans sur la scène fédérale, mais l’ampleur de sa victoire, moins grande qu’espéré, maintiendra les politiciens sur le qui-vive. Les libéraux formeront l’opposition officielle, eux dont les appuis ne se sont pas complètement effondrés, tandis que le Bloc québécois termine troisième avec une députation plus montréalaise que jamais.

Au moment de mettre sous presse hier soir, le Parti conservateur avait remporté ou avait des chances de remporter 125 sièges sur un total de 308, les libéraux, 102, et le NPD, 29. L’indépendant André Arthur, l’ex-roi de la radio coup-de-poing, a délogé le bloquiste dans Portneuf et siégera comme indépendant. La formation de Stephen Harper a récolté 37 % des suffrages, contre 31 % pour le parti de Paul Martin et 17 % pour celui de Jack Layton. L’Ontario est tombé sous le charme de M. Harper, mais ses zones urbaines lui ont pour la plupart résisté.
Paul Martin, le premier à prendre la parole hier soir, a annoncé qu’il restera député de son comté mais qu’il ne dirigera pas son parti lors des prochaines élections. «Je continuerai de représenter les gens de LaSalle-Émard, mais je ne dirigerai pas notre parti à la prochaine élection en tant que chef. Au cours des prochains jours, je consulterai les membres de mon caucus et la direction de mon parti pour nous engager dans une transition convenable.»
Gilles Duceppe a tenté de le couper en commençant son propre discours avant la fin de celui de M. Martin. «Je dis à Stephen Harper: s’il veut régler le déséquilibre fiscal, s’il veut vraiment le régler et s’il fait vraiment une place au Québec sur la scène internationale, il trouvera le Bloc québécois à ses côtés», a-t-il lancé à ses militants. «Par contre, si le gouvernement conservateur ne remplit pas pleinement ses engagements envers le Québec, il trouvera des députés déterminés à protéger les intérêts du Québec. Le Parti conservateur a ce soir le fardeau de la preuve.»
Au Québec, c’était la déconfiture libérale et la résurgence du Parti conservateur. Les troupes de Paul Martin ont obtenu à peine 20 % des voix, contre 42 % pour le Bloc québécois, 25 % pour le Parti conservateur et 8 % pour le NPD. Les ministres Liza Frulla, Jacques Saada et Pierre Pettigrew ont tous été défaits au profit du Bloc québécois. Denis Coderre, lui, a tenu le coup, tout comme Jean Lapierre. Le parti de Gilles Duceppe se montréalise donc.
«Les résultats surprennent beaucoup de monde parce que c’est un gouvernement minoritaire, mais minoritaire comme ça», a lancé M. Lapierre en écartant à peine l’index du pouce. «M. Harper a raison. On va le surveiller. On ne le laissera pas abuser des droits des minorités. On le surveillera et, à chaque fois qu’il ira à Washington, on lui mettra un chaperon.»
La vedette libérale Marc Garneau aura finalement perdu son pari contre la bloquiste sortante Meili Faille. L’astronaute s’était fait remarquer en multipliant les remarques douteuses, proposant entre autres des voyages dans l’espace comme antidote au séparatisme québécois. Le Bloc a arraché la circonscription tant convoitée de Gatineau.
Ces gains bloquistes n’ont toutefois pas permis à Gilles Duceppe d’accroître son caucus car ils ont été annulés par de lourdes pertes dans la région de Québec. Là, les conservateurs ont récolté 38 % des voix, contre 34 % pour le Bloc. Au moment de mettre sous presse, le parti de Gilles Duceppe détenait 51 sièges, soit quatre de moins que son score de 2004.
Le Parti conservateur a réussi une percée importante à Québec, plus élevée que ce que les responsables eux-mêmes du parti prédisaient, en y élisant sept députés. Josée Verner, Jacques Gourde (Lotbinière), Christian Paradis (Mégantic-L’Érable) et Steven Blaney (Lévis-Bellechasse) se dirigeront vers Ottawa, ainsi que Luc Harvey (Louis-Hébert), Daniel Petit (Charlesbourg) et Sylvie Boucher (Beauport-Limoilou), trois surprises que personne n’avait envisagées.
Ailleurs au Québec, le parti de Stephen Harper a aussi fait élire Lawrence Cannon dans Pontiac, Jean-Pierre Blackburn contre le jeune bloquiste Sébastien Gagnon dans Jonquière-Alma ainsi que Maxime Bernier en Beauce.

L’Ontario résiste
En Ontario, province qui, encore une fois, allait faire ou défaire le gouvernement, les conservateurs accumulaient les gains. La province a succombé aux charmes de Stephen Harper, en particulier dans sa pointe sud-ouest, mais les zones urbaines lui ont en général résisté. Kitchener, Burlington, Brampton et Ajax, par exemple, sont restés rouges. La transfuge Belinda Stronach a elle aussi été réélue au nord de Toronto et devra apprendre à vivre sur les banquettes de l’opposition. Le NPD a gagné à Hamilton contre le ministre sortant Tony Valeri mais a échoué à Oshawa.
Stephen Harper aura quand même réussi à faire élire les trois candidats ayant servi sur la scène provinciale dans le gouvernement Mike Harris, soit Tony Clement, John Baird et Jim Flaherty, tous trois pressentis pour intégrer son cabinet.
Dans la région d’Ottawa, le conservateur Pierre Lemieux se dirigeait vers la victoire, remportant ainsi cet ancien château fort détenu pendant des années par le ministre sortant Don Boudria. Le candidat-vedette conservateur, le dénonciateur Allan Cutler, a perdu.
À Toronto, les libéraux tenaient le fort avec les ministres Bill Graham et John Godfrey, réélus, et le philosophe-vedette Michael Ignatieff, qui a gagné son passeport pour la Chambre des communes. Les rouges y détenaient 22 des 23 sièges à la dissolution de la Chambre. L’épouse du chef Jack Layton, Olivia Chow, menait encore une chaude lutte contre le ministre sortant Tony Ianno.
Dans les Maritimes, sur les 32 circonscriptions disponibles, le Parti conservateur n’en a obtenu que neuf, soit deux de plus que ce qu’il possédait déjà. Les libéraux de Paul Martin en ont perdu autant, pour un total de 20 comtés dans la région. Le NPD de Jack Layton a récolté les trois sièges restants, un score inchangé par rapport à juin 2004.
Il semble donc que l’invitation du premier ministre conservateur du Nouveau-Brunswick, Bernard Lord, à appuyer le parti frère fédéral n’ait pas été écoutée. Seul un comté est passé aux mains des conservateurs. Sans grande surprise, la vedette francophone de M. Layton, Yvon Godin, a tenu le coup à Acadie-Bathurst. L’Île-du-Prince-Édouard est restée rouge d’un bout à l’autre, assurant ses quatre sièges à Paul Martin. Terre-Neuve sera restée à peu près inchangée elle aussi avec un seul siège passé du rouge au bleu. Quant à la Nouvelle-Écosse, la situation est restée identique: six libéraux, trois conservateurs et deux néo-démocrates, pour un total de 11 sièges.
Bernard Lord s’est dit heureux de ces quelques gains dans sa région mais a lancé un avertissement à Stephen Harper. «S’il se dirige vers un gouvernement minoritaire, comme je le souhaite, il devra régler le déséquilibre fiscal. Il devra faire ses preuves.»
Les quatre chefs de parti ont été réélus, Paul Martin et Gilles Duceppe dans leur comtés montréalais de LaSalle-Émard et Laurier–Sainte-Marie, Jack Layton à Toronto et Stephen Harper à Calgary. Le chef du Parti vert, Jim Harris, semblait battu dans Beaches-East York, à Toronto, contre la libérale sortante Maria Minna.
En Alberta, les deux comtés à ne pas appartenir à la famille conservatrice, celui de la ministre habituée aux victoires serrées, Anne McLellan, ainsi que celui de l’ex-libéral David Kilgour, étaient en voie de passer au camp adverse. L’Alberta est ainsi peinte en bleu d’un bout à l’autre. Au Manitoba, le ministre sortant Reg Alcock était en difficulté. Au moment de mettre sous presse, les résultats de la Colombie-Britannique n’étaient pas complets. Plusieurs luttes à trois semblaient se dénouer au détriment des conservateurs et en faveur du NPD.






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  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    mardi 24 janvier 2006 06h27
    Une question escamotée?
    « Au vu des résultats, on peut se poser une intéressante question, qui affecte la vie politique fédérale de manière générale et qui semble avoir été escamotée. Paul Martin a-t-il envisagé de former un gouvernement de coalition avec le NPD? Avec 103 députés libéraux et 29 députés NPD, ces deux partis réunis dans une coalition totalisent 132 sièges, plus que les 124 conservateurs. Ils auraient pu s'entendre pour former un gouvernement de coalition minoritaire, avec l'appui tacite du Bloc, qui s'est opposé et s'oppose à nombre de politiques de S. Harper (bouclier antimissiles, guerre en Irak, révision de la définition civile du mariage et autres). D'autant que G. Duceppe a reconnu récemment qu'il n'a pas de problèmes avec les politiques sociales du NPD.

    Le NPD a contribué à défaire le gouvernement Martin, après l'avoir soutenu, un peu à la manière dont, de 1972 à 1974, le gouvernement Trudeau minoritaire dépendait de l'appui du NPD de David Lewis, sans doute parce que son électorat lui reprochait de trop flirter avec les libéraux. Mais pour faire obstacle à un gouvernement conservateur, ce même électorat serait probablement favorable à cette alliance, qui pourrait subsister tout aussi longtemps qu'un gouvernement minoritaire ordinaire. De crainte des réactions négatives et justifiées de l'électorat, les deux autres partis ne chercheraient pas à le défaire dans l'immédiat. Le Bloc n'étant, quant à lui, qu'un parti d'opposition et non un parti gouvernemental, il ne saurait s'associer à aucune coalition.

    En 2004, au cours d'un débat, en réponse à une question portant sur un gouvernement minoritaire, Paul Martin, en se tournant vers Jack Layton, avait dit: «On pourrait s'entendre.» Au soir des élections, M. Martin aurait pu décider de s'entendre avec le NPD pour barrer la route aux conservateurs (en Colombie-Britannique, les partis traditionnels ont formé une coalition de 1941 à 1952 pour barrer la route au CCF). Certes, la question aurait dû être posée plus tôt. L'a-t-elle été? J. Layton aurait-il répondu favorablement?
    Au Canada, des coalitions de ce genre ont déjà existé au niveau provincial. On peut citer l'exemple de la Saskatchewan, qui a connu une coalition du NPD et des libéraux de 1999 à 2003. Il y a eu d'autres coalitions en Ontario, au Manitoba, en Saskatchewan et en Colombie-Britannique, comme indiqué ci-dessus. Au niveau fédéral, une véritable coalition n'est survenue qu'il y a près de 100 ans. C'est au Premier ministre sortant qu'il appartient de décider de la stratégie qu'il veut adopter. Certains premiers ministres ont, dans ce cas, démissionnés (Diefenbaker en 1963, Trudeau en 1979). Dans tous les cas mentionnés, il s'agit de gouvernements de coalition majoritaires. Dans le cas qui nous occupe, nous aurions eu un gouvernement de coalition minoritaire. Quelle aurait été la réaction du Bloc? Préfère-t-il un gouvernement conservateur minoritaire qu'il peut appuyer quand cela l'intéresse?

    On peut se poser beaucoup de questions qui ne sont pas sans intérêt pour la vie politique canadienne, sinon actuelle, du moins future, car un gouvernement minoritaire ne durera pas très - ou trop - longtemps. »

  • France Boulé
    Inscrite
    mardi 24 janvier 2006 15h49
    Où sont les femmes?
    « Ou sont les chefs de parti de sexe feminin?

    Si la politique a un tel impact sur la vie quotidienne, comment se fait-il que la moitie de la population terrestre est sans representant detenant du pouvoir significatif.
    On voit bien des femmes, mais il me semble qu'elles sont toujours accrochees au bras du chef de parti...

    Comme si les femmes n'etaient pas les meilleures leaders en fait que l'on peut elire... »

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